vendredi 18 août 2017

Alien Covenant

Film de Ridley Scott (2017), avec Katherine Waterston, Michael Fassbender, Danny Mc Bride, Billy Crudup, Demian Bichir, etc…

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Et c'est reparti pour un tour ! Non content d'avoir déçu les fans avec un Prometheus moins que convaincant, Ridley Scott remet le couvert pour un nouvel opus. C'est à se demander si le réalisateur, pourtant connu pour son éclectisme, ne traverse pas actuellement un gros passage à vide pour être obligé de se replonger ainsi dans l'univers qui a fait sa renommée. Pourtant, rares sont les occasions où les grands classiques du 7ème Art sont revisités des années après par leur créateur. Même si l’idée est séduisante, elle induit forcément une certaine déception.



vlcsnap-2017-08-27-18h14m15s71Car comme nous l’avions dit dans la critique de Prometheus, entre temps, beaucoup de choses ont changé, à commencer par l’approche du réalisateur. Là où le premier film le laissait apparaître comme un artiste très visuel, donnant une place prépondérante à l’esthétique de ses films, Scott a vite renié cette approche arty pour un cinéma très diversifié, mais pas franchement personnel. Du film de guerre au péplum, il a revisité tous les genres avec plus ou moins de bonheur, mais sans réellement apporter ce petit quelque chose de plus qui avait fait de Alien ou de Blade Runner des films uniques, quasiment des chefs d’œuvre dans leur catégorie.



vlcsnap-2017-08-27-20h04m26s157Mais la Fox poussant à la roue, il a bien fallu prolonger cette franchise au mieux, ce qui a donné des films très disparates et pas toujours complètement réussis. Et bien évidemment, Ridley Scott s’est mis sur les rangs pour apporter sa pierre à l’édifice. Après tout, quoi de plus normal ? Sauf que le style, ce style unique qui faisait le prix du premier film n’est plus là. A la place, une intrigue tarabiscotée, des personnages inintéressants et des péripéties pas vraiment renversantes. Pas de peur et encore moins d’angoisse, bref rien de ce qui faisait toute la singularité du film original.




vlcsnap-2017-08-27-19h58m32s190C’était déjà le bilan qu’on pouvait tirer de Prometheus. Entre temps, Ridley Scott, prétendument à l’écoute des fans, faisait son mea culpa et promettait du coup une nouvelle suite, plus fidèle au concept original. Oui, on verrait des aliens comme avant, et le film ferait la jonction entre le film précédent et le reste de la saga. Vous me suivez ? Bref, à tous les déçus du petit dernier, on promettait monts et merveilles, un truc plus “dans l’esprit” de la série, l’argument mastoc pour faire revenir le chaland dans les salles. Tout ça pour ça, a-t’on envie de dire en fin de course.




vlcsnap-2017-08-27-18h10m34s171Car en définitive, on prend la même trame et on recommence. Sauf que quand même, l’alien, le vrai, est de retour, ainsi que toutes les gentilles bestioles qui ont fait la renommée de la franchise, les œufs tout visqueux, les face huggers (si vous ne savez pas ce que c’est, vous n’êtes pas un vrai fan!)Et puis vu que le précédent était un peu light sur l’horreur, celui-là en rajoute une bonne louche histoire de contenter tout le monde. Ah si ! Surprise, le mode de contamination a été revu et corrigé : il est aujourd’hui possible d’être infecté par un alien aussi facilement qu’on attrape un rhume ! Si, si, je vous jure, parole de Strapontin !



vlcsnap-2017-08-27-19h53m24s193Bon allez, ne soyons pas trop méchants, il y a quelques bonnes choses dans tout ça. En particulier, le fait de montrer les responsables de la mission comme faillibles et humains. Un peu trop, même. Le capitaine, joué (plutôt bien) par Billy Crudup, ne possède carrément pas la stature d’un meneur d’hommes. On le croirait presque dépressif ou au bord de la crise de nerfs. C’est un peu too much mais ça crédibilise un personnage qui s’est retrouvé là par la force des choses et qui ne sait définitivement pas prendre les bonnes décisions.




vlcsnap-2017-08-27-20h02m40s111C’est grosso modo la même semoule avec l’héroïne : plus de nana forte façon Sigourney Weaver, mais un petit bout de femme avec une sensibilité à fleur de peau. Scott revisite donc l’inspiration de ses personnages, mais ça n’est pas pour autant qu’il nous intéresse à eux. Tout comme dans Prometheus, on n’accroche pas particulièrement à l’un ou l’autre, on devient donc très vite indifférent à leur sort. Là où en 1979, il arrivait à typer l’équipage du Nostromo en quelques scènes, il donne ici l’impression de dérouler une galerie de protagonistes dont on se contrefiche.




