mercredi 12 octobre 2011

La Planète des Singes (Planet of the Apes)

Film de Franklin J. Schaffner (1967), avec Charlton Heston, Roddy Mc Dowall, Kim Hunter, Maurice Evans, Linda Harrison, etc.

















Il y a des films comme ça, dont le concept titille la curiosité, et fait peut-être même plus que la titiller. La Planète des Singes, avec ses 4 suites et son remake, a marqué définitivement le cinéma de S.F., qui pourtant à l’époque n’était pas aussi vendeur qu’aujourd’hui. Retour sur un classique inattendu.

Avant d’aller plus loin, le Strapontin se doit de mettre en garde ceux qui d’aventure n’auraient pas vu le film et n’en connaîtraient pas les surprises. Dans le cadre d’un article rétrospectif comme celui, il paraît difficile d’analyser le film sans en dévoiler les secrets. Le Strapontin invite donc ceux qui ignoreraient tout de ce classique (même si c’est difficilement concevable) de ne lire l’article qu’après avoir vu le film.

Si Planet of the Apes a autant marqué les esprits, c’est qu’il repose sur une idée inhabituelle : l’inversion des rôles, l’homme ramené au rang de bête. L’intelligence du scénario, c’est de prendre appui sur un thème de science-fiction, l’apocalypse nucléaire, pour en analyser les conséquences. L’idée principale vient du roman de Pierre Boulle, mais elle a été considérablement enrichie par les scénaristes Michael Wilson et surtout Rod Serling, le créateur de la série Twilight Zone (La Quatrième Dimension).



D’entrée de jeu, on nous demande de nous identifier avec le personnage de Taylor (Charlton Heston), qui est franchement haïssable. C’est un misanthrope qui a perdu foi dans la race humaine et qui a trouvé dans cette mission l’occasion de fuir la Terre. Il est cynique vis-à-vis de ses collègues, c’est un solitaire qui ne croit en rien. Déjà, le film innove en faisant jouer ce personnage par Charlton Heston, qui était alors spécialisé dans les personnages très « droits » et  bienveillants comme dans Les Dix Commandements ou Ben-Hur. De plus, durant son aventure, Taylor est battu, assommé, mis en cage et chassé comme un animal. Et si le film fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il prend un malin plaisir à retourner les clichés et n’hésite pas à humilier physiquement Heston, qui était tout de même l’un des acteurs des plus physiques d’Hollywood à cette époque.





 Le film utilise très efficacement les paysages désertiques de l’Arizona pour dépeindre une planète hostile et déserte, et toutes les premières scènes rendent à merveille la sensation de désolation et d’étrangeté de la planète. Cette impression est renforcée par des idées architecturales très novatrices. Le chef décorateur William Creber a conçu des décors très inspirés du style de Gaudi, qui renforcent l’aspect primitif et sauvage.




Bien sûr, Planet of the Apes n’aurait pas atteint son statut d’œuvre culte sans l’impressionnant travail de maquillage conçu par John Chambers. Ancien prothésiste, Chambers a été le premier à utiliser le latex dans sa spécialité, et ses maquillages, même si leur expressivité est limitée par rapport à ce qui se fait aujourd’hui, restent particulièrement crédibles. Il faut d’ailleurs savoir que c’est à la suite d’un test filmé avec ces maquillages que la Fox donnera le feu vert à la mise en chantier du film.




On ne peut parler de ce film sans mentionner son réalisateur, Franklin J. Schaffner. Metteur en scène discret et efficace, Schaffner n’a jamais été reconnu à sa juste valeur par Hollywood. On lui doit pourtant l’un des films de guerre les plus passionnants qui soient, Patton, sur lequel le Strapontin ne manquera pas de revenir un jour prochain. On a toujours dénié à Schaffner un certain style, en disant que c'était un bon faiseur. Pourtant, Planet of the Apes est marqué par une vraie personnalité de réalisateur, tant les partis-pris esthétiques y sont audacieux. D’abord c’est un film d’une très grande brutalité, que ce soit dans l’action ou dans la mise en scène. Ensuite, il y a une véritable maîtrise de la réalisation dans des moments d’anthologie comme la séquence de la chasse. Enfin, Schaffner sait parfaitement gérer tout ce qui relève de la critique sociale sans que jamais le film ne devienne ridicule ou trop démonstratif. Planet of the Apes porte la marque d’un réalisateur qui sait s’effacer derrière son sujet, mais fait preuve de suffisamment de talent pour faire de son film davantage qu’une œuvre de série.



