jeudi 20 décembre 2012

Kill Bill - Volume 2

Film de Quentin Tarantino (2003), avec Uma Thurman, Michael Madsen, Daryl Hannah, David Carradine, Michael Parks, etc...
















Et revoilou Tarantino pour le second volet de sa saga pleine de kung-fu et de baston ! D’entrée de jeu, on ne peut pas dire que l’attente était à son paroxysme, tant le premier film avait clairement tracé son parcours : la vengeance de l’héroïne contre ceux qui l’ont trahi, ça donnait nettement la cartographie du film, un sentiment que le réalisateur accentuait d’ailleurs en découpant son film en chapitres. Donc y’avait-il de la place pour la surprise dans ce Kill Bill – Volume 2 ?


Oui, dans une certaine mesure. On peut effectivement dire que le rythme est très différent et beaucoup plus relâché dans cette seconde partie. Il fallait oser, surtout après avoir quasiment saturé le premier épisode de combats divers et variés. Kill Bill – Volume 2 est effectivement beaucoup plus long que le 1, mais en définitive, il n’optimise pas vraiment ce temps supplémentaire. Au contraire, tout donne l’impression d’être rallongé, étiré, sans que cela ne serve obligatoirement le film.



Tarantino alterne donc quelques rares séquences d’action avec des tunnels de dialogue pas forcément indispensables. Pas des répliques qui aident à définir les personnages ou à faire naître l’émotion, loin de là. Non, ce sont juste des échanges verbaux qui n’ont vraiment rien d’exceptionnel, ni même de spirituel, et qu’on aurait zappé dans n’importe quel autre film. Franchement, qu’est-ce qu’on en a à foutre que Michael Madsen se fasse remonter les bretelles parce qu’il est en retard à son taf  et qu’il porte un chapeau de cow-boy? Ca ne fait pas avancer le schmilblick d’un pouce, mais ça dure et ça dure… pour rien !



Le reste du film est à l’avenant, et même lorsque Beatrix rencontre enfin le mythique Bill, son mentor, ce ne sont que banalités sur la vie, les super-héros, tout ça…  On croirait entendre une discussion entre geeks là où on attendait une confrontation délirante. Bref, que Tarantino ait voulu volontairement casser le rythme, d’accord, mais on a un peu l’impression qu’il a manqué d’inspiration pour aller jusqu’au bout. Dans ses longueurs, ce volume 2 annonce ce que le réalisateur fera avec son incursion grindhouse, Death Proof, pas vraiment du lourd hélas.



Pourtant, l’espace de quelques séquences, ce deuxième épisode retrouve le punch du premier. La séquence de combat dans la caravane entre Uma Thurman et Daryl Hannah est un morceau d’anthologie. Tarantino tire intelligemment parti de l’exigüité du décor et monte la séquence sur un rythme infaillible. Il y a également un joli clin d’œil au film de George Sluizer, L’Homme Qui Voulait Savoir. Enfin, le duel final tant attendu entre Bill et Beatrix est anti-spectaculaire, mais repose sur une idée plutôt bienvenue.



Cela ne rachète pas une surabondance de longueurs et une intrigue tellement mince qu’elle a du mal à tenir la distance. Assez curieusement, le film torche trop rapidement des passages qui auraient pu être intéressants (la formation de Beatrix par le grand maître Paï Meï) pour ensuite meubler avec des dialogues complaisants et inutiles. Cela fait de ce Kill Bill pris dans sa totalité un film déséquilibré, parfaitement enthousiasmant dans sa première partie, mais plutôt foiré dans sa seconde. Un demi-échec, ou une demi-réussite, c’est selon.


mardi 18 décembre 2012

Love Actually

Film de Richard Curtis (2003), avec Hugh Grant, Liam Neeson, Emma Thompson, Alan Rickman, Laura Linney, etc...
















Bon OK, ça va probablement faire grincer les dents de quelques-uns, mais le Strapontin va s’octroyer un petit détour par la comédie romantique. Vous savez, ce genre de film qu’on étiquette « films de nanas » et que les mecs fuient généralement comme la peste. Pourquoi être sectaire, dans le fond ? Comme dans tous les genres, il y a du bon et du mauvais, et il se trouve que ce Love Actually est plutôt une bonne surprise.

