mardi 21 novembre 2017

C’était Demain

(Time After Time)

Film de Nicholas Meyer (1979), avec Malcolm Mc Dowell, David Warner, Mary Steenburgen, Charles Cioffi, Kent Williams, etc…

vlcsnap-2017-11-27-19h03m45s27

Le voyage dans le temps, en soi, c’est un sujet en or. Et pour cause : quand on tient une idée aussi folle, on peut se permettre de se lancer dans des variations aussi infinies que délirantes. On joue avec les paradoxes spatio-temporels ou avec des situations qui sont connues de tous, tout en leur ajoutant cette petite pincée de “et si…”, qui aurait pu changer le cours de l’Histoire. Ou mieux, on prend deux personnages bien réels et on les balance dans le temps. C’est le postulat malin et carrément génial de ce Time After Time.



vlcsnap-2017-11-27-19h07m50s168Imaginons en effet que H.G.Wells, le célèbre romancier, ait réellement construit la machine à remonter le temps qu’il décrit dans ses romans. Imaginons que parmi ses connaissances se trouve un dangereux meurtrier qui n’est autre que… Jack L’Eventreur. La suite, on la devine aisément : le redoutable criminel trouve le moyen d’utiliser la machine pour fuir à travers le temps et aboutir en… 1979 ! Cette idée d’utiliser des personnages réels dans une intrigue abracadabrante n’est pas nouvelle pour le réalisateur Nicholas Meyer. C’est même la base d’un de ses romans, The Seven Per Cent Solution, qui associait Sherlock Holmes et Sigmund Freud, et qui sera d’ailleurs adapté au cinéma.




vlcsnap-2017-11-27-19h08m14s149L’idée ne viendra pourtant pas de lui, mais d’un admirateur, Karl Alexander, qui, en reprenant le même principe, a écrit son propre roman et demande à Meyer de le lire pour avoir son avis. Si ce dernier n’est pas convaincu du potentiel en tant que livre, il est en revanche certain que cela ferait un excellent film. Il s’attelle donc à la rédaction d’un scénario, qu’il soumet à un de ses amis, Herb Jaffe, qui, ça tombe bien, cherche un projet pas trop cher pour la Warner. Ça y est, Time After Time est sur les rails. Le résultat, on le connaît : c’est l’un des films les plus attachants de ce sous-genre qu’est le voyage dans le temps.




vlcsnap-2017-11-27-19h13m01s230Clairement, compte tenu de ses moyens limités, le film joue la carte du sourire en coin et du charme. H.G. Wells perdu dans le San Francisco des années 80 ressemble à un petit garçon qui découvre avec candeur les merveilles technologiques du monde qui l’entoure. C’est le vieux principe du personnage innocent égaré dans un univers qu’il ne connaît pas, mais qui est ici manié avec tellement d’humour et de délicatesse qu’il fonctionne à merveille. Nicholas Meyer évite l’humour facile et lui préfère des petites touches complices qui ne tournent pas ses héros en ridicule.




vlcsnap-2017-11-27-19h17m53s32C’est dans son attachement aux personnages que Time After Time séduit. L’histoire d’amour, même si elle est improbable, charme tout de même, en grande partie grâce à l’alchimie entre les deux acteurs principaux, Malcolm Mc Dowell et Mary Steenburgen. C’est également un vrai plaisir de découvrir l’acteur dans un registre à l’opposé des rôles de voyous ou de psychopathes dont il s’était fait une spécialité. Mc Dowell apporte innocence et fraîcheur au personnage de H.G. Wells, et c’est d’ailleurs cette volonté de casser son image qui le décidera à accepter le rôle. Plutôt une bonne chose, puisqu’il tombera amoureux de sa partenaire et l’épousera peu de temps après.



vlcsnap-2017-11-27-19h21m28s202Face à lui, David Warner fait des merveilles dans le rôle de Jack L’Eventreur. Comme à son habitude, l’acteur ne fait pas dans le spectaculaire ou dans le démesuré. Il reste au contraire fidèle à son jeu discret et subtil, qui renforce par sa retenue le sentiment de menace que crée le personnage. Le réalisateur non plus n’a pas besoin d’en rajouter: il joue sur la popularité de son anti-héros, le type en quelques plans et suscite l’horreur à partir de petits détails au cours d’une introduction maline (“Mes amis m’appellent Jack”).