Enfin, il serait injuste de parler de Planet of the Apes sans mentionner l’extraordinaire partition musicale de Jerry Goldsmith, à la fois cahotique, atonale et d’une richesse instrumentale incroyable. Extrêmement novatrice, la musique renforce le caractère barbare et l’atmosphère violente du film.





Les dernières images du film sont restées dans toutes les mémoires. On sent dans cette surprise finale l’influence de Rod Serling, dont les épisodes de Twilight Zone se terminaient ainsi sur un retournement de situation stupéfiant, qui obligeait le spectateur a reconsidérer tout ce qu’il venait de voir. L’intelligence du film, c’est d’avoir sû lui associer un symbole visuel très fort, la Statue de la Liberté. La mise en scène est aussi particulièrement subtile, ne dévoilant que des fragments du monument au spectateur alors que Taylor a déjà compris le terrible secret. Il maudit la race humaine lors d'un monologue déchirant que Charlton Heston surjoue comme à plaisir: "Nous étions revenus sur la Terre! Cette planète de cauchemar, c'est la Terre! Ils les ont fait sauter, leurs bombes... Je vous hais! Soyez maudits jusqu'à la fin des siècles!". La toute dernière image nous révèle simplement les décombres de la statue, sans le moindre effet superflu ni musique.




Planet of the Apes gère avec beaucoup d’intelligence cette idée d’ « évolution à l’envers », qui aurait ramené l’être humain à l’état sauvage tandis que les singes prenaient sa place à la suite d'un cataclysme nucléaire. Cela replace le film dans le courant du cinéma des années 60, où s’exprimait la peur de la bombe. En même temps, malgré son absence d’effets spéciaux, il a contribué à sensibiliser le grand public au film de genre. On peut même dire qu’il a préparé le terrain pour 2001, qui arrivera un an plus tard.


Un mot rapide tout de même sur les suites, qui ont tenté d’exploiter le filon au mieux. Si le deuxième épisode est plutôt dispensable, le troisième, Les Evadés de la Planète des Singes propose un développement intéressant, ramenant les singes à notre époque et amorçant du même coup le déclin de l’homme. Les volets 4 et 5 racontent le soulèvement des singes, mais il a hélas manqué à tous ces films un véritable metteur en scène, qui se serait impliqué autant que Schaffner l’avait fait dans le premier épisode. Passons enfin sur le remake inutile de Tim Burton, sans âme ni passion, en dépit des formidables progrès techniques effectués au niveau des maquillages.


Planet of the Apes reste donc un film unique en son genre, le premier à avoir fait entrer la science-fiction de plain pied dans l’âge adulte, un classique dans le vrai sens du terme. A la fois sauvage, drôle, incongru, brutal, le film ose brillamment le mélange des genres. Charlton Heston y trouve un de ses meilleurs rôles et même après des années, on reste toujours sous le charme de cette fable novatrice et diablement intelligente. Géant.

Le Casting :
Difficile mission pour le trombi, puisque la plupart des acteurs sont ici grimés. Mais cela n’empêchera pas le Strapontin de leur rendre hommage tout de même ! Saluons au passage la profonde humanité de Kim Hunter, dans le rôle de Zira, la performance débonnaire de Roddy Mc Dowall en Cornelius, et un Maurice Evans excellent dans le rôle du Dr Zaïus.

Charlton Heston
Roddy Mc Dowall
Kim Hunter
Maurice Evans

Linda Harrison
Robert Gunner
Jeff Burton
Norman Burton


Arrêts sur Images:

L’Introduction :
Un homme seul, aux commandes d’un vaisseau spatial : c’est Taylor, qui se pose des questions sur une humanité assez évoluée pour l’expédier dans l’espace, mais suffisamment primitive pour « regarder mourir de faim les enfants de son voisin ». Ce monologue se termine sur une remarque troublante sur la solitude : « Vu d’ici, tout paraît … sans limites. Je me sens très seul ». Cette simple séquence casse déjà l’image d’ « homme fort » de Charlton Heston et nous présente un personnage très cynique.



