lundi 26 juin 2017

A La Poursuite de Demain

(Tomorrowland)

Film de Brad Bird (2015), avec George Clooney, Brittany Robertson, Hugh Laurie, Thomas Robinson, Raffey Cassidy, etc…

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Quelqu'un qui refuse de mettre en scène le dernier Star Wars pour diriger un projet monumental comme celui-ci mérite le respect. Mais après tout, on savait déjà tout le bien qu'il y avait à penser de Brad Bird, le papa des Indestructibles, qui s'était brillamment reconverti dans le film "live" avec le dernier volet de la série Mission Impossible.



vlcsnap-2015-10-26-19h11m52s54Tomorrowland
, c'est vrai, affiche une sacrée ambition. Il y a une belle histoire de monde caché, des inventions délirantes au détour de chaque plan, des personnages attachants, bref vraiment beaucoup de choses. Trop peut-être, ce qui pourrait expliquer l'accueil timide reçu par le film, tant du côté de la critique que de celui du public. Le cul entre deux chaises, il hésite trop souvent entre le divertissement pour enfants et un ton un petit peu plus adulte, chacun des deux publics ne parvenant pas toujours à y trouver son compte.

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-21h58m22s63De même, on pourra critiquer le côté margoulin de l'entreprise. Il n'y a bien entendu que chez Disney qu'on aurait l'idée de construire un film à partir d'une attraction de parc, même si c'est un petit peu plus que ça. Le Tomrrowland du titre était en effet un projet inabouti et très ambitieux du père Walt, qui rêvait comme dans le film de réunir les esprits les plus brillants dans une cité du futur. Le film joue donc subtilement sur deux tableaux en proposant un imaginaire ancré dans une certaine réalité. 

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-21h48m43s145Mais en même temps, malgré ce grand coup d'épaule du côté du merchandising et du placement de produit, Tomorrowland laisse carrément de côté tous les tics des grosses machines actuelles pour proposer un cinéma à l'ancienne particulièrement jubilatoire. Brad Bird nous balade donc dans les méandres d'un scénario touffu et imprévisible avec une jubilation de geek qui fait vraiment plaisir à voir. J'en veux pour preuve la séquence du magasin de souvenirs dont les nombreux clins d'œil combleront le cinéphile le plus endurci. 

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h12m03s67Il y a aussi un enthousiasme gamin dans la manière dont sont conçues et exécutées les scènes d'action. Qu'il s'agisse d'une maison blindée d'inventions en tout genre ou d'un commando de robots qui fait un carton avec des armes lasers dans une petite bourgade, il y a ce plaisir d'en mettre plein les yeux que possèdent trop peu de réalisateurs actuels. Un réel plaisir de mise en scène, prolongé par une parfaite lisibilité, ce qui ne gâche rien, loin de là. C’est drôle, vif, on se régale !

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h12m29s69Avec autant de bonnes choses, on est plus qu'agacé que Tomorrowland se gaufre dans sa seconde partie, au fil d'explications fumeuses et incompréhensibles. C'est la contribution de Damon Lindelof, qui n'est autre que l'un des concepteurs de la série Lost et qui est hélas très symptomatique d'une approche actuelle de la narration. Incapables de faire dans la simplicité, la plupart des scénaristes actuels se croient obligés de noyer le spectateur sous un fatras de concepts et d'enjeux nébuleux et confus. Ça donne l'impression d'être très travaillé et complexe, c'est juste imbitable.

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h18m43s239Donc oui, on est plus que fumasse de voir Brad Bird saborder son film dans une conclusion complètement ratée, qui s'égare inutilement dans des séquences visuellement bluffantes mais aux ressorts si compliqués et si peu crédibles que même le spectateur le mieux disposé aura vite fait de décrocher. C’est vraiment dommage car après une exposition aussi bien amenée, on attendait vraiment mieux que ce feu d’artifice bordélique qui embrouille à plaisir une intrigue qui n’avait besoin que de simplicité.

 

 

 

Tomorrowland se termine sur une belle bouffée d’optimisme, avec un joli message humaniste, même si son illustration, à la limite de l’esthétique pub, peut prêter à sourire. Ca ferait presque oublier le final raté et les égarements du second acte, tiens. Résultat, on accorde bien volontiers à Brad Bird les circonstances atténuantes. On regrette juste qu’il se soit laissé emporter par l’ambition démesurée de son projet et qu’il n’ait pas recherché à jouer la simplicité. Car en définitive, c’est dans ses aspects les plus dépouillés que son film arrive le mieux à convaincre.

