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mardi 18 février 2014

Dark Star

Film de John Carpenter (1974), avec Brian Narelle, Dan O’Bannon, Cal Kuniholm, Dre Pahich, etc…

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Ça parle de quoi en deux mots : l’équipage d’un vaisseau spatial aux prises avec un alien et des bombes récalcitrantes.

Des astronautes chargés de faire sauter des planètes instables, un extra-terrestre en forme de ballon de plage, une bombe qui discute philosophie... Dans cette vision délirante de l'espace, John Carpenter fait ses premières armes. Dark Star, c'est 2001 revisité par les Nuls ! Œuvre de jeunesse en forme de grosse déconnade, c'est l'un des films de SF les plus surprenants et les plus atypiques qui soient. Retour sur un space opéra débraillé et culte.

 

vlcsnap-2014-02-18-11h29m51s150Pour apprécier pleinement Dark Star, il ne faut surtout pas perdre de vue les conditions dans lesquelles il a été fait. John Carpenter est alors étudiant a l'USC, brillante université qui a donné naissance à des talents tels que George Lucas. Avec ses potes, il réalise avec des bouts de ficelle un court-métrage de SF qui tapera dans l'œil d'un producteur, Jack H. Harris. Ce dernier, séduit par ce qu'il a vu, propose au réalisateur le budget suffisant pour en faire un film de cinéma et pouvoir l'exploiter en salles. Le résultat, bien que bricolé, attirera l'attention de pas mal de monde et sera même présenté dans des festivals à l'étranger (y compris celui d'Avoriaz), commençant à créer le buzz autour du nom de John Carpenter.

 

 

vlcsnap-2014-02-18-15h07m49s149Dark Star ne se regarde donc pas comme un film normal, et il y a fort à parier que ceux qui s'y risqueront sans connaitre le background du film vont vite déchanter et trouver ça parfaitement nul. Cela pouvait encore passer à l'époque de la sortie du film, en 1974, dans la mesure où il a été perçu comme un objet de contre-culture mais aujourd'hui, le public aura sans doute du mal à appréhender une narration qui prend peinardement son temps et joue sur l'ennui et le désœuvrement de ses personnages (Carpenter lui-même En Attendant Godot comme source d'inspiration). Ce space-opéra foutraque se termine en queue de poisson, sur une fin totalement nihiliste qui indique clairement que les auteurs ne savaient pas très bien comment conclure. Peu importe, d’ailleurs, puisqu’on est parfaitement en phase avec l’esprit déconneur et potache du film.

 

 

vlcsnap-2014-02-17-20h38m20s1Pourtant, à bien y regarder, le film met en place pas mal d'éléments nouveaux en matière de SF. D'abord, il joue à fond sur le côté ordinaire et banal de ses personnages, qui ne sont ni plus ni moins que des ouvriers dans l'espace. Ils sont là pour bosser, se font chier à cent sous de l'heure et se fichent bien de l'attirail technologique qui les entoure. Ensuite, exit les décors propres à la 2001. Les cabines sont crades, ressemblent davantage à une chambre de cité U et sont tapissées de photos de cul. Autant d'éléments que Ridley Scott reprendra dans Alien. Dark Star détourne également de manière plus subtile le film de Kubrick: ici pas de valse de Strauss pour accompagner la vision des vaisseaux spatiaux mais une chanson de country ! Quant à l’accompagnement musical, même s’il est sommaire, il préfigure ce que fera John Carpenter dans ses films suivants.

 

vlcsnap-2014-02-17-20h44m46s17De la même manière, on a ici le brouillon d’Alien, puisqu’une bonne partie de l’intrigue se résume à une chasse à l’extra-terrestre dans les couloirs du vaisseau. Rien d’étonnant à cela : Dan O’Bannon, qui cumule ici les fonctions d’acteur, monteur, directeur artistique et de superviseur des effets spéciaux, signera quelques années plus tard le scénario du film de Ridley Scott. Mais là encore, on reste dans un esprit bricolo, puisque l’alien en question n’est rien d’autre qu’un ballon de plage avec des griffes !  Quelque part, c’est cette absence de prétention qui donne toute sa saveur au film. Cela n’empêche pourtant pas certaines innovations techniques en matière d’effets spéciaux, nottament une plongée dans l’hyper-espace dont Star Wars s’inspirera quelques années plus tard.

 

vlcsnap-2014-02-17-20h45m14s38C’est vrai, c’est parfois un peu juste, et même malgré sa courte durée, Dark Star n’évite pas les temps morts et les longueurs. Le film est déséquilibré, avec des séquences interminables (les mésaventures de Pinback dans la cage d’ascenseur) et d’autres expédiées un peu vite. C’est aussi un one man show pour Dan O’Bannon, qui monopolise l’écran et n’hésite pas à en faire des tonnes dans un des rôles principaux. Selon son humeur, on trouvera sa performance hilarante ou parfaitement agaçante, c’est selon. Personnellement, son personnage de chien fou m’a bien fait marrer (la séquence du journal de bord est un grand moment!), mais je comprends qu’on y soit allergique.