Le Crash :
Dans le projet initial, on devait voir le vaisseau s’écraser sur la planète. Faute de moyens, Schaffner trouvera une solution plus économique : filmer la séquence en caméra subjective, comme si cette dernière était à la place de l’appareil. Les mouvements désordonnés de la caméra annoncent déjà le style visuel très mobile de la photographie du film.


Un moment de tension pour la séquence où Taylor découvre une des astronautes momifiée. Le réalisateur utilise très intelligemment le bruit strident de décompression de la cabine pour souligner l’effet de surprise. Il est à noter que de la musique avait été composée pour ce passage mais que Schaffner a préféré se reposer sur les effets sonores.



Les Effets Visuels :
Malgré la présence au générique des trois spécialistes des effets spéciaux de la Fox (L.B. Abbott, Art Cruickshank et Emil Kosa Jr.), ils sont réduits à leur plus simple expression dans le film. Quelques effets de lumière inhabituels pour la séquence de marche dans le désert, une peinture sur verre pour la séquence où le vaisseau coule, et enfin, le fameux final avec la Statue de la Liberté, qui est également un matte painting, exécuté par Emil Kosa Jr.


Les Origines:
Le film présente beaucoup de ressemblances avec un épisode de la série The Twilight Zone, « I Shot an Arrow Into the Air ». Rien d’étonnant à cela puisque le co-scénariste Rod Serling était le créateur de la série. Cet épisode raconte l’odyssée de l’équipage d’un vaisseau spatial dont la Terre a perdu la trace après le décollage. Ecrasés sur une planète aride, ils vont s’entretuer pour survivre, jusqu’à ce que le dernier survivant ne se rende compte que le vaisseau n’avait jamais quitté la Terre et s’était crashé en plein désert.


La Marche dans le Désert :
D’emblée, le film est fidèle à son parti-pris et ne triche pas. Puisque cette planète est la Terre du futur, Schaffner a utilisé des décors naturels. Le crash a été tourné au Lac Powell, alors en cours de remplissage, et le reste des séquences en Arizona. D'emblée, il nous montre le cadre comme une planète étrangère, mettant l'accent sur la découverte de la végétation et de l'eau. Il fait naître un certain suspense en montrant que les astronautes sont suivis (mais on ne verra pas par qui), et avec l’apparition des épouvantails, dont l’aspect étrange, ni humain ni animal, provoque un certain malaise.


La Chasse à l’Homme :
C’est la séquence la plus célèbre du film, et sans nul doute la plus marquante. Soutenue par un travail de montage et une musique extraordinaires, son impact est toujours aussi saisissant. Notons que, malgré le fait que le public sache d’entrée ce qui va se passer, le film le maintient dans le même état de surprise que les astronautes, en ne montrant les singes qu’au tout dernier moment. La réalisation met l’accent sur des détails (des perches qui s’agitent dans un champ de maïs, les sabots des chevaux, des coups de feu… sans qu’on sache qui les tire !) pour renforcer leur toute première apparition. La séquence est d’une très grande violence, le film jouant d’ores et déjà le parti-pris de l’inversion des rôles et transformant les humains en gibier. Elle se termine sur un clin d’œil comique (des gorilles en train de poser pour une photo) qui renforce le côté absurde de la situation.


La Quête d’Identité de Taylor :
Sur le plan dramatique, Planet of the Apes est aussi remarquablement construit. La première partie met Taylor sur un pied d’égalité avec les autres humains du film, puisqu’une blessure le prive de la parole. Le spectateur est impliqué par ses tentatives pour communiquer, d'abord par l'écriture, ce qui prouve par ailleurs le fait que les hautes autorités simiesques tentent de cacher quelque chose. Les premières paroles de Taylor sont utilisées au moment opportun, et finalement très tard dans le film. Elles constituent le point d’orgue d’une tentative avortée d’évasion, un peu comme si elles traduisaient à la fois la colère de Taylor, mais aussi la frustration du spectateur de le voir repris:  « Take your stinking paws off me, you damn dirty ape ! », littéralement « Vire tes pattes puantes de moi, espèce de foutu singe dégueulasse ! », une réplique qui est d’ailleurs singulièrement adoucie dans la version française.