Film choral qui se balade parmi les destinées d’une poignée de personnages, Love Actually a au moins le mérite de l’exubérance. Ce ne sont pas loin d’une dizaine d’histoires que le film brasse allègrement et avec une habileté certaine. Richard Curtis, le réalisateur, est loin d’être un novice, puisqu’il possède un sacré palmarès en tant que scénariste : Quatre Mariages et un Enterrement, Bridget Jones, Coup de Foudre à Notting Hill… Excusez du peu !





Bien entendu, comme souvent dans ce genre de film, les différentes histoires individuelles sont plutôt inégales, et il est clair que Love Actually aurait probablement gagné à en élaguer certaines. Mais Richard Curtis est un malin, et son casting top moumoute fait des merveilles. Du coup, même si les intrigues sont parfois un peu neu-neu ou bancales, les acteurs rattrapent le coup, aidés il faut bien le dire par des dialogues aux petits oignons et un vrai sens de la comédie. Ca reste tout du long d’une classe très british, sans se vautrer dans les effets faciles ou le comique de bas étage.


Du coup, Love Actually dépeint de jolis portraits : Emma Thompson en épouse délaissée, Laura Linney qui essaie de se reconstruire avec la charge de son frère handicapé, Liam Neeson en veuf digne qui aide son jeune fils à conquérir la fille de ses rêves, Bill Nighy en rockstar ringarde sur le retour... C’est mignon sans être gnan-gnan, romantique sans tomber dans l’émotion facile, et qui plus est, la bande-son cartonne bien, avec un choix de chansons plutôt inspiré. Il n’y a guère que le numéro de Rowan Atkinson, en rupture de Mister Bean, qui fasse un peu tache avec son humour pas franchement light.



Bien sûr, on est loin d’un Magnolia, et il manque au film un vrai tempérament de metteur en scène. Cela n’exclut pas quelques jolis moments et une finesse certaine, que ce soit dans l’humour ou dans l’émotion. Love Actually veut peut-être un petit peu trop en faire à se vendre comme la comédie romantique, le feel good movie ultime. Mais dans les limites qu’il s’est fixées, il honore brillamment son contrat, avec simplicité, grâce, humour et sans la moindre prétention.  C’est suffisamment rare pour être signalé.

vendredi 14 décembre 2012

Kill Bill - Volume 1

Film de Quentin Tarantino (2001), avec Uma Thurman, Lucy Liu, Daryl Hannah, Vivica A. Fox, Julie Louise Dreyfus, etc...



 

 

 

 

 

 

 

 




Quentin Tarantino, voilà quelqu’un qui a le mérite de ne pas faire l’unanimité. Loué par les uns, conspué par les autres, le cinéaste divise. Un peu comme si on lui jalousait cette habileté à faire un cinéma malgré tout jouissif à partir d’une culture essentiellement basée sur des nanars ou des films d’exploitation. Tarantino cinéaste parle à toute cette franche de cinéphiles qui a assidument fréquenté les salles de quartier pour des westerns spaghetti ou des films de kung-fu. Tout de suite, ça limite un peu le créneau.




Ca le limite d’autant plus sur Kill Bill, qui se veut d’emblée une bonne grosse saga de vengeance tellement touffue qu’elle a été éclatée en deux films. Enfin si on veut. Quand on sait que le film est produit par les frères Weinstein, bien connus pour leur sens aigu du commerce, ça ne choque pas. Après tout, pourquoi faire payer le public pour un film quand on peut le faire payer pour deux ? Mais bon, le Strapontin s’égare. C’est juste un petit coup de gueule afin d’éviter que le moindre film qui dépasse 3 heures ne soit obligatoirement saucissonné pour engrosser les distributeurs.


 


 
Avec Kill Bill, Tarantino entre de plain pied dans le monde du cinéma d’exploitation. On pourra regretter qu’il abandonne ses films de gangsters à la construction savante. C’était un peu devenu la marque de fabrique de son cinéma, mais après tout c’est le signe d’une certaine volonté de renouvellement, alors pourquoi pas ? L’inconvénient, c’est que le film ne parlera pas forcément à tout le monde. Mais là encore, belle prise de risque en choisissant de jouer à fond la carte du référentiel et de l’hommage.
 