vlcsnap-2017-11-27-19h15m19s62Ce qui est par contre encore plus ingénieux, c’est de jouer sur le changement d’époque pour offrir un commentaire sardonique sur la violence. Jack L’Eventreur se trouve en effet parfaitement à sa place dans l’Amérique des années 80. “Vous n’êtes pas allé vers le futur, Herbert, mais vers la préhistoire”, dit-il à Wells en lui montrant un zapping bourré d’images agressives. “Notre place n’est pas ici ? Au contraire, je me sens chez moi”, surenchérit-t’il. “Il y a 90 ans, j’étais un monstre. Aujourd’hui, je suis un amateur”. Difficile de faire plus juste que cette confrontation qui est l’un des grands moments du film. Sans charger le trait, le discours est simple, éloquent et rajoute une dimension supplémentaire très bienvenue.



vlcsnap-2017-11-27-19h34m31s61Mary Steenburgen, dans un de ses premiers rôles, apporte sa fragilité au personnage d’Amy Robbins. Son jeu inhabituel et décalé donne souvent l’impression qu’elle est à moitié bourrée et qu’elle traverse le film sur un nuage. Mais en définitive, cela s’intègre parfaitement au caractère insolite de l’intrigue et renforce l’intensité d’un moment clé de l’histoire. En plus d’avoir une efficacité dramatique imparable pour le spectateur qui a accepté le concept dès le début, il le rend crédible pour l’héroïne, tout en installant un élément de suspense d’autant plus efficace que nous nous sommes attachés à elle.



vlcsnap-2017-11-27-19h06m55s150Le seul petit reproche qu’on pourrait adresser au film réside dans des effets spéciaux pas toujours au top. Certes, à l’époque, on n’en était pas encore aux prodiges numériques actuels, mais la technique avait tout de même fait quelques avancées spectaculaires quelques années auparavant, grâce à Lucas et Spielberg. Il est clair que les trucages sont ici victimes d’un budget hyper-serré, avec des incrustations très cheap où les différents éléments sont immobiles et où on nous ressort de vieux effets de solarisation façon sixties. Cela ne suffit pourtant pas pour mettre le film par terre, preuve que sa force ne réside pas seulement dans son côté fantastique.




vlcsnap-2017-11-27-19h09m16s17Il faut également mentionner l’originalité de l’approche musicale. Au lieu d’utiliser une partition moderne, Nicholas Meyer a eu le culot de faire appel à l’un des meilleurs musiciens de l'âge d’or hollywoodien, Miklos Rozsa. Tout comme Bernard Hermann, le compositeur de Ben-Hur était dans le creux de la vague durant les années 80. Le réalisateur l’imposera donc contre l’avis de la Warner, et sera même obligé de mener campagne pour que sa partition ne soit  pas remplacée. Le résultat est magnifique, le style flamboyant de Rozsa apportant une touche de majesté et de classe tout à fait unique.




Le fameux Festival d’Avoriaz, à l’époque une référence en matière de cinéma fantastique, ne s’y trompera pas et lui décernera son Grand Prix en 1980. Les spectateurs, eux, se feront davantage tirer l’oreille pour suivre. Malgré des avant-premières très prometteuses, le film ne trouvera son public que bien des années plus tard, grâce à la vidéo. Au point qu’un réalisateur comme Robert Zemeckis lui rendra un bel hommage indirect en reprenant l’actrice Mary Steenburgen pour une autre histoire de voyage dans le temps, le dernier volet de la trilogie de Retour Vers Le Futur. Un joli témoignage de l’efficacité et du charme de ce petit classique, qui est à sa manière devenu intemporel !


vlcsnap-2017-11-27-19h47m26s149




Le retour du Bouclier

Time After Time est le premier film à avoir réutilisé le vieux logo de la Warner, plus connu dans l’industrie sous le nom du “bouclier” ('”the shield”). Auparavant, le sigle avait connu plusieurs déclinaisons, plus ou moins stylisées. C’est le réalisateur Nicholas Meyer qui insista pour le remettre sur le devant de la scène, tel qu’il était dans les années 40, avec sa signature musicale, due au compositeur Max Steiner. Une idée plutôt judicieuse, puisque ce logo est toujours utilisé de nos jours, même s’il a été un petit peu modernisé depuis.