vlcsnap-2017-08-27-18h02m11s243En fait, il apparaît très vite que le seul personnage qui intéresse vraiment Ridley Scott dans tout ça, c’est le robot. Le seul problème, c’est que des films sur des androïdes et l’intelligence artificielle, on s’en est déjà cogné une bonne flopée. Scott a même mis la barre assez haut dans le genre avec son Blade Runner. Donc si le réalisateur ne propose pas une méditation particulièrement chiadée sur le sujet, autant dire que, malgré l’interprétation sans faille de Michael Fassbender, tout cela est un peu vain et hors-sujet. On est venu voir de l’alien, et en fait, on dérive vers tout autre chose, une intrigue alambiquée à base de mutations génétiques. Bref on est a côté de la plaque.



vlcsnap-2017-08-27-18h08m50s108Ce ne serait pas gênant si on retrouvait dans Alien Covenant un petit peu de ce qui faisait le film original, mais là encore, on est loin du compte. Ni claustrophobique, ni angoissant, ce nouvel opus oublie consciencieusement tous les ingrédients qui ont fait le succès du premier épisode, ce sentiment d’isolation dans un monde inconnu, cette suggestion qui renforçait l’angoisse. Scott a même le culot d’y recycler des extraits de la partition musicale qu’il avait pourtant rejetée en 1979. Complètement inadaptée dans ce cas précis, elle ne fait que souligner la profonde médiocrité du reste de la musique.




Si on pouvait avoir quelques espoirs quant à l’avenir de la saga, cet Alien Covenant les douche brillamment. Ce n’est pas à proprement parler un mauvais film, c’est juste un produit de série, ni pire ni meilleur que les gros blockbusters qui défilent sur nos écrans. Il semble pourtant que Ridley Scott envisage une nouvelle suite. On de demande bien pourquoi. À part rabâcher des situations déjà vues, on voit mal ce qu'elle pourra apporter de neuf à une franchise en bout de course qui renie ici tout ce qui a pu faire son originalité.



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jeudi 17 août 2017

The Circle

Film de James Ponsoldt (2017), avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Bill Paxton, etc…

 

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Sur le papier, The Circle avait tout bon : un sujet en prise avec l’actualité, qui parle à tout le monde, un casting top moumoute. Ce n’était apparemment pas suffisant pour faire un bon film. Et c’est bien dommage, car l’intrigue ouvrait la porte à des développements fascinants. Pensez un peu, les réseaux sociaux, ces must de notre génération, dont tout un chacun ne sait pas toujours s’il faut les utiliser ou les fuir, et qui finissent par effacer la frontière entre vie privée et sphère publique. En plus, c’était aussi l’occasion de découvrir Emma Watson autre part que dans la sphère Harry Potter. Bref, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas la matière !

 

vlcsnap-2017-08-17-14h14m57s432Et d’ailleurs, The Circle nous met un peu dans le même état d’esprit que son héroïne. Après un début qui patine un peu, les premiers pas dans ce monde numérique sont mis en scène de manière attrayante. On a droit aux inévitables pop-ups qui envahissent l’image à tout bout de champ, et qui semblent être devenus des éléments visuels incontournables dès qu’on parle de numérique. C’est pas nouveau nouveau, mais ça fonctionne. Qui plus est, le film bénéficie d’une musique électro-bizarroïde, très efficace et plutôt surprenante de la part d’un Danny Elfman qui renouvelle intelligemment son style.

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h02m11s159Quand on entre dans le vif du sujet, par contre, les choses se gâtent et le film sort ses gros sabots. Le “circle” du titre n’est en effet ni plus ni moins qu’un réseau social de plus, qui a pour objectif d’exercer une surveillance en temps réel grâce à des mini-caméras disposées un petit peu partout. Le film reste plutôt bien dans les clous quand il évoque les effets pervers de ce genre de communication, où un individu peut se retrouver au ban de la société parce qu’il aura été jugé d’une certaine manière.