 

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Le Générique

Tout à fait dans l’esprit des affiches art-déco et rétro que Disney avait employées, le générique de Tomorrowland se démarque de l’esprit moderne du film et nous propose une visite virtuelle, très épurée, du “Monde de Demain”. Il a été réalisé par l’équipe de yU+co et produit par Sarah Coatts.

 

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Clins d’Oeil

Bien entendu, le moment le plus référentiel du film, c’est le passage qui se déroule dans la boutique de souvenirs Blast From The Past. Brad Bird y fait figurer en bonne place des goodies tirées de son dessin animé, Le Géant de Fer, mais on y trouve également des produitsdérivés ou des accessoires de Star Wars, La Planète des Singes, Toy Story et même Les Simpsons, sur lequel il avait travaillé.


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Enfin, ultime pirouette après le générique de fin : on voit le badge Tomorrowland, qui donne l’accès au Monde de Demain, et le développement du réseau des “élus”qu’il crée sur la Terre. La dernière image nous met même à la place d’un de ces émissaires avec une vue subjective sur le badge et ses effets.

 

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mercredi 21 juin 2017

Sully

Film de Clint Eastwood (2016), avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn, Ann Cusack, etc…

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Le nouveau Clint Eastwood sacrifie à la mode du biopic, mais sur un mode plus actuel et proche de l’actualité, puisqu’il prend pour base l’incroyable amerrissage effectué par le commandant Chesley “Sully” Sullenberger sur l’Hudson River, à la suite d’une avarie survenue juste après le décollage. Bon, c’est un fait que Clint Eastwood, à l”heure actuelle, a davantage tendance à taper dans le sujet à sensation sans toujours lui apporter le petit plus qui aurait pû le transfigurer. Témoin, de beaux sujets comme Au-Delà ou Invictus, sabordés par leur académisme. Enfin, sabordés, j’y vais peut-être un peu fort car Eastwood reste tout de même un réalisateur hors-pair et qu’il sait tout de même assurer le minimum. Mais on est quand même loin de ses plus grandes réussites.

 

vlcsnap-2017-06-12-23h06m27s70Déjà, le fait de mettre Tom Hanks en tête d’affiche, ça dénote une volonté de faire dans le sur-mesure : le comédien a tellement joué ces rôles d’homme ordinaire confronté à des évènements extraordinaires qu’il est devenu par la force des choses une sorte de héros américain. Hanks, c’est la garantie de l’authenticité mais aussi du petit plus qui vous transcendera un film tout bête. Donnez lui des personnages tout simples, une belle scène d’émotion, et l’acteur fait des merveilles, comme dans cet autre biopic, Captain Phillips, où sa scène finale est tout bonnement poignante et extraordinaire.


 

 

vlcsnap-2017-06-12-23h12m51s144C’est donc un peu du cousu main qu’on attend avec ce Sully, et dans un sens on n’a pas tort, car Eastwood ne fait pas dans le plus grand que nature ni dans le spectaculaire. Et c’est tant mieux, car il reste en ce sens fidèle à la personnalité de son héros, citoyen ordinaire devenu héros parce qu’il a su avoir les bons réflexes au bon moment. Le film s’emploie justement à décortiquer cet enchainement de circonstances, sur un mode qui n’est pas sans rappeler le récent Flight de Robert Zemeckis.

 

 

 

vlcsnap-2017-06-12-22h59m13s187Sully n’est peut-être pas aussi pointu que pouvait l’être un Eastwood comme Mémoires de Nos Pères, qui décortiquait avec beaucoup de subtilité la fabrication d’un acte héroïque. Ici, le réalisateur ne peut que confronter son héros à l’homme de la rue, et c’est d’ailleurs ce qu’il fait dans une très belle scène, une des toutes meilleures du film, dans un bar. L’essentiel de l’action, c’est davantage le décorticage de l’accident par les agents de la compagnie d’assurance, qui épluchent chaque détail pour être certains que la bonne décision a bien été prise.