vlcsnap-2017-11-27-19h03m30s241


Mini-Trombi

Dans la distribution, on reconnaîtra Corey Feldman, qui fera une belle carrière pendant les années 80 dans des rôles d’ado. On a pu notamment le voir chez Joe Dante (Gremlins, The Burbs) mais également dans Les Goonies. C’est sa première apparition à l’écran.


vlcsnap-2017-11-27-19h11m43s183


On note également la présence de Patti d’Arbanville dans le rôle de la collègue d’Amy. Les cinquantenaires de ma génération se souviendront plutôt d’elle comme la “Lady d’Arbanville” de la chanson de Cat Stevens.


vlcsnap-2017-11-27-19h23m13s185



Les Effets Spéciaux

Comme nous l’avons dit, ils ne sont pas bien fameux, conséquence d’un budget tout riquiqui. Ils ont été supervisés par Richard Taylor, un designer qui travaillera essentiellement dans le domaine du jeu vidéo, mais participera tout de même à certaines grosses productions, comme Tron ou le premier film de la saga Star Trek. A ne pas confondre avec son homologue néo-zélandais, qui a fondé le studio Weta Workshop.


pc1-tat


Les effets visuels de Time After Time sont réduits à leur plus simple expression. Les apparitions/disparitions de la machine à remonter le temps sont généralement des images fixes sur lesquelles ont été apposés des effets de lumière animés à la main (eh oui, nous étions en 1979!). Si le trucage en soi n’est pas foncièrement mauvais, il est trahi par le fait que les personnages s’immobilisent dès que l’effet commence. A l’époque, les caméras pilotées par ordinateur avaient déjà fait leur apparition, et les collages du film apparaissent comme particulièrement cheap.


pc3-tat


La deuxième partie du voyage dans le temps est composée quand à elle d’effets vidéo, accompagnée d’extraits sonores qui permettent de dater les différentes époques. On y retrouve donc pêle-mêle Neil Armstrong, John Kennedy, Jimi Hendrix… Un moyen habile de détourner l’attention du spectateur de trucages assez moyens.


pc2-tat



La Musique

vlcsnap-2017-11-27-19h03m53s133

A priori, quoi de plus surprenant que de retrouver le compositeur de Ben-Hur dans un film sur le voyage dans le temps ? C’est pourtant le pari un peu fou du réalisateur Nicholas Meyer. Miklos Rozsa, comme beaucoup de compositeurs de l’Age d’Or hollywoodien, n’était pas très demandé dans les années 80. Le metteur en scène insistera pourtant auprès de la Warner pour l’obtenir.




timeaftertimerozsa

Mieux, lorsque les grands pontes de la compagnie commenceront à avoir des doutes sur la musique et menaceront de la remplacer par une B.O. davantage dans l’air du temps, il publiera une page de pub dans les journaux de la profession pour attirer l’attention des critiques sur la partition. Résultat garanti : La Warner abandonnera son idée et ne touchera pas à la musique de Rozsa.


Du coup, sur disque, la musique de Time After Time sera plutôt bien traitée, bien mieux que certaines œuvres de la même époque. La partition est réenregistrée à Londres par le compositeur et paraît sur le label Entracte. En 2009, c’est Film Score Monthly qui entreprend de publier l’intégrale, en utilisant les bandes originales. Le CD, tiré à 3000 exemplaires, est malheureusement devenu très vite une pièce de collection et se trouve très difficilement à l’heure actuelle.

vendredi 18 août 2017

Alien Covenant

Film de Ridley Scott (2017), avec Katherine Waterston, Michael Fassbender, Danny Mc Bride, Billy Crudup, Demian Bichir, etc…

vlcsnap-2017-08-27-18h03m05s245



Et c'est reparti pour un tour ! Non content d'avoir déçu les fans avec un Prometheus moins que convaincant, Ridley Scott remet le couvert pour un nouvel opus. C'est à se demander si le réalisateur, pourtant connu pour son éclectisme, ne traverse pas actuellement un gros passage à vide pour être obligé de se replonger ainsi dans l'univers qui a fait sa renommée. Pourtant, rares sont les occasions où les grands classiques du 7ème Art sont revisités des années après par leur créateur. Même si l’idée est séduisante, elle induit forcément une certaine déception.