 

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h09m57s383Par contre, lorsque le réseau envisage comme expérience ultime de donner en pâture la vie de l’héroïne aux internautes, on a vite compris où The Circle voulait en venir. L’approche n’est pas d’une finesse exemplaire, et il faut un accident bien traumatisant (et un rien ridicule dans son déroulé) pour que la brave Emma Watson prenne conscience qu’elle bosse pour une filiale de Big Brother. Ceci dit, ce n’est certainement pas en jouant sur la carte du voyeurisme qu’on fait avancer le débat. Les zones un peu limite sur les réseaux sociaux, ce n’est pas ce qui manque et il n’est pas certain que choisir une dérive grosse comme une maison apporte grand chose au débat.

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h17m46s868De ce fait, The Circle tourne très vite en rond (oui, je sais, elle était facile, mais si tentante !) et ce ne sont certainement pas les talents de comédienne de miss Watson qui vont donner le change. Elle était bien meilleure dans le très sympa Monde de Charlie. Ici, c’est un festival plutôt agaçant de mimiques faciales façon Hermione. Tom Hanks s’en sort plutôt bien, comme d’habitude, et si son personnage à la Steve Jobs n’a rien de transcendant, au moins a t’on droit à la fameuse “minute Hanks”, où sa prestation s’élève au-dessus de la moyenne. Il faut également mentionner Bill Paxton. Son personnage de père handicapé est d’autant plus touchant que ce fût son dernier film (il lui est d’ailleurs dédié).

 

 

Donc le film sur les réseaux sociaux, le vrai, reste encore à faire. The Circle, sous ses dehors irrésistiblement mode, se cantonne à proposer une vision simpliste du débat et enquille des péripéties tellement énormes qu’on les sent taillées sur mesure pour un public ado. Diable, le film n’allait pas en plus se tirer une balle dans le pied en dézinguant des univers virtuels dans lesquels son cœur de cible passe des heures ! Il n’était peut-être pas utile d’embringuer des acteurs de renom pour un résultat aussi fade et dispensable.

 

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mercredi 28 juin 2017

LaLaLand

Film de Damien Chazelle (2016), avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, Sonoya Mizuno, Rosemarie DeWitt, etc…

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Je sais pas vous mais moi j'en ai bouffé, du LaLaLand en ce début d'année. Et que la critique en tartine un max sur les formidables qualités du film, et que les nominations à l'Oscar pleuvent littéralement (14 en tout, un record !) et que, bien évidemment, il rafle dans la foulée 6 statuettes, presque 7 s'il n'y avait pas eu cette bourde monumentale qui l'avait donné lauréat du meilleur film à la place de Moonlight. Bref, pour tout spectateur normalement constitué, et à moins d’émigrer sur Mars, c'était carrément l'overdose, la hype dans tout ce qu'elle a de plus gonflante et qui faisait de ce LaLaLand le film à fuir. 


vlcsnap-2017-05-31-22h15m50s61C'était d'autant plus bêta que j'avais plutôt bien aimé le précédent film de Damien Chapelle, Whiplash (dont le Strapontin vous parle d'ailleurs ici). Parmi ses nombreuses qualités, j'avais été impressionné par la manière dont le réalisateur faisait vivre la musique, qui était un élément essentiel de l'intrigue. Donc forcément, à l'annonce d'une comédie musicale, on en salivait d'avance. Un enthousiasme pourtant un peu douché par une bande-annonce plutôt quelconque, qui ne faisait pas franchement envie. Alors que tout le monde applaudissait le grand retour de la comédie musicale, on n'était pas franchement convaincu ni emballé.




vlcsnap-2017-05-31-22h28m51s0Mais bon, il faut toujours lutter contre ses aprioris, on a donc testé LaLaLand à froid. Déjà, ça commence plutôt mal avec un numéro musical pendant un embouteillage. La chorégraphie est sympathique, les comédiens s'en donnent à cœur joie... un seul souci, mais de taille : la musique ne suit pas. Aucune mélodie n'accroche vraiment l'oreille ni ne reste en tête, un peu gênant quand on voudrait révolutionner le genre, car l'intendance a du mal à suivre. C'est d'autant plus dommage que la mise en scène de Chazelle est habile et colorée, avec des décors pastel et des couleurs qui pètent mais sans faire dans le mauvais goût et des plans-séquences de malade propres à faire fantasmer les geeks cinéphiles.