 

 

Dark Star n’est pas vraiment un film à part entière, c’est plutôt une œuvre de jeunesse. Néanmoins, si on le replace dans le contexte de l’évolution du genre, il est clair qu’il a posé pas mal de jalons et défini de nouvelles approches. C’est ce qui en fait une œuvre unique en son genre, une curiosité qui, à sa manière et avec ses moyens plus que limités, a tout de même fait énormément pour l’évolution de la SF.

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Version Longue et Director’s Cut

vlcsnap-2014-02-17-20h39m48s106Assez curieusement pour un film de cette durée, il existe plusieurs versions de Dark Star. En effet, lorsque le producteur Jack H. Harris entreprend de distribuer le film, il demande plusieurs ajouts à Carpenter de manière à ce que le film puisse être exploité en salles. Plusieurs séquences additionnelles seront donc tournées dans ce but. Lors de sa distribution en vidéo, il sera remonté, plus ou moins selon les intentions initiales du réalisateur. Ça reste à vérifier, dans la mesure où ce dernier a depuis plus ou moins renié le film. En tout cas, cette “Director’s Cut” est sans doute la moins bonne des deux, dans la mesure où elle sabre des informations importantes relatives à l’intrigue, mais aussi une des séquences les plus spectaculaires du film (la traversée du champ d’astéroïdes). Mieux vaut donc découvrir le film dans sa version salles, certes parfois un peu longuette, mais quelque part plus équilibrée.

 

En vidéo

darkstarÇa valait la peine d’attendre ! Resté très longtemps invisible dans notre beau pays, Dark Star a récemment eu les honneurs d’une édition vidéo plus que réussie, et ce grâce aux bons soins de l’éditeur Carlotta, dont la réputation en matière d’édition de petits classiques n’est plus à faire. Bien entendu, n’allez pas espérer un piqué et une qualité d’image digne des blockbusters récents ! Une grosse partie de Dark Star a été tournée en 16 mm, puis gonflée en 35, donc pour ce qui est de la définition, on est bien loin des standards HD ! Cela n’empêche pas Carlotta de proposer une image propre et satisfaisante, tout à fait en rapport avec les origines bricolées du film. Enfin, cerise sur le gâteau, le disque offre le choix entre les deux montages existants.

 

 

Mais le gros morceau de cette édition, c’est surtout le documentaire rétrospectif Let There Be Light: The Making of Dark Star, qui revient en détail sur la passionnante histoire de la conception et de la réalisation du film, avec de nombreuses interviews des membres de l’équipe. Seul John Carpenter manque à l’appel. Il a semble-t’il gardé un si mauvais souvenir de cette époque qu’il a refusé de participer aux suppléments. C’est donc sous la forme d’extraits d’une interview audio qu’il apparaitra dans le doc.

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Cet excellent reportage est surtout l’occasion de mettre en avant le rôle primordial de Dan O’Bannon dans l’élaboration et la réalisation du projet. Une belle façon de rendre hommage à cet artiste jamais vraiment reconnu par ses pairs et décédé il y a 4 ans. Il sera d’ailleurs très déçu de l’accueil mitigé reçu par le film, à tel point qu’il déclarera : “si je n’arrive pas à faire rire le public, autant lui fiche la trouille”. Donc acte : son scénario suivant, Starbeast, deviendra un classique du genre : Alien.

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mardi 28 février 2012

Assaut (Assault on Precinct 13)

Film de John Carpenter (1976), avec Austin Stoker, Darwin Joston, Laurie Zimmer, Nancy Loomis, Charles Cyphers, etc..
 















Même s’il paraît un tantinet daté aujourd’hui, Assault on Precinct 13  a tout de même été un film fichtrement influent pour toute une génération de scénaristes. Il a surtout, à sa sortie, assis la réputation de son réalisateur, John Carpenter, après que le fameux Halloween l’ait révélé. Eh oui, comme en France on ne fait rien comme les autres, il a fallu attendre le carton monumental de ce dernier pour que les distributeurs se décident à sortir son tout premier film.

Si effectivement Assault on Precinct 13 a parfois des allures de film fauché, ce n’est pas par hasard : réalisé avec un budget dérisoire, il compense ces limites avec un sens de la mise en scène parfaitement imparable. John Carpenter y pose les bases de son style, avec des personnages luttant contre une menace aveugle et incontrôlable. Son film est un véritable melting pot de plusieurs genres hétéroclites, auquel il sait pourtant donner une cohérence et  une efficacité particulièrement bluffante.