vlcsnap-2017-08-27-18h14m15s71Car comme nous l’avions dit dans la critique de Prometheus, entre temps, beaucoup de choses ont changé, à commencer par l’approche du réalisateur. Là où le premier film le laissait apparaître comme un artiste très visuel, donnant une place prépondérante à l’esthétique de ses films, Scott a vite renié cette approche arty pour un cinéma très diversifié, mais pas franchement personnel. Du film de guerre au péplum, il a revisité tous les genres avec plus ou moins de bonheur, mais sans réellement apporter ce petit quelque chose de plus qui avait fait de Alien ou de Blade Runner des films uniques, quasiment des chefs d’œuvre dans leur catégorie.



vlcsnap-2017-08-27-20h04m26s157Mais la Fox poussant à la roue, il a bien fallu prolonger cette franchise au mieux, ce qui a donné des films très disparates et pas toujours complètement réussis. Et bien évidemment, Ridley Scott s’est mis sur les rangs pour apporter sa pierre à l’édifice. Après tout, quoi de plus normal ? Sauf que le style, ce style unique qui faisait le prix du premier film n’est plus là. A la place, une intrigue tarabiscotée, des personnages inintéressants et des péripéties pas vraiment renversantes. Pas de peur et encore moins d’angoisse, bref rien de ce qui faisait toute la singularité du film original.




vlcsnap-2017-08-27-19h58m32s190C’était déjà le bilan qu’on pouvait tirer de Prometheus. Entre temps, Ridley Scott, prétendument à l’écoute des fans, faisait son mea culpa et promettait du coup une nouvelle suite, plus fidèle au concept original. Oui, on verrait des aliens comme avant, et le film ferait la jonction entre le film précédent et le reste de la saga. Vous me suivez ? Bref, à tous les déçus du petit dernier, on promettait monts et merveilles, un truc plus “dans l’esprit” de la série, l’argument mastoc pour faire revenir le chaland dans les salles. Tout ça pour ça, a-t’on envie de dire en fin de course.




vlcsnap-2017-08-27-18h10m34s171Car en définitive, on prend la même trame et on recommence. Sauf que quand même, l’alien, le vrai, est de retour, ainsi que toutes les gentilles bestioles qui ont fait la renommée de la franchise, les œufs tout visqueux, les face huggers (si vous ne savez pas ce que c’est, vous n’êtes pas un vrai fan!)Et puis vu que le précédent était un peu light sur l’horreur, celui-là en rajoute une bonne louche histoire de contenter tout le monde. Ah si ! Surprise, le mode de contamination a été revu et corrigé : il est aujourd’hui possible d’être infecté par un alien aussi facilement qu’on attrape un rhume ! Si, si, je vous jure, parole de Strapontin !



vlcsnap-2017-08-27-19h53m24s193Bon allez, ne soyons pas trop méchants, il y a quelques bonnes choses dans tout ça. En particulier, le fait de montrer les responsables de la mission comme faillibles et humains. Un peu trop, même. Le capitaine, joué (plutôt bien) par Billy Crudup, ne possède carrément pas la stature d’un meneur d’hommes. On le croirait presque dépressif ou au bord de la crise de nerfs. C’est un peu too much mais ça crédibilise un personnage qui s’est retrouvé là par la force des choses et qui ne sait définitivement pas prendre les bonnes décisions.




vlcsnap-2017-08-27-20h02m40s111C’est grosso modo la même semoule avec l’héroïne : plus de nana forte façon Sigourney Weaver, mais un petit bout de femme avec une sensibilité à fleur de peau. Scott revisite donc l’inspiration de ses personnages, mais ça n’est pas pour autant qu’il nous intéresse à eux. Tout comme dans Prometheus, on n’accroche pas particulièrement à l’un ou l’autre, on devient donc très vite indifférent à leur sort. Là où en 1979, il arrivait à typer l’équipage du Nostromo en quelques scènes, il donne ici l’impression de dérouler une galerie de protagonistes dont on se contrefiche.