vlcsnap-2017-05-31-22h14m00s223C'est en définitive davantage l'alchimie entre les deux interprètes principaux qui emballe l'affaire. Ca et une peinture très bien vue du monde des petits comédiens, qui galèrent dans l'attente de l'audition de leur vie. Il y a d'ailleurs une très belle scène au cours de laquelle Emma Stone se donne à fond au cours d'une audition, jusqu'à nous émouvoir jusqu'aux larmes... alors qu'en face d'elle, la responsable de casting n'en a pas grand chose a battre. Un joli moment qui questionne, un peu comme dans Whiplash, la notion de talent et la manière dont il est il est exploité. Donc, même s'il ne nous charme pas forcément par son aspect musical, LaLaLand sait le faire par d’autres moyens.




vlcsnap-2017-05-31-22h22m21s92Mais alors, vous allez me dire, qu’est-ce que c’est que ce film qu’on nous vend comme la comédie musicale ultime et qui n’assure même pas un cachou dans ce registre ? Patience, jeune padawan, on y vient. En fait, le charme de LaLaLand prend son temps pour agir et surprend plus d’une fois en nous faisant de l’œil là où on ne l’attend pas. Et petit à petit, le versant musical du film s’impose avec délicatesse, sans avoir l’air d’y toucher, l’espace de quelques formidables séquences, bourrées de poésie, comme celle du planétarium. Ailleurs, c’est un duo au piano entre les deux interprètes principaux qui fait naître l’émotion. Avec, toujours, ce talent que possède Chazelle pour faire de la musique non pas un simple accompagnement, mais une partie intégrante de l’histoire des personnages.




vlcsnap-2017-05-31-22h29m20s176Difficile, donc, de ne pas succomber lors d’une conclusion magnifique, qui rebat les cartes et change radicalement notre perception du film. Davantage qu’une belle idée de mise en scène, c’est un moment extraordinaire et formidablement émouvant pendant lequel LaLaLand prend son véritable souffle et toute sa signification. C’est dans ce genre d’instant d’exception que le film dépasse son cadre étriqué et nous fait oublier ce que le reste du film peut avoir de convenu et d’ordinaire. Chazelle va alors beaucoup plus loin que le cadre du simple film musical pour s’octroyer une parenthèse formidable aussi bien par sa forme que par son contenu.





vlcsnap-2017-05-31-22h20m31s27Cet épilogue est tellement touchant et juste, mais surtout c’est une si belle idée de cinéma qu’elle transfigure littéralement le film. Si tout le reste avait été du même tonneau, on aurait sans aucun doute tenu le chef d’œuvre que tout le monde a essayé de nous vendre. Malheureusement, tel quel, LaLaLand, malgré ses indéniables qualités, se loupe sur l’essentiel : la musique. Quand on ressort d’une comédie musicale sans aucun air qui vous trotte dans la tête, c’est qu’il y a clairement un problème. Et c’est d’autant plus dommage que Damien Chazelle possède un talent indéniable pour la marier à l’image.





Mais bon, tout cela n’est peut-être aussi qu’une affaire de génération, mais le fait est que sur le plan mélodique, la musique actuelle ressemble davantage à du travail d’arrangeur que de véritable musicien (cela est d’ailleurs souvent vrai en matière de simple partition musicale). Mais cela est un autre débat, qui dépassent le cadre du film. Avec des chansons béton, LaLaLand aurait été un chef d’oeuvre. Là, c’est juste un bon film, traversé par des superbes éclairs d’émotion et d’inventivité. Ce qui n’est déjà pas si mal.


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Le Retour du Cinémascope

Surprise ! A la différence de pratiquement tous les films actuels, qui sont captés en numérique, LaLaLand a été tourné sur pellicule. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il a remis sur le devant de la scène le Cinémascope, un procédé qui n’avait pas été utilisé depuis 1967 (si on excepte le dessin animé Anastasia, qui s’en est servi en 1997). Résultat : un ratio d’image un peu plus large que le scope classique, et, pour ce qui est du support film, un meilleur rendu des couleurs.



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Petit clin d’œil sympathique de fin, le logo “The End”, avec une police reprise des grands classiques des années 50, avec la petite mention “Made in Hollywood, USA” qui va bien.