Les Secrets de la Zone Interdite :
La dernière partie emmène les personnages dans le désert, sur un site de fouilles qui pourrait apporter des réponses aux personnages. Elle est bâtie sur l’opposition entre le Dr Zaïus, qui connaît le secret de la planète, et Zira et Cornelius, deux scientifiques qui en ignorent tout et cherchent à comprendre. La séquence de la grotte laisse des indices sur « l’évolution inversée », sous la forme d’une poupée humaine qui parle. Enfin, le Dr Zaïus introduit la dernière surprise en mettant Taylor (et de la même manière le spectateur) en garde : « Vous n’aimerez peut-être pas ce que vous allez découvrir ».


Le Style Visuel :
A l’époque, les caméras ne pouvaient pas se permettre toutes les prouesses qu’elles effectuent aujourd’hui grâce aux stabilisateurs et aux montures spéciales. Cela n’empêche pas le style visuel du film d’être très original, avec des cadrages souvent désordonnés et très mobiles (ce qui, compte tenu du poids des caméras Panavision, ne devait pas être une mince affaire !). Ils renforcent le caractère brutal et sauvage de la mise en scène. Il y a parfois un aspect très "reportage", comme au début du film où la caméra portée suit les acteurs. A d'autres moments, les parti-pris de cadrage sont assez audacieux, un peu comme si le caméraman voulait garder à tout prix certains éléments dans le champ, même au risque de remuer la caméra dans tous les sens.



La Musique :
C’est l’un des éléments majeurs du film, et certainement un des plus novateurs. Bien qu’il s’agisse de S.F., elle refuse tout instrument électronique ou synthétique pour utiliser essentiellement des percussions et une approche très rythmique. A sa façon, la musique illustre donc les origines « Terriennes » de la planète, mais en détournant l’utilisation des instruments. Ce qui marque à la première écoute, c’est l’incroyable diversité des effets musicaux. La marche dans le désert est illustrée par des effets d’Echoplex (une chambre d’écho que le compositeur réutilisera d’ailleurs dans Patton), la découverte de l’oasis par des percussions métalliques (en réalité des bols de métal) et la première apparition des singes par des hurlements de cuivres (on avait d’ailleurs demandé aux musiciens de retirer l’embout de leurs instruments pour obtenir des résultats encore plus étranges). Sur le plan des percussions, la partition est aussi d’une grande richesse, utilisant des instruments comme la cuica, une sorte de tambour dont on frotte la peau. Il faut noter que le compositeur Jerry Goldsmith s’adjoindra les services de deux percussionnistes hors-pair, Shelly Manne et Emil Richards, et que c’est son ancien professeur Jakob Gimpel qui assurera les incroyables et complexes parties de piano. Bien que très innovante, la partition ne sera même pas récompensée par un Oscar. On peut aujourd’hui la trouver dans une édition très complète (Varese VSD-5848), et malgré le fait qu’il s’agisse d’une oeuvre assez difficile d’accès, elle compte parmi les authentiques chefs d’œuvre de la musique de film.




Le DVD:
En tant que classique certifié, Planet of the Apes a bien sur bénéficié de beaucoup de soin pour sa présentation sur DVD. D'abord publié sans bonus (mais dans une qualité d'image fort correcte), 20th Century-Fox a rectifié le tir en proposant en 2001 une édition 2 disques, nantie de nombreux suppléments. Le plus intéressant est une rétrospective sur la saga, qui réserve une très large place à la production du premier film. On trouvera également un commentaire audio du compositeur Jerry Goldsmith ainsi que la possibilité d'activer des sous-titres informatifs pendant le visionnage du film (une véritable mine d'informations). Il y a également des galeries de photos sur le merchandising et les costumes, un film amateur de l'acteur Roddy Mc Dowall sur le tournage. Enfin, une curiosité: le test filmé qui décida les producteurs à se lancer dans l'aventure. Niveau transfert du film, la qualité image et son est au rendez-vous.

dimanche 25 septembre 2011

L'Odyssée du Hindenburg (The Hindenburg)

Film de Robert Wise (1975), avec George C. Scott, Anne Bancroft, William Atherton, Burgess Meredith, René Auberjonois, Richard A. Dysart, etc.