vlcsnap-2017-08-27-18h02m11s243En fait, il apparaît très vite que le seul personnage qui intéresse vraiment Ridley Scott dans tout ça, c’est le robot. Le seul problème, c’est que des films sur des androïdes et l’intelligence artificielle, on s’en est déjà cogné une bonne flopée. Scott a même mis la barre assez haut dans le genre avec son Blade Runner. Donc si le réalisateur ne propose pas une méditation particulièrement chiadée sur le sujet, autant dire que, malgré l’interprétation sans faille de Michael Fassbender, tout cela est un peu vain et hors-sujet. On est venu voir de l’alien, et en fait, on dérive vers tout autre chose, une intrigue alambiquée à base de mutations génétiques. Bref on est a côté de la plaque.



vlcsnap-2017-08-27-18h08m50s108Ce ne serait pas gênant si on retrouvait dans Alien Covenant un petit peu de ce qui faisait le film original, mais là encore, on est loin du compte. Ni claustrophobique, ni angoissant, ce nouvel opus oublie consciencieusement tous les ingrédients qui ont fait le succès du premier épisode, ce sentiment d’isolation dans un monde inconnu, cette suggestion qui renforçait l’angoisse. Scott a même le culot d’y recycler des extraits de la partition musicale qu’il avait pourtant rejetée en 1979. Complètement inadaptée dans ce cas précis, elle ne fait que souligner la profonde médiocrité du reste de la musique.




Si on pouvait avoir quelques espoirs quant à l’avenir de la saga, cet Alien Covenant les douche brillamment. Ce n’est pas à proprement parler un mauvais film, c’est juste un produit de série, ni pire ni meilleur que les gros blockbusters qui défilent sur nos écrans. Il semble pourtant que Ridley Scott envisage une nouvelle suite. On de demande bien pourquoi. À part rabâcher des situations déjà vues, on voit mal ce qu'elle pourra apporter de neuf à une franchise en bout de course qui renie ici tout ce qui a pu faire son originalité.



vlcsnap-2017-08-27-20h00m26s40

jeudi 17 août 2017

The Circle

Film de James Ponsoldt (2017), avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Bill Paxton, etc…

 

vlcsnap-2017-08-17-13h59m38s016

 

 

Sur le papier, The Circle avait tout bon : un sujet en prise avec l’actualité, qui parle à tout le monde, un casting top moumoute. Ce n’était apparemment pas suffisant pour faire un bon film. Et c’est bien dommage, car l’intrigue ouvrait la porte à des développements fascinants. Pensez un peu, les réseaux sociaux, ces must de notre génération, dont tout un chacun ne sait pas toujours s’il faut les utiliser ou les fuir, et qui finissent par effacer la frontière entre vie privée et sphère publique. En plus, c’était aussi l’occasion de découvrir Emma Watson autre part que dans la sphère Harry Potter. Bref, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas la matière !

 

vlcsnap-2017-08-17-14h14m57s432Et d’ailleurs, The Circle nous met un peu dans le même état d’esprit que son héroïne. Après un début qui patine un peu, les premiers pas dans ce monde numérique sont mis en scène de manière attrayante. On a droit aux inévitables pop-ups qui envahissent l’image à tout bout de champ, et qui semblent être devenus des éléments visuels incontournables dès qu’on parle de numérique. C’est pas nouveau nouveau, mais ça fonctionne. Qui plus est, le film bénéficie d’une musique électro-bizarroïde, très efficace et plutôt surprenante de la part d’un Danny Elfman qui renouvelle intelligemment son style.

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h02m11s159Quand on entre dans le vif du sujet, par contre, les choses se gâtent et le film sort ses gros sabots. Le “circle” du titre n’est en effet ni plus ni moins qu’un réseau social de plus, qui a pour objectif d’exercer une surveillance en temps réel grâce à des mini-caméras disposées un petit peu partout. Le film reste plutôt bien dans les clous quand il évoque les effets pervers de ce genre de communication, où un individu peut se retrouver au ban de la société parce qu’il aura été jugé d’une certaine manière.