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lundi 26 juin 2017

A La Poursuite de Demain

(Tomorrowland)

Film de Brad Bird (2015), avec George Clooney, Brittany Robertson, Hugh Laurie, Thomas Robinson, Raffey Cassidy, etc…

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Quelqu'un qui refuse de mettre en scène le dernier Star Wars pour diriger un projet monumental comme celui-ci mérite le respect. Mais après tout, on savait déjà tout le bien qu'il y avait à penser de Brad Bird, le papa des Indestructibles, qui s'était brillamment reconverti dans le film "live" avec le dernier volet de la série Mission Impossible.



vlcsnap-2015-10-26-19h11m52s54Tomorrowland
, c'est vrai, affiche une sacrée ambition. Il y a une belle histoire de monde caché, des inventions délirantes au détour de chaque plan, des personnages attachants, bref vraiment beaucoup de choses. Trop peut-être, ce qui pourrait expliquer l'accueil timide reçu par le film, tant du côté de la critique que de celui du public. Le cul entre deux chaises, il hésite trop souvent entre le divertissement pour enfants et un ton un petit peu plus adulte, chacun des deux publics ne parvenant pas toujours à y trouver son compte.

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-21h58m22s63De même, on pourra critiquer le côté margoulin de l'entreprise. Il n'y a bien entendu que chez Disney qu'on aurait l'idée de construire un film à partir d'une attraction de parc, même si c'est un petit peu plus que ça. Le Tomrrowland du titre était en effet un projet inabouti et très ambitieux du père Walt, qui rêvait comme dans le film de réunir les esprits les plus brillants dans une cité du futur. Le film joue donc subtilement sur deux tableaux en proposant un imaginaire ancré dans une certaine réalité. 

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-21h48m43s145Mais en même temps, malgré ce grand coup d'épaule du côté du merchandising et du placement de produit, Tomorrowland laisse carrément de côté tous les tics des grosses machines actuelles pour proposer un cinéma à l'ancienne particulièrement jubilatoire. Brad Bird nous balade donc dans les méandres d'un scénario touffu et imprévisible avec une jubilation de geek qui fait vraiment plaisir à voir. J'en veux pour preuve la séquence du magasin de souvenirs dont les nombreux clins d'œil combleront le cinéphile le plus endurci. 

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h12m03s67Il y a aussi un enthousiasme gamin dans la manière dont sont conçues et exécutées les scènes d'action. Qu'il s'agisse d'une maison blindée d'inventions en tout genre ou d'un commando de robots qui fait un carton avec des armes lasers dans une petite bourgade, il y a ce plaisir d'en mettre plein les yeux que possèdent trop peu de réalisateurs actuels. Un réel plaisir de mise en scène, prolongé par une parfaite lisibilité, ce qui ne gâche rien, loin de là. C’est drôle, vif, on se régale !

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h12m29s69Avec autant de bonnes choses, on est plus qu'agacé que Tomorrowland se gaufre dans sa seconde partie, au fil d'explications fumeuses et incompréhensibles. C'est la contribution de Damon Lindelof, qui n'est autre que l'un des concepteurs de la série Lost et qui est hélas très symptomatique d'une approche actuelle de la narration. Incapables de faire dans la simplicité, la plupart des scénaristes actuels se croient obligés de noyer le spectateur sous un fatras de concepts et d'enjeux nébuleux et confus. Ça donne l'impression d'être très travaillé et complexe, c'est juste imbitable.

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h18m43s239Donc oui, on est plus que fumasse de voir Brad Bird saborder son film dans une conclusion complètement ratée, qui s'égare inutilement dans des séquences visuellement bluffantes mais aux ressorts si compliqués et si peu crédibles que même le spectateur le mieux disposé aura vite fait de décrocher. C’est vraiment dommage car après une exposition aussi bien amenée, on attendait vraiment mieux que ce feu d’artifice bordélique qui embrouille à plaisir une intrigue qui n’avait besoin que de simplicité.

 

 

 

Tomorrowland se termine sur une belle bouffée d’optimisme, avec un joli message humaniste, même si son illustration, à la limite de l’esthétique pub, peut prêter à sourire. Ca ferait presque oublier le final raté et les égarements du second acte, tiens. Résultat, on accorde bien volontiers à Brad Bird les circonstances atténuantes. On regrette juste qu’il se soit laissé emporter par l’ambition démesurée de son projet et qu’il n’ait pas recherché à jouer la simplicité. Car en définitive, c’est dans ses aspects les plus dépouillés que son film arrive le mieux à convaincre.

 

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Le Générique

Tout à fait dans l’esprit des affiches art-déco et rétro que Disney avait employées, le générique de Tomorrowland se démarque de l’esprit moderne du film et nous propose une visite virtuelle, très épurée, du “Monde de Demain”. Il a été réalisé par l’équipe de yU+co et produit par Sarah Coatts.