 

 

vlcsnap-2017-06-12-22h51m19s90En ce sens, Eastwood, en se basant sur des faits réels, est bien obligé de rester dans les clous, et il va donc moins loin que Zemeckis, dont le héros involontaire était un alcoolo, sous l’emprise de drogues, de surcroit. Le seul moment où le film se lâche de manière plutôt maladroite et déplaisante, c’est dans une séquence de cauchemar qui est d’ailleurs complètement déplacée. Mais, fort heureusement, il y a Tom Hanks, et même si on se dit qu’une fois encore, ça va être du cousu main, on ne peut qu’admirer le talent de l’acteur à faire surgir ces petites nuances qui font toute l’humanité et la crédibilité d’un personnage, a fortiori quand il est bien réel.

 

 

Malgré cela, Sully est au final un film très lisse et très sage. C’est loin d’être un défaut, car le réalisateur possède toujours un talent indéniable dans la narration, et Tom Hanks apporte talent et crédibilité à ce nouveau portrait de héros ordinaire. Mais de Eastwood, on attendait peut-être un petit peu plus que l’illustration – solide, certes, mais plutôt conventionnelle – d’un simple fait divers. Sully reste néanmoins touchant par la manière dont il célèbre la solidarité des différents intervenants de la catastrophe, l’esprit d’entraide et le sang-froid de chacun, sans lesquels les choses auraient pu être bien pires. C’est cet état d’esprit, très actuel car dicté par les évènements, qui est le véritable cœur du film.

 

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mercredi 31 mai 2017

Silent Running

Film de Douglas Trumbull (1972), avec Bruce Dern, Cliff Potts, Ron Rifkin, Jesse Vint, Cheryl Sparks, etc…

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Il y a des films qui reposent davantage sur une idée plutôt que sur des situations. Cette fable écolo du milieu des années 70 est restée dans les mémoires, car elle est axée sur un concept très fort : la végétation a totalement disparu de la surface de la Terre et les quelques spécimens restants sont conservés dans de gigantesques serres, sur des vaisseaux spatiaux en orbite. Difficile de faire plus radical, et si l'idée peut prêter à sourire, elle reste, même aujourd'hui, très forte, tout comme l'étaient bon nombre de concepts SF de la même époque.


 

vlcsnap-2017-02-27-19h52m18s32Reconnu à présent comme un petit classique du genre, Silent Running a pourtant été pendant des années une œuvre plutôt confidentielle. Le projet, à la base, est d'ailleurs assez atypique, puisque Hollywood, à la suite du succès surprise d'Easy Rider, mise à l'époque sur des films à tout petit budget auxquels les studios laisseront une liberté totale. Il n'en faut pas plus à Douglas Trumbull, ex-spécialiste des effets spéciaux, pour soumettre à Universal un film de SF ambitieux, qu'il propose de réaliser pour une bouchée de pain.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-05-30-23h09m32s149Un sacré challenge dans le genre, vu qu'il va tout de même falloir employer des maquettes et toute une panoplie d'effets visuels qui sont plutôt tombés en désuétude à cette époque. Cela ne rebute pas Trumbull : il assemble une modeste équipe de spécialistes qui ont bossé avec lui sur 2001 et qui, pour la petite histoire, s'illustreront ensuite sur un obscur petit film nommé Star Wars. Tourné avec des bouts de ficelle, pas mal de bricolage et beaucoup d'astuce, le film est hélas délaissé par Universal, qui le distribue sans conviction. En France il sortira dans un circuit art et essai (le Strapontin y était !) pratiquement 3 ans après la sortie US et uniquement en version originale.
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h53m01s200Pourtant, petit à petit et malgré sa diffusion confidentielle, Silent Running a gagné ses galons de film culte. Certes, son imagerie et son atmosphère parfois baba cool peuvent prêter à sourire. Les chansons de Joan Baez, si elles s’intègrent parfaitement au film, donnent un petit côté flower power à l’ensemble, pas désagréable, mais clairement daté. De même, les personnages sont taillés d’une pièce, c’est un peu le brave écolo seul contre tous. Un peu de subtilité n’aurait pas été superflue, d’autant que le film ne se prive pas d’enfoncer le clou sur les bienfaits du bio, des années avant l’heure.
 