 
 



Au Strapontin, je le dis tout net, on n’est pas trop client des films de kung-fu, du cinéma bis et des nanars de série Z. C’est donc avec un œil assez critique que nous nous sommes plongés dans les deux volumes de ce Kill Bill. Et il faut avouer que le résultat est plutôt réussi, tout simplement parce que Tarantino reste malgré tout un fichu réalisateur. Passons sur la structure narrative chamboulée, un peu héritée de Pulp Fiction, le film surprend par l’aisance de sa mise en scène, et la façon décontractée avec laquelle le réalisateur gère le contenu de sa saga.


 


 
Le film est axé sur un massacre perpétré pendant un mariage. C’est l’itinéraire de la seule survivante, Beatrix Kiddo ou plus familièrement The Bride (Uma Thurman), pour débusquer et se venger de ceux qui l’ont trahi. Bon d’accord, le scénario tient sur un timbre-poste et ne fait pas dans la complexité. C’est presque une excuse pour faire du cinéma, et accumuler du même coup les figures de style les plus impressionnantes. Kill Bill est un exercice de mise en scène, ni plus ni moins, dans lequel il ne faut chercher ni la cohérence ni la vraisemblance.


 


 
Partant de là, le résultat est plus ou moins heureux, avec de beaux moments, mais aussi d’autres plus faibles. On appréciera le clin d’œil évident à De Palma avec la séquence de l’hôpital, réalisée en split screen, mais on retrouve également son influence dans plusieurs cadrages à la verticale. Le film n’a pas non plus peur de mélanger les styles, passant du manga à des ambiances plus oniriques au risque de la cohérence. Les choix musicaux sont aussi très audacieux, avec des morceaux à l’opposé les uns des autres, qui forment pourtant un patchwork surprenant, où Bernard Herrmann cohabite avec Nancy Sinatra.
 
 
 

                                                                                                                               
On pourra être moins accroché par les – trop – nombreux combats qui parsèment ce premier volume. Chorégraphiés au millimètre, Tarantino les rend volontairement irréels en jouant la carte du too much. C’est un véritable festival de décapitations et de membres sectionnés dans des geysers d’hémoglobine, et en dépit de la mise en scène parfaitement maîtrisée, ça devient un peu répétitif à la longue. Heureusement, le réalisateur se ressaisit et transforme le duel final avec Oren-Shi en véritable moment de grâce, là encore soutenu par une musique décalée (Santa Esmeralda et son disco hispanisant !)  



 
Sur sa première moitié, ce Kill Bill se tient donc plutôt bien. Ca part un peu dans tous les sens, mais c’est constamment maîtrisé, et surtout, porté par l’enthousiasme incroyable de la mise en scène. Même si, au final, le film parlera davantage au geek qui a bien repéré que le survet d’Uma était bien le même que celui de Bruce Lee dans Le Jeu de la Mort. Mais bon, ça c’est un autre débat…  
 


samedi 8 décembre 2012

Les Emotifs Anonymes

Film de Jean-Pierre Améris (2010), avec Benoît Poelvoorde, Isabelle Carré, Lorella Cravotta, Lise Lamétrie, Swann Arlaud, etc...















L’idée de faire un film sur les hyper-émotifs était plutôt sympathique. Ce n’est pas souvent que le cinéma s’intéresse à ce handicap social qui touche malgré tout pas mal de monde. En plus, le réalisateur avait le bon goût de reconstituer le couple Benoit Poelvoorde-Isabelle Carré, qui avait vraiment bien fonctionné dans Entre ses Mains. Bref, Les Emotifs Anonymes avait vraiment toutes les cartes en main pour être une réussite.



Au final, le résultat s’avère sympa, sans plus. Le film a la maladresse touchante des timides qu’il dépeint, et il y a, de temps à autres, quelques scènes bien senties et finement observées. Il y a aussi, hélas, un humour qui ne fait pas vraiment mouche, des quiproquos tellement lourdingues qu’ils tombent bien souvent à plat. Bref, le film se loupe complètement dès qu’il s’essaie à faire de la comédie. C’est ballot, parce que dans le fond, on ne le lui demandait pas vraiment. C’est rageant, surtout, parce qu’on sent à de nombreuses reprises que le réalisateur Jean-Pierre Améris a bien saisi son sujet et les réactions de ses personnages. Alors pourquoi ce besoin de jouer aussi ostensiblement la carte de la fantaisie à tout prix ? Manque de confiance dans son sujet ? Peut-être. En tout cas, quelque part, le pari a tout de même été payant puisque Les Emotifs Anonymes a plutôt bien marché en salle. C’est bien, mais ça nous prive d’un film qui aurait pu être franchement bien au lieu d’être juste … sympa !

jeudi 6 décembre 2012

La Petite Boutique des Horreurs

(Little Shop of Horrors)

Film de Frank Oz (1985), avec Rick Moranis, Eileen Greene, Vincent Gardenia, Steve Martin, Bill Murray, etc...

