 

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Clins d’Oeil

Bien entendu, le moment le plus référentiel du film, c’est le passage qui se déroule dans la boutique de souvenirs Blast From The Past. Brad Bird y fait figurer en bonne place des goodies tirées de son dessin animé, Le Géant de Fer, mais on y trouve également des produitsdérivés ou des accessoires de Star Wars, La Planète des Singes, Toy Story et même Les Simpsons, sur lequel il avait travaillé.


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Enfin, ultime pirouette après le générique de fin : on voit le badge Tomorrowland, qui donne l’accès au Monde de Demain, et le développement du réseau des “élus”qu’il crée sur la Terre. La dernière image nous met même à la place d’un de ces émissaires avec une vue subjective sur le badge et ses effets.

 

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mercredi 21 juin 2017

Sully

Film de Clint Eastwood (2016), avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn, Ann Cusack, etc…

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Le nouveau Clint Eastwood sacrifie à la mode du biopic, mais sur un mode plus actuel et proche de l’actualité, puisqu’il prend pour base l’incroyable amerrissage effectué par le commandant Chesley “Sully” Sullenberger sur l’Hudson River, à la suite d’une avarie survenue juste après le décollage. Bon, c’est un fait que Clint Eastwood, à l”heure actuelle, a davantage tendance à taper dans le sujet à sensation sans toujours lui apporter le petit plus qui aurait pû le transfigurer. Témoin, de beaux sujets comme Au-Delà ou Invictus, sabordés par leur académisme. Enfin, sabordés, j’y vais peut-être un peu fort car Eastwood reste tout de même un réalisateur hors-pair et qu’il sait tout de même assurer le minimum. Mais on est quand même loin de ses plus grandes réussites.


vlcsnap-2017-06-12-23h06m27s70Déjà, le fait de mettre Tom Hanks en tête d’affiche, ça dénote une volonté de faire dans le sur-mesure : le comédien a tellement joué ces rôles d’homme ordinaire confronté à des évènements extraordinaires qu’il est devenu par la force des choses une sorte de héros américain. Hanks, c’est la garantie de l’authenticité mais aussi du petit plus qui vous transcendera un film tout bête. Donnez lui des personnages tout simples, une belle scène d’émotion, et l’acteur fait des merveilles, comme dans cet autre biopic, Captain Phillips, où sa scène finale est tout bonnement poignante et extraordinaire.


 


vlcsnap-2017-06-12-23h12m51s144C’est donc un peu du cousu main qu’on attend avec ce Sully, et dans un sens on n’a pas tort, car Eastwood ne fait pas dans le plus grand que nature ni dans le spectaculaire. Et c’est tant mieux, car il reste en ce sens fidèle à la personnalité de son héros, citoyen ordinaire devenu héros parce qu’il a su avoir les bons réflexes au bon moment. Le film s’emploie justement à décortiquer cet enchainement de circonstances, sur un mode qui n’est pas sans rappeler le récent Flight de Robert Zemeckis.




vlcsnap-2017-06-12-22h59m13s187Sully n’est peut-être pas aussi pointu que pouvait l’être un Eastwood comme Mémoires de Nos Pères, qui disséquait avec beaucoup de subtilité la fabrication d’un acte héroïque. Ici, le réalisateur ne peut que confronter son héros à l’homme de la rue, et c’est d’ailleurs ce qu’il fait dans une très belle scène, une des toutes meilleures du film, dans un bar. L’essentiel de l’action, c’est davantage l’analyse approfondie de l’accident par les agents de la compagnie d’assurance, qui épluchent chaque détail pour être certains que la bonne décision a bien été prise.



vlcsnap-2017-06-12-22h51m19s90En ce sens, Eastwood, en se basant sur des faits réels, est bien obligé de rester dans les clous, et il va donc moins loin que Zemeckis, dont le héros involontaire était un alcoolo, sous l’emprise de drogues, de surcroit. Le seul moment où le film se lâche de manière plutôt maladroite et déplaisante, c’est dans une séquence de cauchemar qui est d’ailleurs complètement déplacée. Mais, fort heureusement, il y a Tom Hanks, et même si on se dit qu’une fois encore, on sait à quoi s’attendre, on ne peut qu’admirer le talent de l’acteur à faire surgir ces petites nuances qui font toute l’humanité et la crédibilité d’un personnage, a fortiori quand il est bien réel.