 
 
 
 
 

 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h46m23s42Le scénario, co-signé par Michael Cimino, est clairement le point faible du film. Le script original était, paraît-il, beaucoup plus sombre, insistant de manière très dramatique sur la catastrophe écologique posée par la destruction des forêts. Telle quelle, il est vrai que le spectateur ne la ressent pas suffisamment. Conséquence du budget plus que serré, elle est évoquée de manière très distante, à travers quelques photos, mais c'est clairement insuffisant pour étayer le discours écolo très fort du film.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h48m16s152C'est d'ailleurs un défaut d'autant plus flagrant quand il s'agit de montrer la rébellion du héros, Lowell, prêt à tout, y compris au meurtre, pour la sauvegarde de la nature. C’est bien beau de jouer sur les grands sentiments, mais il y a tout de même une limite à l’identification du spectateur, surtout lorsque l’opposition entre les personnages ne se résume qu’à quelques innocentes disputes. Mais bon, on va dire que le film avait besoin de ce prétexte pour lancer son véritable sujet sur les rails, c’est-à-dire la fuite de l’astronaute vers les confins du système solaire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-26-22h59m37s15Il n’était pas facile de donner vie de manière réaliste au personnage de Lowell, et Bruce Dern fait une fois encore la preuve de son talent. Confronté dans la seconde partie du film à guère plus que des pupitres de commandes et des robots, le jeu de l’acteur repose presque intégralement sur les expressions de son visage, et on est épaté de voir toute la force de conviction que Dern apporte au rôle. Si le personnage de Lowell semble sous-écrit, la performance de l’acteur lui donne vie de façon merveilleuse, et arrive à faire naître l’émotion au détour d’une simple expression.
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h55m09s211On se souvient également de ces robots insolites, les “drones”, dont le concept sera récupéré par George Lucas pour la création de R2D2. Là aussi, Silent Running se distingue en les transformant en personnages à part entière. Les apartés comiques qui les mettent en scène ne sont malheureusement pas toujours très réussis, on a l’impression que les scénaristes se sont creusés la tête pour trouver des situations qui les utilisent, plutôt que de leur donner une véritable identité. Leur présence ajoute une petite touche incongrue et originale à cette aventure hors du commun.
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-26-23h00m57s50Enfin, il faut revenir sur le design si particulier du film, qui est d'autant plus admirable qu'il a véritablement été réalisé à l’économie, sur un budget plus que serré. Le vaisseau spatial Valley Forge, avec ses allures de grosse libellule, est certainement l'une des créations les plus originales du genre. Les effets visuels, s'ils paraissent aujourd'hui un peu datés et détectables, parviennent tout de même à nous mettre en mémoire quelques belles séquences, comme celle de la présentation de la flotte spatiale, au son de la musique martiale et majestueuse de Peter Schickele.

 
 
 
 
 
 
 
Silent Running, sous ses allures de petit classique, possède ses défauts. Le rythme y flanche plus d'une fois et malgré sa courte durée, on sent que le film a souvent du mal à maintenir l'intérêt. Autant de faiblesses qui sont compensées par la qualité de son interprétation et l'originalité de ses effets. A défaut d'être un authentique chef d'œuvre, le film possède un mélange de candeur et de conviction qui le rend formidablement attachant.
 
 
 
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En vidéo
 
coversEn France, on aime bien jouer les voitures-balais en ce qui concerne les éditions vidéo. Et pour cause, Silent Running ayant été diffusé de manière très confidentielle, les éditeurs n’allaient pas non plus lui réserver un traitement 4 étoiles dès le départ ! Il faudra même attendre une diffusion télé (sous le titre craignos de Et la Terre Survivra !) pour que le film soit exploitée en français. C’est donc un disque minimaliste qui sera édité en 2002, avec juste la bande-annonce, en VO non sous-titrée. A la même date, nos amis américains pouvaient profiter d’une édition collector plus que fournie, avec interviews et documentaire rétrospectif.
 
 
 
 

 

Pas de surprise en ce qui concerne les entretiens et les reportages, c’est du Laurent Bouzereau, donc on sait d’avance que ce sera très documenté et bourré d’anecdotes. On a peu souvent l’occasion d’entendre Douglas Trumbull revenir sur son expérience de réalisateur, c’est donc particulièrement instructif, tout comme c’est un vrai plaisir de partager les souvenirs de Bruce Dern, pour qui le rôle de Lowell a énormément compté. On apprend également comment Trumbull a allégé le budget en tournant sur … un porte-avion désaffecté, ainsi que le pourquoi du comment de la création des drones, dont devait s’inspirer Georges Lucas quelques années plus tard.