 

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h09m57s383Par contre, lorsque le réseau envisage comme expérience ultime de donner en pâture la vie de l’héroïne aux internautes, on a vite compris où The Circle voulait en venir. L’approche n’est pas d’une finesse exemplaire, et il faut un accident bien traumatisant (et un rien ridicule dans son déroulé) pour que la brave Emma Watson prenne conscience qu’elle bosse pour une filiale de Big Brother. Ceci dit, ce n’est certainement pas en jouant sur la carte du voyeurisme qu’on fait avancer le débat. Les zones un peu limite sur les réseaux sociaux, ce n’est pas ce qui manque et il n’est pas certain que choisir une dérive grosse comme une maison apporte grand chose au débat.

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h17m46s868De ce fait, The Circle tourne très vite en rond (oui, je sais, elle était facile, mais si tentante !) et ce ne sont certainement pas les talents de comédienne de miss Watson qui vont donner le change. Elle était bien meilleure dans le très sympa Monde de Charlie. Ici, c’est un festival plutôt agaçant de mimiques faciales façon Hermione. Tom Hanks s’en sort plutôt bien, comme d’habitude, et si son personnage à la Steve Jobs n’a rien de transcendant, au moins a t’on droit à la fameuse “minute Hanks”, où sa prestation s’élève au-dessus de la moyenne. Il faut également mentionner Bill Paxton. Son personnage de père handicapé est d’autant plus touchant que ce fût son dernier film (il lui est d’ailleurs dédié).

 

 

Donc le film sur les réseaux sociaux, le vrai, reste encore à faire. The Circle, sous ses dehors irrésistiblement mode, se cantonne à proposer une vision simpliste du débat et enquille des péripéties tellement énormes qu’on les sent taillées sur mesure pour un public ado. Diable, le film n’allait pas en plus se tirer une balle dans le pied en dézinguant des univers virtuels dans lesquels son cœur de cible passe des heures ! Il n’était peut-être pas utile d’embringuer des acteurs de renom pour un résultat aussi fade et dispensable.

 

vlcsnap-2017-08-17-14h45m42s326

mercredi 28 juin 2017

LaLaLand

Film de Damien Chazelle (2016), avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, Sonoya Mizuno, Rosemarie DeWitt, etc…

vlcsnap-2017-05-31-22h12m58s72


Je sais pas vous mais moi j'en ai bouffé, du LaLaLand en ce début d'année. Et que la critique en tartine un max sur les formidables qualités du film, et que les nominations à l'Oscar pleuvent littéralement (14 en tout, un record !) et que, bien évidemment, il rafle dans la foulée 6 statuettes, presque 7 s'il n'y avait pas eu cette bourde monumentale qui l'avait donné lauréat du meilleur film à la place de Moonlight. Bref, pour tout spectateur normalement constitué, et à moins d’émigrer sur Mars, c'était carrément l'overdose, la hype dans tout ce qu'elle a de plus gonflante et qui faisait de ce LaLaLand le film à fuir. 


vlcsnap-2017-05-31-22h15m50s61C'était d'autant plus bêta que j'avais plutôt bien aimé le précédent film de Damien Chapelle, Whiplash (dont le Strapontin vous parle d'ailleurs ici). Parmi ses nombreuses qualités, j'avais été impressionné par la manière dont le réalisateur faisait vivre la musique, qui était un élément essentiel de l'intrigue. Donc forcément, à l'annonce d'une comédie musicale, on en salivait d'avance. Un enthousiasme pourtant un peu douché par une bande-annonce plutôt quelconque, qui ne faisait pas franchement envie. Alors que tout le monde applaudissait le grand retour de la comédie musicale, on n'était pas franchement convaincu ni emballé.




vlcsnap-2017-05-31-22h28m51s0Mais bon, il faut toujours lutter contre ses aprioris, on a donc testé LaLaLand à froid. Déjà, ça commence plutôt mal avec un numéro musical pendant un embouteillage. La chorégraphie est sympathique, les comédiens s'en donnent à cœur joie... un seul souci, mais de taille : la musique ne suit pas. Aucune mélodie n'accroche vraiment l'oreille ni ne reste en tête, un peu gênant quand on voudrait révolutionner le genre, car l'intendance a du mal à suivre. C'est d'autant plus dommage que la mise en scène de Chazelle est habile et colorée, avec des décors pastel et des couleurs qui pètent mais sans faire dans le mauvais goût et des plans-séquences de malade propres à faire fantasmer les geeks cinéphiles.