Malgré cela, Sully est au final un film très lisse et très sage. C’est loin d’être un défaut, car le réalisateur possède toujours un talent indéniable dans la narration, et Tom Hanks apporte talent et crédibilité à ce nouveau portrait de héros ordinaire. Mais de Eastwood, on attendait peut-être un petit peu plus que l’illustration – solide, certes, mais plutôt conventionnelle – d’un simple fait divers. Sully reste néanmoins touchant par la manière dont il célèbre la solidarité des différents intervenants de la catastrophe, l’esprit d’entraide et le sang-froid de chacun, sans lesquels les choses auraient pu être bien pires. C’est cet état d’esprit, très actuel car dicté par les évènements, qui est le véritable cœur du film.


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mercredi 31 mai 2017

Silent Running

Film de Douglas Trumbull (1972), avec Bruce Dern, Cliff Potts, Ron Rifkin, Jesse Vint, Cheryl Sparks, etc…

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Il y a des films qui reposent davantage sur une idée plutôt que sur des situations. Cette fable écolo du milieu des années 70 est restée dans les mémoires, car elle est axée sur un concept très fort : la végétation a totalement disparu de la surface de la Terre et les quelques spécimens restants sont conservés dans de gigantesques serres, sur des vaisseaux spatiaux en orbite. Difficile de faire plus radical, et si l'idée peut prêter à sourire, elle reste, même aujourd'hui, très forte, tout comme l'étaient bon nombre de concepts SF de la même époque.


 

vlcsnap-2017-02-27-19h52m18s32Reconnu à présent comme un petit classique du genre, Silent Running a pourtant été pendant des années une œuvre plutôt confidentielle. Le projet, à la base, est d'ailleurs assez atypique, puisque Hollywood, à la suite du succès surprise d'Easy Rider, mise à l'époque sur des films à tout petit budget auxquels les studios laisseront une liberté totale. Il n'en faut pas plus à Douglas Trumbull, ex-spécialiste des effets spéciaux, pour soumettre à Universal un film de SF ambitieux, qu'il propose de réaliser pour une bouchée de pain.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-05-30-23h09m32s149Un sacré challenge dans le genre, vu qu'il va tout de même falloir employer des maquettes et toute une panoplie d'effets visuels qui sont plutôt tombés en désuétude à cette époque. Cela ne rebute pas Trumbull : il assemble une modeste équipe de spécialistes qui ont bossé avec lui sur 2001 et qui, pour la petite histoire, s'illustreront ensuite sur un obscur petit film nommé Star Wars. Tourné avec des bouts de ficelle, pas mal de bricolage et beaucoup d'astuce, le film est hélas délaissé par Universal, qui le distribue sans conviction. En France il sortira dans un circuit art et essai (le Strapontin y était !) pratiquement 3 ans après la sortie US et uniquement en version originale.
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h53m01s200Pourtant, petit à petit et malgré sa diffusion confidentielle, Silent Running a gagné ses galons de film culte. Certes, son imagerie et son atmosphère parfois baba cool peuvent prêter à sourire. Les chansons de Joan Baez, si elles s’intègrent parfaitement au film, donnent un petit côté flower power à l’ensemble, pas désagréable, mais clairement daté. De même, les personnages sont taillés d’une pièce, c’est un peu le brave écolo seul contre tous. Un peu de subtilité n’aurait pas été superflue, d’autant que le film ne se prive pas d’enfoncer le clou sur les bienfaits du bio, des années avant l’heure.
 
 
 
 
 
 