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Comme on dit, tout vient à point à qui sait attendre. Et donc les fans frenchy du film pourront enfin profiter de ces bonus 15 ans après leur parution outre-Atlantique ! Le blu-ray paru chez Wild Side reprend en effet le contenu du DVD collector Universal, moins une ou deux broutilles (un commentaire audio et la piste musicale isolée). Le transfert haute-définition est bon, même s’il a un peu tendance à accentuer le côté cheap de certains effets spéciaux. Le son est dans une bonne moyenne, du moins en VO, car la VF est un peu criarde et saturée. Un livret très informatif et richement illustré accompagne le tout, bref c’est une édition à recommander, même si elle s’est légèrement faite désirer dans notre beau pays !

 
 
 

lundi 29 mai 2017

Love & Mercy

Film de Bill Pohlad (2014), avec John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Jake Abel, etc…

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Un biopic, c’est toujours plus ou moins des figures imposées autour du parcours d’un artiste. Généralement, la grandeur et la déchéance d’une star ou d’un personnage public. Mais depuis quelque temps, le genre étant devenu populaire (et rentable), on a trouvé de nouveaux axes à explorer. Outre le fait qu’il est admis désormais de montrer le côté obscur d’une célébrité, c’est plutôt la petite histoire, celle qui sort de l’ordinaire, qu’on va mettre en avant.

 

vlcsnap-2016-05-18-14h08m14s29Perso, je n’ai jamais été fan des Beach Boys. J’ai toujours considéré, à tort sans doute, leur surf music guillerette avec une certaine condescendance. Et l’une des grandes qualités de ce Love & Mercy, c’est justement de remettre à sa juste place le génie mélodique, mais aussi créatif de Brian Wilson, le co-fondateur du groupe. A cet égard, la reconstitution méticuleuse des sessions d’enregistrement de l’album Pet Sounds, en plus d’être un beau moment de cinéma, donnent toute sa valeur au perfectionnisme incroyable du musicien.

 

 

 

 

vlcsnap-2016-05-18-14h12m28s8Mais il y a aussi l’histoire cachée, celle d’un artiste atteint de troubles mentaux, qui est racontée avec beaucoup de subtilité et de tact. Le film met en évidence la subtile limite entre le génie et la folie, n’affichant pas de manière trop flagrante la névrose de Brian Wilson. Bien au contraire, les symptômes nous apparaissent petit à petit, au gré d’une narration qui mélange deux époques différentes, et où le chanteur est interprété par deux acteurs, Paul Dano et John Cusack. Le spectateur est baladé, un peu comme le personnage de Melinda, à la découverte d’un homme torturé et manipulé.

 

 

 

 

vlcsnap-2016-05-18-14h07m40s243Le casting est bien évidemment le point fort de Love & Mercy. Dano et Cusack, dans deux gammes d’émotion distinctes, font chacun des merveilles. Le premier confirme brillamment qu’il est l’un des acteurs les plus doués de sa génération, le second fait définitivement oublier l’étiquette de bon gars rigolo qui lui collait un petit peu trop aux basques. Ne pas oublier Elisabeth Banks, effacée et convaincante, et surtout Paul Giamatti, excellent comme à l’accoutumée, et dont le rôle de salaud manipulateur nous fait entrer de plain pied dans le versant ambigu et troublant de l’intrigue.

 

 

 

 

Traversé de splendides trouvailles visuelles, Love & Mercy est donc un biopic intelligent et sensible, qui décrit admirablement l’univers de son personnage principal, sa lente perte de contact avec la réalité, mais aussi la reconquête de son identité. Porté par deux belles performances d’acteurs, et avec de belles poussées d’émotion (la reprise finale de Wouldn’t It Be Nice est vraiment poignante) le film réussit l’exploit de donner vie à tout cela avec brio, et rend de ce fait particulièrement déchirant cet itinéraire à la fois chaotique et attendrissant.