A la base, Assault on Precinct 13 n’est ni plus ni moins qu’un western (le titre initial, The Anderson Alamo, accentuait encore davantage ce parallèle), pratiquement une transposition urbaine de Rio Bravo. Toute l’intelligence de Carpenter, c’est d’arriver à digérer des influences très fortes, puisque le film est très marqué par le style d’Howard Hawks, et d’en faire pourtant quelque chose de totalement nouveau. On est au-delà de l’hommage et plutôt dans une logique de compréhension d’un style. Carpenter a su garder de Hawks cette manière de typer les personnages à travers quelques lignes de dialogue. Cela apporte un ton particulier au film, qui témoigne un réel attachement à ses personnages.


Outre cette influence très westernienne, Assault on Precinct 13 récupère aussi à son profit une ambiance directement héritée de La Nuit des Morts-Vivants de Romero. La menace présentée par le gang apparaît comme implacable, et le comportement des assaillants est tellement peu explicité dans le film qu’il ne semble obéir à aucune loi ni aucune logique. Comme il le fera avec Halloween, Carpenter joue avec l’espace et situe l’action à la lisière du fantastique, en jouant sur des situations qu’il déforme au point de les rendre irréelles. Le gang devient du coup une entité presque surnaturelle contre laquelle la lutte des personnages principaux devient désespérée et presque sans issue.


On appréciera également la manière dont Carpenter prépare l’action à l’aide d’une ou deux séquences particulièrement violentes. L’agression sur le vendeur de glaces est un exemple de découpage et de rythme, et le réalisateur brave les tabous et joue avec les nerfs du spectateur en y faisant intervenir un élément totalement innocent (la petite fille) et en poussant la scène à l’extrême. Si le procédé n’est pas en soi particulièrement nouveau, il accentue le côté implacable de ce qui suivra. Il faut noter au passage que le réalisateur rencontrera des problèmes avec la censure, et que le film fût même amputé de quelques plans jugés too much lors de sa sortie en France.


On pourra critiquer le côté un peu léger de certaines séquences, en particulier la facilité avec laquelle les personnages se débarrassent des membres du gang en faisant mouche pratiquement à chaque fois. Cela contribue à renforcer l'aspect totalement irréaliste de la menace du gang, mais prête souvent à sourire. Le film est parfois victime de la maigreur de son budget, mais il sait dans certaines occasions contrebalancer ce manque de moyens par des idées savoureuses: la scène quasiment surréaliste où le commissariat est mitraillé au silencieux est un exemple d’ingéniosité. Enfin,  il faut mentionner la musique, composée au synthétiseur par John Carpenter lui-même. Si son impact ne vaut pas les BO futures d’Halloween ou de The Fog (il faut reconnaître qu'elle a aussi un peu vieilli), elle pose les bases de l’illustration musicale minimaliste typique du réalisateur.






Si l’on excepte Dark Star, gentille pochade de SF qu’on aimerait bien voir sortir dans notre beau pays, Assault on Precinct 13 est une splendide déclaration d’intention de la part d’un réalisateur qui pose calmement et adroitement les bases de son futur cinéma. On retrouvera beaucoup d’échos dans les futures œuvres de Carpenter, mais le film saura également inspirer de belles réussites, comme l’excellent Nid de Guêpes de Florent-Emilio Siri, et même un remake, signé en 2005 par Jean-François Richet. A la fois rigoureux, solide et original, c’est un petit classique à lui tout seul et définitivement l’un des films les plus réussis de son auteur.  



Le Trombinoscope:
Les acteurs, pratiquement tous inconnus, jouent le jeu à la perfection. Même si ce ne sont pas des performances oscarisables, ils donnent une réelle épaisseur à leurs personnages. On reconnaîtra, dans la distribution, des visages qui réapparaitront dans les films suivants de Carpenter (Nancy Loomis, Charles Cyphers). Le réalisateur prend également un malin plaisir à utiliser la jeune actrice Kim Richards, star chez Disney, pour la placer dans un contexte ultra-violent.
Austin Stoker
Darwin Joston
Laurie Zimmer
Charles Cyphers & John J. Fox
Martin West
Kim Richards
Nancy Loomis

En vidéo :
On ne peut pas vraiment dire qu’ait été particulièrement gâté par les éditions vidéo française, en particulier lors de sa sortie en DVD : première édition en format recadré (du scope en plein écran), à l’image dégueulasse, et qui plus est dans son montage censuré… Heureusement, le récent blu-ray (et l'édition DVD correspondante) a remis les pendules à l’heure en proposant la version intégrale du film dans une belle copie, avec des bonus courts mais intéressants (extrait de conférence, commentaire audio, photos, storyboards…). L'occasion idéale pour découvrir un film rarement diffusé, malgré son indéniable réputation.