The Hindenburg a été produit par les studios Universal au plus haut de la vague du film-catastrophe. Et assez paradoxalement, alors que les plus beaux fleurons du genre, comme La Tour Infernale, semblaient plutôt s’orienter vers le cinéma d’action, voici un film qui fait à fond dans le classique et le pépère, et qui l’assume pleinement.
 






On pourra trouver ça plutôt décevant de la part du réalisateur Robert Wise, qui a tout de même signé des classiques inoxydables comme West Side Story, La Mélodie du Bonheur (The Sound of Music) ou bien The Haunting (La Maison du Diable), déjà chroniqué ici même sur le Strapontin. Le scénario ne fait pas dans la nouveauté, ce qui est bien évidemment difficile puisque que l’action s’inspire de faits réels. Tout au plus le film apporte-t’il une hypothèse pour expliquer la catastrophe qui demeure, encore à ce jour, inexpliquée. Un autre challenge consistait à rendre sympathique la plupart des protagonistes, des allemands à la veille de la deuxième guerre mondiale. Le film prend donc le parti-pris de décrire ses personnages  comme conscients de la menace Hitlérienne, alors que cela n’était peut-être pas autant le cas à l’époque.
 
 
 
 
George C. Scott, impeccable comme toujours dans le rôle principal, compose un personnage hanté par le remords après la destruction de Guernica, à laquelle il a participé. Cela aide le spectateur à sinon accréditer, du moins accepter la thèse du sabotage, et donne une ambiance lourde à ce dernier voyage où, en définitive, tout le monde vit dans la peur. Ceci posé, la description des personnages se conforme aux canons du film-catastrophe, bref c’est définitivement sans aucune surprise.



 
Au niveau du rythme, The Hindenburg traîne un peu les pieds. Il faut dire que le parti-pris principal du scénario (l’hypothèse du sabotage) et le cadre de l’action n’autorisent pas beaucoup de débordements, et ceci d’autant plus que le film entend respecter une certaine authenticité historique. Robert Wise s’acquitte plutôt bien de toute la partie strictement descriptive, visant à décrire l’intérieur du dirigeable.
 
 
 
 
 
 
Le contexte politique de l’époque, ainsi que les circonstances ayant mené à l’accident, sont également très documentées. Par contre, on ne peut pas vraiment en dire autant du reste de l’intrigue, qui est mené sur un rythme beaucoup trop plan plan, avec finalement assez peu de péripéties, si ce n'est une séquence de réparation en plein ciel pas franchement palpitante. A signaler, par contre, une splendide partition musicale signée David Shire.







Alors qu’est-ce qui a bien pu séduire le Strapontin dans tout ça, vous demandez vous ? Tout simplement ses effets visuels. Bien avant que l’informatique règne en maîtresse absolue des trucages en tout genre, certains artisans déployaient des trésors d’ingéniosité afin de nous faire croire en l’impossible. Pour The Hindenburg, Universal a mobilisé les piliers de son équipe, qui avaient été très sollicités un an auparavant sur Earthquake (Tremblement de Terre), et plus particulièrement les talents d’Albert Whitlock, l’un des plus célèbres matte painters de la profession.
 
 
 
 
Mais, me demanderez vous, ami lecteur, qu’est ce donc qu’un matte painter ? Eh bien, il s’agit tout bonnement de peintures exécutées sur de grandes plaques de verre, dont une portion est laissée vide afin d’y incruster des prises de vues réelles. Whitlock était le maître incontesté de cet art, et The Hindenburg est, en ce sens, un véritable festival d’effets visuels « à l’ancienne ». Le mélange entre maquettes, fonds animés et éléments peints est sans faute et donne un cachet incroyable au spectacle, rendant à la perfection la grandeur et la majesté du dirigeable.




La séquence de la destruction du Hindenburg utilise les célèbres images d’archives de la catastrophe, entrecoupées de scènes reconstituées. Une habile transition animée nous fait passer de la couleur au noir et blanc et le mélange entre documents d’actualités et scènes reconstituées en studio est remarquable. On regrettera donc d’autant plus que le film se termine ensuite un peu abruptement après cela, un peu comme si on restait indifférent aux conséquences humaines du drame. Deux ou trois scènes pour montrer qui est mort et qui a survécu et hop, c’est torché !