 

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dimanche 28 mai 2017

The Voices

Film de Marjane Satrapi (2014), avec Ryan Reynolds, Gemma Aterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Adi Shankar, etc…

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Vous vous souvenez de Persépolis ? Mais si, ce dessin animé 100 % frenchy qui racontait sur le mode autobiographique l’enfance et l’émancipation d’une jeune fille iranienne ? C’était déjà un sacré challenge : un film d’animation en noir et blanc, qui était basé, de plus, sur un sujet pas vraiment vendeur. Le résultat, pourtant, parlait de lui-même, et il a révélé une artiste hors-normes : Marjane Satrapi. Qui du même coup a refusé de se laisser enfermer dans des stéréotypes et a mené une carrière surprenante et inhabituelle.


vlcsnap-2017-05-28-11h23m25s189Nouvelle preuve de ce parcours déroutant : The Voices, qu’elle est allée tourner aux Etats-Unis. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la réalisatrice apporte une sacrée bouffée d’air frais au film de serial killer. Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agît : le héros, Jerry, est un modeste employé dans une usine de baignoires (!), consciencieux, apprécié de ses collègues… Seulement voilà, Jerry entend des voix, et plus précisément celles de ses animaux de compagnie, un chat et un chien.




vlcsnap-2017-05-28-11h23m05s210A priori, quoi de plus normal quand on adore ses compagnons à quatre pattes ? Sauf que, dans ce cas précis, Jerry est sous traitement pour des pulsions criminelles, et que c’est son chat qui va l’inciter à écouter ses pulsions criminelles et à reprendre du service ! Le début de The Voices se déroule comme une innocente comédie, et puis d’un seul coup, paf, on bascule direct dans l’horreur et le gore : ça calme ! Donc même si le tout est emballé dans un humour noir décapant, le film n’est clairement pas pour toutes les sensibilités.




vlcsnap-2017-05-28-11h21m41s156En revanche, ça fait plaisir de voir les tics du genre dépoussiéré par une approche résolument iconoclaste et très européenne. Comme on l’a dit, le film ne s’impose pas de limite en matière d’horreur qui tâche ou de mauvais goût, mais il réussit également l’exploit de rendre supportable Ryan Reynolds, ce qui, après Deadpool, était loin d’être gagné. Mieux, le comédien arrive à faire de Jerry un personnage original et attachant et The Voices s’enrichit de quelques belles idées, comme la représentation de son monde intérieur déformée par les médicaments. Et puis les échanges entre le héros et ses animaux de compagnie sont particulièrement savoureux.



Ce détour américain de notre frenchie Marjane Satrapi s’avère donc être une parenthèse particulièrement rafraichissante. La réalisatrice joue avec beaucoup d’habileté et d’humour sur les clichés et les situations, et détourne brillamment le genre avec quelques écarts délicieusement barrés. Et quand le film donne l’impression de ne pas savoir comment conclure, elle termine sur une pirouette à la fois culottée et pétillante (ne ratez pas le générique de fin, une petite perle !). Cela donne un mélange tellement surprenant qu’il n’a probablement pas dû trouver son public et plaire à tout le monde. Recommandé, donc, si vous n’avez pas l’estomac trop fragile, ça va de soi.


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lundi 24 avril 2017

Sing Street

Film de John Carney (2016), avec Ferda Welsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Mark Mc Kenna, Maria Doyle Kennedy, etc…

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Oui, je sais, ca a déjà été fait et refait. Les films sur la formation d'un groupe, on connaît, on a déjà donné. Et pourtant, comme ça, tout d'un coup, bam, arrive l'inattendu, le petit film qui vous fait de l'œil et finit par vous faire craquer par sa pêche et son originalité, le film dans lequel vous vous retrouvez et qui vous parle. Vous l'aurez compris, Sing Street est de ceux-là. Retour sur une petite pépite qui a malheureusement fait un passage éclair dans les salles en fin d’année dernière.

 

 
vlcsnap-2017-05-01-16h19m37s236On ne s'en rend pas toujours compte mais à lire les souvenirs de musiciens des eighties, ceux qui sont devenus nos héros musicaux ont démarré petit. Ils savaient parfois à peine jouer d'un instrument et ont appris sur le tas, en montant leur groupe avec des potes. C'est le postulat de départ de Sing Street, qu'on pourrait presque résumer comme une version ado des Commitments, sauf qu'il est finalement beaucoup plus que ca. Ça commence de manière très classique, à l'école chez les curés, et hop le héros monte un groupe sur un coup de tête, juste pour plaire à une fille. C'est leur itinéraire ou plus précisément celui du chanteur, Conor, qu'on va suivre.
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-05-01-16h12m45s197Toute l'originalité de Sing Street c'est qu'il a bien compris que la création musicale s'enrichissait en permanence des influences des uns et des autres, mais surtout de la musique du moment. Là encore, le film joue l’humilité, puisque l’inspiration du groupe provient des disques que Conor découvre, ou plus précisément ceux que son frère exhume pour lui. Et c’est inévitablement une grosse bouffée de nostalgie qu’on se prend lorsque les jeunes découvrent les albums de Cure, Jam, Duran Duran ou Hall & Oates. Cela donne lieu à de savoureuses petites scènes, où le groupe bricole ses clips en alignant tous les clichés en vogue à l'époque.
 
