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dimanche 19 février 2012

Bruce Springsteen - Born to Run




































Sur le Strapontin, on va beaucoup reparler de Bruce Springsteen et de son E Street Band dans les mois qui viennent : nouvel album, nouvelle tournée (on y sera !), ce sera l’occasion pour renouer avec l’un des artistes les plus talentueux et les plus généreux du monde du rock. L’occasion est donc tentante, pour ouvrir les hostilités, de revenir sur Born to Run, sans aucun doute le chef d’œuvre absolu du bonhomme, et accessoirement l’un des plus beaux albums du monde, point barre.

« J’ai vu le futur du rock, et il s’appelle Bruce Springsteen » : rien que ça ! Le journaliste Jon Landau (depuis devenu le producteur du musicien) ne croyait pas si bien dire. A l’écoute de Born to Run, on le comprend un peu, tant l’album forme un tout parfait et inattaquable, qui contient tout ce que le Boss développera dans ses futurs albums : l’amour, la fuite vers une vie meilleure, le quotidien des paumés d’une certaine Amérique. L’album est presque organisé comme un film, même s’il ne s’agît pas vraiment d’un concept album. Le premier morceau, Thunder Road est un véritable manifeste, un peu comme une lettre d’amour que le personnage principal écrit à sa belle, l’incitant à s’évader de cette « ville pleine de losers ». Musicalement, c’est très fort aussi : commencée avec un simple harmonica, la chanson s’étoffe peu à peu avec l’arrivée du piano de l’excellent Roy Bittan, puis de tout le E Street Band, qui reprend l’instrumental de fin comme à la parade. Un grand, un énorme morceau. Tenth Avenue Freeze Out est, par opposition, plus léger et enjoué, alors qu’avec Night, on repart dans la noirceur et l’obscurité. La première partie de l’album se clôt sur Backstreets, une épopée où il est question de souvenirs d’enfance. Puis c’est Born to Run, qui est sans nul doute l’une des chansons les plus puissantes et les plus évocatrices de Springsteen. Bâtie sur un riff de guitare meurtrier, c’est là encore une chanson sur la fuite, dont les héros se jurent un amour éternel, sont prêts à s’évader de leur quotidien et sont « nés pour courir ». C’est aussi un des rares morceaux du Boss dans lequel on retrouve intact le punch incroyable de ses prestations scéniques, et c’est bien évidemment l’un des sommets de ses concerts. L’amour, il en est question dans She’s The One, là aussi un des moments forts du disque, plein d’une formidable énergie. Meeting Across the River est peut-être le seul morceau un peu faible, mais en même temps, c’est comme une respiration dans l’album, avant cette pièce maîtresse qu’est Jungleland. Véritable petite épopée qui clôt le disque, ce Jungleland raconte une nuit d’affrontement entre des gangs rivaux. Etalée sur près de 8 minutes, c’est une formidable démonstration d’efficacité du E Street Band, qui brille de toute sa splendeur. Le saxophoniste Clarence Clemons, en particulier, y signe l’un de ses plus beaux morceaux de bravoure.

A aucun moment Born to Run ne sonne comme un disque fabriqué et c’est là sa grande force. Tout le disque respire de cette authenticité profonde qui marquera tous les albums du Boss. Il faudra, c’est sûr, une bonne connaissance de l’anglais pour saisir toute la richesse et la poésie de ce portrait que Springsteen livre de la petite Amérique, celle des laissés pour compte, à travers des paroles d'une richesse formidable. L’album n’est pas non plus une démonstration de virtuosité gratuite. Au contraire, il marque car chaque ingrédient y est parfaitement mis en place, qui plus est avec un brio et une pêche extraordinaire, par des musiciens qui, tout en étant de remarquables pointures, ne sont pas là pour la frime. C’est l’énergie brute de Born to Run, ajoutée à son authenticité, qui en fait un disque unique et inoubliable.




 30 ans déjà !
En général, quand les maisons de disque souhaitent l’anniversaire d’un album, c’est plus pour ramasser quelques pépètes de plus et obliger le fan de base à repasser à la caisse. Mais Springsteen ne fait rien comme tout le monde, c’est bien connu, et la 30th Anniversary Edition de Born to Run est sans doute le plus beau cadeau qu’il pouvait faire à ses fans. Sur le premier disque, on trouve l’album remasterisé, ce qui est déjà pas mal du tout, mais le meilleur se trouve sur les deux autres galettes : tout d’abord un DVD du concert londonien de 1975. D’accord, l’image est pas franchement top, l'accoutrement des musiciens plutôt approximatif (Van Zandt en mac et le Boss avec un bonnet de laine!) et il y a beaucoup de morceaux des 2 premiers albums que personnellement je trouve un peu faibles... Mais quelle présence ! Lorsque le groupe attaque des titres de Born to Run, inutile de dire que ça déboîte grave ! Enfin, last but not least, sur le dernier DVD, « Wings for Wheels », une rétrospective passionnante sur l’enregistrement de l’album, qui permet de voir à quel point Springsteen est un perfectionniste et combien chaque élément du disque a été travaillé dans ses moindres détails, pour le résultat fantastique que l'on connaît. Une bien belle édition, qui rend un magnifique hommage à un classique indéboulonnable.