 

 

 

 



 

 
 
A priori quoi de plus improbable qu’une comédie musicale mettant en vedette une plante carnivore et mise en scène par un des créateurs des Muppets ? Raconté comme ça, ça peut paraître méchamment branque ou parfaitement crétin. Pourtant, Little Shop of Horrors parvient à surprendre et à se démarquer, et propose un retour en fanfare de l’esprit du musical façon Broadway. Mieux : il se classe brillamment parmi les perles culte d’un genre plutôt casse-gueule.

 
 
Au commencement était Roger Corman. Ce producteur réputé de série B et Z avait pour spécialité les nanars tournés à la va-vite, avec des budgets minuscules, et la plupart du temps orientés vers le fantastique ou la science-fiction. En 1960, il tourne en un temps record (deux jours et une nuit !) un petit film nommé Little Shop of Horrors.  Il y raconte l’histoire d’un jeune fleuriste, et de sa découverte d’une plante qui se révéle friande de chair humaine. D’abord alimenté à l’aide de sang, le végétal va se développer jusqu’à devenir monstrueux. Le film de Corman est une curiosité, qui marqua d’ailleurs la première apparition à l’écran de Jack Nicholson.
 
 
 
 
 


 
A Hollywood, c’est connu, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, et l’une des modes les pluis singulières des années 80 a consisté à adapter pour Broadway des films qui n’avaient a priori rien à voir avec la comédie musicale. Le petit nanar de Roger Corman s’est donc retrouvé catapulté fissa sur les planches et, surprise, le succès a été au rendez-vous. Il ne faut donc pas longtemps au monde du cinéma pour s’intéresser au sujet et développer un projet de film dans la foulée. David Geffen, alors producteur de disques, envisage d’y associer Spielberg ou Scorcese. Ce sera finalement Frank Oz qui s’y collera.
 


Oz a connu une carrière plutôt singulière. D’abord associé de Jim Henson, le créateur des Muppets, il viendra au cinéma en co-réalisant  Dark Crystal, puis en animant la marionnette de Yoda dans Star Wars. Little Shop of Horrors est sa première véritable incursion dans le cinéma, et il s’en sort plus qu’honnêtement, même si, à travers le personnage de la plante, Audrey II, le film garde un petit côté Muppets. Il ne cherche pas non plus à s’affranchir de ses origines théâtrales (les décors sont volontairement artificiels), mais le résultat est enlevé, marrant, rythmé, et surtout les chansons sont excellentes.
 
 
 
 
 


 
Jamais en porte-à-faux avec l’histoire, les chansons de Little Shop of Horrors sont au contraire indispensables à l’histoire. Un groupe de trois chanteuses black intervient comme une sorte de fil rouge, presque comme un chœur antique pour commenter l’action, et chacun des morceaux la fait progresser, tantôt avec humour, tantôt avec sensibilité. Ainsi, Skid Row (Downtown), certainement le plus beau passage du film, est une description impitoyable mais formidablement émouvante de la vie de banlieue. Quant à Audrey II, elle parle et chante avec la voix de Levi Stubbs, le chanteur des Four Tops, qui apporte une touche soul à des morceaux comme Feed Me ou Mean Green Mother from Outer Space.
 
 
 
 
 
 
 
Le film possède également une galerie de personnages particulièrement barrés et délirants, que ce soit Seymour (Rick Moranis) ou Audrey (Eileen Greene) qui parle comme une souris de cartoon. Le top, c’est quand même Steve Martin qui vole la vedette à tout le monde dans le rôle d’un dentiste sadique. Autant je ne suis pas vraiment client des pitreries de l’acteur, autant sa performance ici est un petit régal, qui plus est soutenue par une des meilleures chansons du film, le fabuleux Dentist!
 