 
 
 

vlcsnap-2017-05-01-16h25m53s140Outre la description bourrée d’humour des différents personnages, Sing Street bénéficie également d’une bande musicale particulièrement réussie. C'est tellement rare dans ce genre de films qu'il faut vraiment saluer le choix des tubes utilisés, mais surtout la qualité des compositions originales. Les différentes chansons du groupe réussissent l’exploit de sonner comme si elles avaient écrites par des amateurs, tout en laissant transparaître ce qui a pu les inspirer. Et le fait est que le résultat est sacrément bon, avec des airs qui vous restent en tête, en particulier l’excellent Drive Like You Stole It, une merveilleuse variation sur le riff du Maneater de Hall & Oates, et qui cristallise dans une magnifique séquence le groupe et ses à-côtés tels que Conor les rêve. En quelques minutes, l'espace d'une belle citation de Retour Vers Le Futur, le film prend toute sa dimension de feel good movie et s’envole littéralement.


 

vlcsnap-2017-05-01-16h48m48s70Il y a aussi beaucoup de finesse et de tendresse dans la description des personnages secondaires, comme celui du frangin de Conor, passionné de musique qui n’a jamais sauté le pas pour monter son groupe, mais qui en connaît suffisamment pour guider son petit frère dans ses découvertes musicales et devenir en quelque Sorte son mentor. C’est aussi l’occasion pour John Carney de brosser le portrait attachant d'une famille au bord de la rupture, puisqu'il y est aussi question de divorce à une époque où ce dernier n'était pas encore légalement admis en Irlande. Bref, l'arrière plan social, malgré ses allures de déjà-vu, est on ne peut plus attachant.

 

 

vlcsnap-2017-05-01-16h22m46s82On sent à chaque instant que le réalisateur a puisé dans son vécu et ses souvenirs pour construire son histoire et ses personnages (le film est d’ailleurs dédié “aux frangins, partout”) et cela confère à Sing Street un ton à la fois familier et authentique. Ajoutons à cela de belles découvertes au casting, en particulier Freda Welsh-Peelo, qui est une véritable révélation dans le rôle principal. Non seulement il se sort avec brio de toutes les parties vocales (il chante lui-même toutes les chansons du groupe) mais il apporte au personnage de Conor à la fois fragilité et caractère. A ses côtés, Lucy Boynton  fait des débuts remarqués, et Jack Reynor est franchement excellent dans son rôle de grand frère.

 

On peut rechigner contre certaines facilités, notamment une fin trop résolument optimiste, dont on se demande par quel bout il faut la prendre (le réalisateur a d'ailleurs précisé qu'il ne l'avait pas voulue comme pleinement réaliste). Mais peu importe. Sing Street parle à nos souvenirs d'ados avec une sincérité et un humour qui en font une des plus belles découvertes de ces derniers mois et l'un des plus belles réussites du genre. Coup de cœur certifié, donc !

 

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mercredi 12 avril 2017

Quelques Minutes après Minuit

(A Monster Calls)

Film de J.A. Bayona (2016), avec Lewis Mc Dougall, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Toby Kebbell, Ben Moor, etc…

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Du réalisateur J.A. (pour Juan Antonio) Bayona,  on connaissait surtout The Impossible (d'ailleurs chroniqué ici sur votre blog préféré), un film-catastrophe hyper-réaliste qui, s'il n'était pas totalement réussi, évitait tout de même les clichés propres au genre. Mais de là à s'attendre à cette magnifique surprise qu'est A Monster Calls, franchement, on en reste un peu sur le cul. Avec ce film, le réalisateur impose un univers original et surprenant, et signe surtout une petite perle d'émotion.