mardi 15 novembre 2011

Peter Gabriel 4

Au Strapontin, on a toujours été client de Peter Gabriel. Enfin, du moins le Peter Gabriel première période, celui de l’expérimentation sonore, un des premiers bidouilleurs de l’histoire de la pop. Déjà, pour abandonner son groupe en pleine gloire, il fallait en avoir. Puis pour imposer son style avec autant de brio, petit à petit, avec des albums inhabituels (tous titrés simplement « Peter Gabriel », juste histoire de faire un petit peu plus dans l’originalité.

Ma rencontre avec Gabriel date du lycée, à une époque où mes camarades – merci à eux ! – ont considérablement élargi mon horizon musical en me faisant découvrir des bonnes choses dont, entre autres, Genesis. De là date une véritable passion pour ce groupe, que j’ai inlassablement suivi depuis, au gré de ses fortunes diverses et variées. On en reparlera sur le Strapontin. Et donc qui dit Genesis dit forcément, quelque part, Gabriel. J’avais été fortement impressionné par son 3ème album, et je me souviens encore de l’attente fébrile pour le 4, de notre première écoute à la fois surprise et enthousiasmée. Souvenirs, souvenirs! Ca nous rajeunit pas, tout ça!

Il faut dire que Peter Gabriel 4 ou plutôt Security, comme il a été baptisé outre-Atlantique est un album audacieux et culotté. Gabriel y fait ses premiers pas vers la world music, mais réinvente aussi le son. Tout l’album est bourré de trouvailles sonores incongrues, grâce à l’utilisation du Fairlight, qui permettait de synthétiser et de déformer des bruitages. Je me souviens encore d’un doc où on le voyait en train de fracasser des postes de télé pour se créer une bibliothèque d’effets sonores. Résultat, PG4 est un album étourdissant, d’une richesse sonore incroyable, et dans lequel les épopées planantes voisinent avec la pop la plus élaborée. Début des hostilités avec The Rhythm of the Heat, un morceau très atmosphérique, qui relate l'expérience d'un voyageur qui est littéralement possédé par le rythme pendant un cérémonial tribal autour d'un feu. Ca commence par des percussions en boucle, auxquelles viennent s'ajouter des accords sourds et profonds (assez curieusement, ce motif sera repris par le compositeur Jerry Goldsmith dans la partition du film Criminal Law). Puis la batterie entre en scène sur un rythme très appuyé, et petit à petit la tension monte jusqu'à ce que Gabriel hurle un "The rhythm has my soul" déchirant, suivi par un déchaînement de percussion et de batterie.

Une entrée en matière énorme, que prolonge le morceau suivant San Jacinto, qui nous transporte pendant un rituel indien, avec des orchestrations planantes. On se croit parti pour un trip initiatique, mais Gabriel nous ramène bien vite sur Terre avec I Have The Touch, une chanson sur l'incommunicabilité. Un morceau aux tonalités plus modernes, soutenu par une rythmique implacable et des synthés décalés, mais qui sait pourtant devenir émouvant vers la fin, avec ce "I need contact" qui conclut la chanson. L'autre grand moment du disque, c'est Shock the Monkey, le seul et unique tube qui sera extrait de l'album. A fond dans son trip moderniste, Gabriel signe une chanson maligne, bâtie sur un motif de cinq notes particulièrement entêtant. Il ne faut pas vraiment chercher à décrypter les paroles (le chanteur indiquera qu'il s'agit d'une chanson sur la jalousie), qui ne sont le plus souvent que prétextes à des jeux sur les mots. Le clip, par contre, est une formidable réussite. Réalisé par David Mallet, il développe une atmosphère angoissante et oppressante et regorge d’idées visuelles toutes plus folles les unes que les autres. En 1982, le chanteur avait déjà compris que la vidéo musicale n’était pas qu’un outil de marketing, mais également un moyen d’expression à part entière.

Les autres morceaux peuvent paraître plus sages et moins aventureux (en particulier Kiss of Life, une conclusion mi-figue mi-raisin). On retiendra essentiellement Lay Your Hands on Me, à la batterie cinglante (en concert, le chanteur choisissait cette chanson pour faire du crowd surfing en se jetant dans la foule) et le joli mais anecdotique Wallflower, qui annonce ses chansons plus engagées.








Security nous montre un Peter Gabriel au mieux de sa forme. Il prolonge les expérimentations du troisième album, leur ajoute un soupçon d’exotisme qui deviendra, comme le montrera la suite de sa carrière, une des sources d’inspiration essentielles du chanteur. Un album foisonnant et unique, parfois difficile d’accès, mais constamment inventif.



En bonus, la vidéo de Shock the Monkey (merci YouTube!), mais également un lien vers des photos prises pendant les sessions d'enregistrement par Larry Fast, qui jouait des claviers sur l'album.