 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h46m23s42Le scénario, co-signé par Michael Cimino, est clairement le point faible du film. Le script original était, paraît-il, beaucoup plus sombre, insistant de manière très dramatique sur la catastrophe écologique posée par la destruction des forêts. Telle quelle, il est vrai que le spectateur ne la ressent pas suffisamment. Conséquence du budget plus que serré, elle est évoquée de manière très distante, à travers quelques photos, mais c'est clairement insuffisant pour étayer le discours écolo très fort du film.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h48m16s152C'est d'ailleurs un défaut d'autant plus flagrant quand il s'agit de montrer la rébellion du héros, Lowell, prêt à tout, y compris au meurtre, pour la sauvegarde de la nature. C’est bien beau de jouer sur les grands sentiments, mais il y a tout de même une limite à l’identification du spectateur, surtout lorsque l’opposition entre les personnages ne se résume qu’à quelques innocentes disputes. Mais bon, on va dire que le film avait besoin de ce prétexte pour lancer son véritable sujet sur les rails, c’est-à-dire la fuite de l’astronaute vers les confins du système solaire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-26-22h59m37s15Il n’était pas facile de donner vie de manière réaliste au personnage de Lowell, et Bruce Dern fait une fois encore la preuve de son talent. Confronté dans la seconde partie du film à guère plus que des pupitres de commandes et des robots, le jeu de l’acteur repose presque intégralement sur les expressions de son visage, et on est épaté de voir toute la force de conviction que Dern apporte au rôle. Si le personnage de Lowell semble sous-écrit, la performance de l’acteur lui donne vie de façon merveilleuse, et arrive à faire naître l’émotion au détour d’une simple expression.
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-27-19h55m09s211On se souvient également de ces robots insolites, les “drones”, dont le concept sera récupéré par George Lucas pour la création de R2D2. Là aussi, Silent Running se distingue en les transformant en personnages à part entière. Les apartés comiques qui les mettent en scène ne sont malheureusement pas toujours très réussis, on a l’impression que les scénaristes se sont creusés la tête pour trouver des situations qui les utilisent, plutôt que de leur donner une véritable identité. Leur présence ajoute une petite touche incongrue et originale à cette aventure hors du commun.
 
 
 
 
 
 
 
 
vlcsnap-2017-02-26-23h00m57s50Enfin, il faut revenir sur le design si particulier du film, qui est d'autant plus admirable qu'il a véritablement été réalisé à l’économie, sur un budget plus que serré. Le vaisseau spatial Valley Forge, avec ses allures de grosse libellule, est certainement l'une des créations les plus originales du genre. Les effets visuels, s'ils paraissent aujourd'hui un peu datés et détectables, parviennent tout de même à nous mettre en mémoire quelques belles séquences, comme celle de la présentation de la flotte spatiale, au son de la musique martiale et majestueuse de Peter Schickele.

 
 
 
 
 
 
 
Silent Running, sous ses allures de petit classique, possède ses défauts. Le rythme y flanche plus d'une fois et malgré sa courte durée, on sent que le film a souvent du mal à maintenir l'intérêt. Autant de faiblesses qui sont compensées par la qualité de son interprétation et l'originalité de ses effets. A défaut d'être un authentique chef d'œuvre, le film possède un mélange de candeur et de conviction qui le rend formidablement attachant.
 
 
 
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En vidéo
 
coversEn France, on aime bien jouer les voitures-balais en ce qui concerne les éditions vidéo. Et pour cause, Silent Running ayant été diffusé de manière très confidentielle, les éditeurs n’allaient pas non plus lui réserver un traitement 4 étoiles dès le départ ! Il faudra même attendre une diffusion télé (sous le titre craignos de Et la Terre Survivra !) pour que le film soit exploitée en français. C’est donc un disque minimaliste qui sera édité en 2002, avec juste la bande-annonce, en VO non sous-titrée. A la même date, nos amis américains pouvaient profiter d’une édition collector plus que fournie, avec interviews et documentaire rétrospectif.
 
 
 
 

 

Pas de surprise en ce qui concerne les entretiens et les reportages, c’est du Laurent Bouzereau, donc on sait d’avance que ce sera très documenté et bourré d’anecdotes. On a peu souvent l’occasion d’entendre Douglas Trumbull revenir sur son expérience de réalisateur, c’est donc particulièrement instructif, tout comme c’est un vrai plaisir de partager les souvenirs de Bruce Dern, pour qui le rôle de Lowell a énormément compté. On apprend également comment Trumbull a allégé le budget en tournant sur … un porte-avion désaffecté, ainsi que le pourquoi du comment de la création des drones, dont devait s’inspirer Georges Lucas quelques années plus tard.

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Comme on dit, tout vient à point à qui sait attendre. Et donc les fans frenchy du film pourront enfin profiter de ces bonus 15 ans après leur parution outre-Atlantique ! Le blu-ray paru chez Wild Side reprend en effet le contenu du DVD collector Universal, moins une ou deux broutilles (un commentaire audio et la piste musicale isolée). Le transfert haute-définition est bon, même s’il a un peu tendance à accentuer le côté cheap de certains effets spéciaux. Le son est dans une bonne moyenne, du moins en VO, car la VF est un peu criarde et saturée. Un livret très informatif et richement illustré accompagne le tout, bref c’est une édition à recommander, même si elle s’est légèrement faite désirer dans notre beau pays !