 
 
vlcsnap-2017-04-17-18h07m34s109Déjà, d'entrée de jeu, A Monster Calls refuse la classification et les étiquettes. Ça ressemble à un film pour enfants, mais la thématique est résolument adulte, puisqu'on y parle de deuil, de perte de l'être cher. Il fallait ainsi oser braver les étiquettes, et pas certain du coup que le film ait trouvé son public puisqu'il faut tout de même une certaine curiosité voire une grande disponibilité d'esprit pour appréhender cet univers. Ceci d'autant plus que A Monster Calls n'abat pas ses cartes tout de suite et qu'il faut un certain temps pour que les rouages de l'intrigue se mettent en place.
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-04-17-18h13m35s183Une fois les enjeux posés, le film prend alors son envol, et on comprend petit à petit que ces échanges entre un petit garçon et un monstre bienveillant ne sont ni plus ni moins qu'une véritable psychanalyse à laquelle s'abandonne le jeune héros. Ah ! Là je te vois venir, ami lecteur, à te demander avec perplexité si le film en question ne serait pas un traquenard ou un pensum intello ! Eh bien pas du tout ! La magie de A Monster Calls, c'est justement qu'il déploie toutes ces idées passionnantes sans avoir l'air d'y toucher, et surtout en gardant une fraîcheur d'esprit constante. Jamais démonstratif, le film s'enrichit au contraire d'une dimension émotionnelle d'autant plus forte qu'elle se base sur la richesse des sentiments.
 
 
 
 
vlcsnap-2017-04-17-18h18m04s21La description des personnages et du cadre n’échappe pas non plus, dans un premier temps, à certains clichés, comme la belle-mère acariâtre ou la méchante brute de cour de récré. C’est pour mieux les dépasser ensuite. Ils deviennent alors des éléments essentiels dans l’évolution du héros. A ce propos, il faut louer ici l’extraordinaire travail d’acteur du jeune Lewis Mc Dougall, qui se sort avec les honneurs d’un rôle difficile. On est également bien content de retrouver Sigourney Weaver dans un véritable rôle, où elle ne se contente pas juste d’imposer une présence, mais arrive à faire vivre son personnage l’espace de quelques belles scènes.
 
 
 
 
vlcsnap-2017-04-17-18h10m16s166Sur le plan visuel, A Monster Calls est également une belle réussite. Le monstre, auquel donne vie la voix de Liam Neeson, est une merveille de design, remarquablement caractérisé par d’excellents effets numériques. Le film fait également la part belle à l’animation avec trois récits enchâssés dans l’intrigue, dont l’esthétique à la fois enfantine et stylisée est un vrai bonheur. De plus, loin d’être plaqué sur le reste, cette conception graphique s’intègre à l’ensemble, trouvant sa justification dans les dernières minutes. Rares sont les films récents qui sont arrivés à intégrer de manière aussi intelligente le visuel et le contenu symbolique.
 
 
 
 
Le film parlera différemment à chacun selon son propre vécu et si certains critiqueront un final à la Spielberg où tout le monde sort son mouchoir, j’y vois au contraire une émotion vraie, la conclusion superbe et parfaite d’un itinéraire hors du commun et pourtant si familier. On pense souvent au Labyrinthe de Pan, cet autre fleuron de la fantasy transalpine, pour ce mélange entre fantasmagorie enfantine et concepts adultes. Prototype même du film impossible à cataloguer (et donc d’autant plus difficile à conseiller !), A Monster Calls est un petit chef d’œuvre qui mérite en tout cas amplement la découverte.
 
 
 
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Le Générique

Habilement stylisé, le magnifique générique du film prépare bien entendu le spectateur à l’esthétique très particulière des trois récits que le monstre va raconter au jeune héros. Mais de manière beaucoup plus subtile, il sait aussi évoquer l’arrière-plan psychanalytique avec l’utilisation de tâches de peinture qui se changent en différentes formes, ce qui rappelle le fameux test de Rorschach, dans lequel les taches sont utilisées pour évaluer le profil psychologique d’un sujet. Le générique est signé Karin Fong et Grant Lau, deux graphistes du studio de design Imaginary Forces, dont on ne compte plus les créations exceptionnelles (se7en, par exemple).

 

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Clin d’Œil

Liam Neeson, qui prête sa voix au monstre, est également présent dans le film sous la forme très discrète d’une photo de famille. C’est en effet lui qui incarne le grand’père du jeune héros. Un joli clin d’œil à l’acteur, auquel chacun pourra, s’il le désire, rattacher une signification symbolique par rapport au déroulé de l’intrigue.

 

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