On l’aura compris : en dépit de ses qualités, The Hindenburg est un film plutôt moyen dont le seul défaut est de ne pas appartenir à son époque. Cela fait partie des films qui vous fascinent étant jeune et auxquels on trouve tout plein de défauts pas mal d'années plus tard. En 1976, la vague des films-catastrophe arrive à son terme, et le cinéma de Papa a fait place au ton plus réaliste du cinéma US des années 70. Pas de place donc pour ce film au ton désuet qui ne trouva pas son public… mais auquel le Strapontin voulait tout de même rendre un petit hommage.






A la sortie du film, l'Universal n'a pas vraiment su comment vendre le film. Le rythme était visiblement trop lent pour le public des films-catastrophe, habitué à davantage d'action. De plus, la durée conséquente (plus de 2 heures) était un handicap. The Hindenburg a donc été exploité dans plusieurs montages différents. La version actuellement disponible en DVD n'est pas la même que celle exploitée en salles lors de la sortie du film en France. Il est d'ailleurs assez curieux de noter que la seule séquence qui casse un peu la lenteur du film (la réparation) a été considérablement remontée et raccourcie. De plus, une séquence de music-hall, dans laquelle deux passagers se moquent ouvertement du Führer, ne figure pas sur les copies françaises. Sans compter plusieurs scènes rajoutées aux diffusions télé du film aux USA. Malheureusement, compte tenu de la réputation de The Hindenburg, il y a peu d'espoir de voir exploitée en vidéo une copie complète. En attendant, on peut se rabattre sur l'édition DVD, à la qualité moyenne, mais qui a l'avantage de présenter plusieurs scènes coupées.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Enfin, pour ceux qui maîtrisent bien l'anglais et voudraient approfondir l'extraordinaire travail sur les effets visuels, le Strapontin ne peut que recommander la lecture de cet excellent article, très documenté et abondamment illustré.

vendredi 16 septembre 2011

Red

Film de Robert Schwentke (2010), avec Bruce Willis, Morgan Freeman, John Malkovich, Mary-Louise Parker, Helen Mirren, etc.

Franchement, c'était plutôt alléchant, tout ça: un casting de rêve, un scénario sympa (des ex-agents de la CIA sont menacés par leur ex-organisation)... et puis non. Oh, bien sûr, ça pète dans tous les sens, y'a des explosions achment spectaculaires, des cascades de la mort qui tue, et pour les home-cinémaniaques, ça défouraille de partout en 5.1! Alors quoi ? Le réalisateur Robert Schwentke (déjà auteur de l'impérissable Flight Plan) se paume dans les scènes explicatives, enchaîne des péripéties dont on se contrefiche, et oublie de donner un tant soit peu de corps à ses personnages. Et surtout, pour un film qui se vend comme une comédie, euh, on n'aurait pas oublié l'humour en route, par hasard ? ... A moins que le fait de voir Helen Mirren tirer à la mitrailleuse lourde en robe de soirée suffise à vous faire tordre de rire, c'est plutôt poussif en dépit de quelques idées sympathiques. Red n'a ni la verve insolente d'un film de Tarantino, ni l'humour d'un Guy Ritchie. Restent le charme de Mary-Louise Parker (une actrice qu'on aimerait décidément voir un peu plus souvent) et la présence de Richard Dreyfuss (qui vieillit plutôt bien!) et d'Ernest Borgnine (qui vieillit plus que bien!). C'est peu, mais apparemment suffisant pour que le film trouve son public et qu'on nous inflige un Red 2 très prochainement. 

lundi 12 septembre 2011

Desperate Housewives






















Ceux qui suivent encore et qui ne sont pas définitivement endormis près du radiateur doivent se souvenir qu’au Strapontin, on n’est pas vraiment fans de séries TV. Certes, votre humble rédacteur doit confesser quelques faiblesses pour de bonnes vieilles séries vintage des années 60 ou 70, mais de ce qui se fait récemment… nenni ! Pourtant, c’est pas faute qu’on nous rabâche les oreilles avec les séries actuelles qui, à en croire les spécialistes, rivalisent d’inventivité et de talent avec le cinéma actuel.
Mouais …
Sous l’affectueuse pression de ses amis et collègues, Le Strapontin a donc fini par s’y mettre. Passons sur 24, auquel nous consacrerons un papier un de ces quatre, et attardons-nous donc sur le fameux Desperate Housewives.