 
 
 
Little Shop of Horrors est moins réussi dans les intrigues secondaires et perd pas mal de son allant dans sa seconde partie, avec des chansons un petit peu moins inspirées. Les caméos de Bill Murray ou de John Candy sont aussi un peu gratuits et bordéliques. Par contre, les marionnettistes déploient des trésors d’ingéniosité pour donner vie de façon remarquable à Audrey II, qui se transforme petit à petit pour devenir de plus en plus monstrueuse. La fin est également assez décevante, ce qui quelque part s’explique un peu (voir notre encart "Autour du Film").
 
 
 
Malgré ses défauts, le film possède tout de même de quoi satisfaire largement tout amateur de comédie musicale. Hollywood ne s’y trompera d’ailleurs pas, et consacrera les musiciens Alan Menken et Howard Ashman en leur confiant les chansons de dessins animés Disney comme La Petite Sirène ou La Belle et la Bête. De fait, ils renouvellent et modernisent intelligemment le genre, tout en restant fidèle à un esprit très Broadway, qui ose l’émotion et les grandes envolées musicales.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Little Shop of Horrors n’a pas provoqué de renaissance de la comédie musicale pour autant, mais il reste une belle tentative pour faire sortir le genre d’un certain académisme. Mélanger la comédie, le film fantastique et le musical n’était pas un pari gagné d’avance, et le film s’en sort plutôt bien avec, à la clé, des personnages attachants et une B.O. impériale. Sympathique, inattendue, rigolote et parfois émouvante, cette comédie est un petit régal dont il ne faut surtout pas se priver.
 
 
 
 
 
Autour du Film 
( comme d'hab, à ne lire que si vous avez déjà vu le film..)
 
 
 
Le Trombinoscope
Tout le monde connaît Rick Moranis, qui a durablement marqué les esprits avec son personnage décalé dans Ghostbusters. La véritable révélation du film, c’est Eileen Greene, par contre. Elle n’a que très rarement tourné pour le grand écran, mais a été naturellement choisie après avoir tenu le même rôle dans la pièce d’origine. Son personnage d’Audrey est une merveille, Greene assume avec délectation le caractère nunuche du personnage et assure des parties chantées parfois remarquables (voir sa performance vocale incroyable dans Suddenly, Seymour). Tiens, d'ailleurs, puisqu'on parle de trombi, quelques trop rares films ont le bon goût d'en proposer un en guise de générique de fin. Le Strapontin ne va donc pas se brosser pour le reprendre ici. Vous noterez également que le rôle de Patrick Martin est interprété par deux personnes différentes. Non, ce n'est pas une coquille de votre blog favori, c'est juste à cause de la fin remaniée, dont on vous cause d'ailleurs juste après.
 
 




 






 
 

 
La Fin
Dans la version que tout le monde connaît, Seymour électrocute la plante et la fait exploser, puis il se marie avec sa dulcinée et coule des jours heureux, même si (tiens! tiens!), une petite pousse d'Audrey II indique que tout peut recommencer. Mouais…



 
 
Si cette fin ne vous paraît pas très convaincante, c’est normal. Elle a été refaite à la dernière minute, après que le film se soit pris une bâche durant les projections-test. La fin initiale était beaucoup plus culottée : Seymour et Audrey se faisaient bouffer par la plante, et cette dernière grandissait, se multipliait et envahissait le monde.



 
 
Aujourd’hui, grace au blu-ray, on peut enfin découvrir cette fin rejetée, qui change radicalement la tonalité du film. Du rire, on passe à l’émotion, puis à la critique sociale (la plante devient un objet de marketing), avant un final qui évoque avec bonheur les grands films de monstres façon King-Kong ou Godzilla, le tout accompagné par l’excellent Don’t Feed The Plants. Quelque part, Little Shop of Horrors revient ainsi aux fondamentaux et rend un savoureux hommage aux œuvres qui l’ont inspiré.


 

 
 
La fin reprend même l'esprit "interactif" de la pièce, où les lianes de la plante tombaient dans la salle à l'issue de la représentation. Frank Oz l'a adaptée en utilisant une astuce à la Hellzapoppin, dans laquelle Audrey II déchire l'écran et attaque le public. Une séquence formidable, qui demandera des mois de travail au spécialiste des effets spéciaux Richard Conway.