Honnêtement, sans les efforts déployés par ma chère et tendre pour me convertir, j’aurais laissé de côté. Un ou deux épisodes visionnés à la va-vite, hors contexte, ça ne m’avait pas vraiment convaincu, bien que je reconnaisse que la série possédait de l’humour et un bon sens du rythme. Et puis, finalement, un beau jour, c’est décidé : le Strapontin prend le taureau par les cornes et on attaque la saison 1 !




Et là, franchement, je dois dire que j’ai été scotché par la qualité de la série. Ce que je prenais pour une sitcom vaguement plus intelligente que les autres se révèle être une passionnante comédie de mœurs, a mi-chemin entre American Beauty et Twin Peaks. Desperate Housewives, en fait c’est la version sérieuse des Banlieusards. D’ailleurs, la série utilise exactement le même décor de rue (ici baptisée Wisteria Lane), mais tout comme le film de Joe Dante, elle repose sur la paranoïa qui se crée entre voisins lorsque des évènements étranges se produisent dans leur quartier. Cependant, là où Dante faisait dans la caricature, le feuilleton joue sur une ambiance à la David Lynch, avec des apparences ne sont jamais ce qu’elles semblent être, des personnages louches et des tonnes de secrets enfouis – au propre comme au figuré. En somme, dans ce petit monde, aucun des protagonistes n’est réellement sans tâche, chacun trimballe sa dose de secrets ou de tares. C’est un univers à la Blue Velvet, mais en beaucoup plus soft et en largement moins dérangeant : le mystère est posé dès les premiers épisodes, et la série brode ensuite autour des différents personnages principaux, soit 4 couples différents. Chacun d’entre eux est très typé, mais ils sont confrontés à des problèmes qui sont suffisamment proches des préoccupations de chacun (l’éducation des enfants, la vie professionnelle, le couple…) pour que le spectateur se sente concerné. Desperate Housewives brode ainsi des petits quiproquos, sur un rythme trépidant qui ne laisse pratiquement pas de répit au spectateur. On passe très rapidement d’une histoire à une autre, sans pour autant que la série ne paraisse fragmentée ou artificielle. Au crédit des scénaristes (et en particulier de son créateur Marc Cherry), il faut reconnaître un vrai talent pour typer en quelques répliques leurs personnages et développer ce genre de micro-situations qui font tout le sel de la série.





Ce qui distingue également Desperate Housewives, c’est justement sa tonalité douce-amère, juste un peu cynique mais pas trop, et son principe de narration. La série s’ouvre sur un suicide, et tous les épisodes seront commentés par la voix off de la morte Marie Alice Young. Si le procédé de faire raconter l’histoire par un mort n’a rien de bien nouveau (souvenons-nous de Sunset Boulevard), son utilisation ici est très judicieuse. La voix intervient en début d’épisode, pour introduire de nouveaux personnages, et à la fin, pour donner comme une petite leçon de vie à partir de ce qui vient de se passer. C’est ce commentaire tantôt malicieux, tantôt franchement cynique, fortement inspiré d’American Beauty, qui donne à Desperate Housewives toute sa personnalité. C’est même parfois franchement émouvant, lorsque des petites phrases en apparence banales trouvent soudain une résonance personnelle chez le spectateur. Chacun y superpose non seulement ce qu’il vient de voir, mais aussi ce qu’il a pu ressentir à un moment donné de sa vie, et ce n’est pas une des moindres qualités de cette série que d’avoir su créer par ce biais une sorte d'intimité avec son public.






Il y en aurait encore beaucoup à dire, que ce soit au sujet de l’excellent générique animé (un collage qui mélange peinture classique et pop art), ou de la musique malicieuse et sautillante de Danny Elfman et Steve Jablonsky. La série a définitivement trouvé ses marques et navigue toujours aussi habilement entre intrigue policière et comédie de mœurs, tout en maintenant une qualité d'écriture assez extraordinaire. Quelques "gueules" du cinéma US, comme William Atherton, Lesley AnnWarren, Michael Ironside ou Richard Roundtree, commencent à y faire des apparitions, ce qui chatouille la fibre cinéphilique de votre serviteur, bref... Gageons donc que nous en reparlerons sous peu sur Le Strapontin!