 
 
Mais malgré toute son inventivité et peut-être aussi un peu à cause d'elle, on comprend que le public ait mal digéré ce qui était tout sauf un happy end, et que le producteur David Geffen ait préféré jouer la sécurité sur un projet qui était tout de même assez risqué. Avec Little Shop of Horrors, Hollywood rentrait de plain pied dans l’ère du business et de l’étude de marché, pour le meilleur et pour le pire. Le public devenait décisionnaire, au détriment de la vision initiale du réalisateur. C’était le premier pas vers une conception plus industrielle du cinéma, un abandon de la prise de risque qui est tout de même à la base du 7ème Art. Fort heureusement, aujourd’hui, on sait aussi regarder en arrière et revisiter certaines œuvres incomprises en leur temps. Le DVD et le blu-ray permettent désormais de réhabiliter toutes ces œuvres reformatées au nom du politiquement correct.
 
 




En vidéo
Little Shop of Horrors a eu l’insigne honneur d’être un des premiers DVDs retirés de la vente. En effet, la toute première version du disque américain proposait en bonus cette fameuse fin inédite. Colère du producteur David Geffen, qui n’était pas au courant, et qui comptait bien ressortir le film avec sa première fin. Le DVD a donc été rappelé, et les quelques exemplaires qui sont passés à travers les mailles du filet se sont vite vendus à prix d’or sur eBay.
Sur le disque officiel, paru il y a quelques années, on trouvait une mini-rétrospective sur le film (avec des images de tournage), un bêtisier, des bande-annonces, et une piste musicale isolée. Le blu-ray reprend grosso modo le même contenu, moins la piste isolée, et rajoute un petit documentaire sur la fin rejetée. Un supplément très intéressant, qui donne notamment la parole à Richard Conway et où il explique comment il a plutôt mal vécu le fait de voir des mois de travail passer injustement à la trappe. L'ensemble des bonus est proposé avec sous-titrage français. Enfin, il est possible, grâce au seamless branching, de choisir quelle version on veut visionner, la version cinéma ou bien la Director’s Cut, le montage initial voulu par le réalisateur. Un must, donc, disponible pour l’instant en Import américain uniquement, mais (ouf !) lisible sur n'importe quelle platine française.  

mardi 4 décembre 2012

Une Vie Meilleure

Film de Cedric Kahn (2011), avec Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Slimane Khettabi, Nicolas Abraham, Fançois Favrat, etc...















Voila un film qui, en dépit de son titre, n’est pas vraiment fait pour le spectateur du samedi soir. Il en faut pour tous les gouts mais si pour vous le cinéma, c’est de l’entertainment et rien d’autre, et que votre idée du cinéma, c’est de l’action avec tout plein d’effets spéciaux, Une Vie Meilleure n’est définitivement pas fait pour vous. Par contre, le film s’avère être un portrait plutôt réussi d’un couple en galère, qui finit par être victime de ses ambitions et se dérive lentement vers la précarité.



A la base de l’histoire, un couple nouvellement formé (Guillaume Canet et  Leïla Bekhti) décide d’investir dans une vieille baraque qu’ils décident d’aménager en restaurant. Puis, petit à petit, les ennuis s’accumulent et finissent par les entraîner dans la spirale du surendettement et de la misère. Une Vie Meilleure nous ouvre les yeux sur une réalité hélas bien actuelle : il suffit de très peu pour se retrouver au fond du trou, juste de quelques choix pas très heureux et de rencontres qu’il aurait mieux valu éviter. En même temps, on pourra quand même objecter que le scénario accumule quand même pas mal les emmerdements et que n’importe quelle personne un tant soit peu sensée aurait vite fait machine arrière. Mais bon, on respecte le parti-pris du réalisateur, puisque son héros est têtu et jusqu’au-boutiste, et Guillaume Canet le personnifie avec beaucoup de finesse.


Sans vouloir griller la fin, le film retombe un peu facilement sur ses pattes dans sa dernière partie. On joue l’accumulation puis il suffit d’une pirouette pour que tout soit résolu : c’est un peu facile, mais quelque part, on comprend que les personnages aient mérité une porte de sortie. De Cedric Kahn, je ne connaissais que L’Ennui, qui m’avait à peine convaincu. Une Vie Meilleure est plus réussi, même si ce n’est pas vraiment le genre de film auquel on revient. Il y a même fort à parier que le spectateur lambda y regardera probablement à deux fois avant de se taper une tranche de vie aussi austère et déprimante, même si elle est parfaitement mise en scène.