vlcsnap-2017-05-31-22h14m00s223C'est en définitive davantage l'alchimie entre les deux interprètes principaux qui emballe l'affaire. Ca et une peinture très bien vue du monde des petits comédiens, qui galèrent dans l'attente de l'audition de leur vie. Il y a d'ailleurs une très belle scène au cours de laquelle Emma Stone se donne à fond au cours d'une audition, jusqu'à nous émouvoir jusqu'aux larmes... alors qu'en face d'elle, la responsable de casting n'en a pas grand chose a battre. Un joli moment qui questionne, un peu comme dans Whiplash, la notion de talent et la manière dont il est il est exploité. Donc, même s'il ne nous charme pas forcément par son aspect musical, LaLaLand sait le faire par d’autres moyens.




vlcsnap-2017-05-31-22h22m21s92Mais alors, vous allez me dire, qu’est-ce que c’est que ce film qu’on nous vend comme la comédie musicale ultime et qui n’assure même pas un cachou dans ce registre ? Patience, jeune padawan, on y vient. En fait, le charme de LaLaLand prend son temps pour agir et surprend plus d’une fois en nous faisant de l’œil là où on ne l’attend pas. Et petit à petit, le versant musical du film s’impose avec délicatesse, sans avoir l’air d’y toucher, l’espace de quelques formidables séquences, bourrées de poésie, comme celle du planétarium. Ailleurs, c’est un duo au piano entre les deux interprètes principaux qui fait naître l’émotion. Avec, toujours, ce talent que possède Chazelle pour faire de la musique non pas un simple accompagnement, mais une partie intégrante de l’histoire des personnages.




vlcsnap-2017-05-31-22h29m20s176Difficile, donc, de ne pas succomber lors d’une conclusion magnifique, qui rebat les cartes et change radicalement notre perception du film. Davantage qu’une belle idée de mise en scène, c’est un moment extraordinaire et formidablement émouvant pendant lequel LaLaLand prend son véritable souffle et toute sa signification. C’est dans ce genre d’instant d’exception que le film dépasse son cadre étriqué et nous fait oublier ce que le reste du film peut avoir de convenu et d’ordinaire. Chazelle va alors beaucoup plus loin que le cadre du simple film musical pour s’octroyer une parenthèse formidable aussi bien par sa forme que par son contenu.





vlcsnap-2017-05-31-22h20m31s27Cet épilogue est tellement touchant et juste, mais surtout c’est une si belle idée de cinéma qu’elle transfigure littéralement le film. Si tout le reste avait été du même tonneau, on aurait sans aucun doute tenu le chef d’œuvre que tout le monde a essayé de nous vendre. Malheureusement, tel quel, LaLaLand, malgré ses indéniables qualités, se loupe sur l’essentiel : la musique. Quand on ressort d’une comédie musicale sans aucun air qui vous trotte dans la tête, c’est qu’il y a clairement un problème. Et c’est d’autant plus dommage que Damien Chazelle possède un talent indéniable pour la marier à l’image.





Mais bon, tout cela n’est peut-être aussi qu’une affaire de génération, mais le fait est que sur le plan mélodique, la musique actuelle ressemble davantage à du travail d’arrangeur que de véritable musicien (cela est d’ailleurs souvent vrai en matière de simple partition musicale). Mais cela est un autre débat, qui dépassent le cadre du film. Avec des chansons béton, LaLaLand aurait été un chef d’oeuvre. Là, c’est juste un bon film, traversé par des superbes éclairs d’émotion et d’inventivité. Ce qui n’est déjà pas si mal.


vlcsnap-2017-05-31-22h18m46s242




Le Retour du Cinémascope

Surprise ! A la différence de pratiquement tous les films actuels, qui sont captés en numérique, LaLaLand a été tourné sur pellicule. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il a remis sur le devant de la scène le Cinémascope, un procédé qui n’avait pas été utilisé depuis 1967 (si on excepte le dessin animé Anastasia, qui s’en est servi en 1997). Résultat : un ratio d’image un peu plus large que le scope classique, et, pour ce qui est du support film, un meilleur rendu des couleurs.



vlcsnap-2017-05-31-22h11m27s14



Petit clin d’œil sympathique de fin, le logo “The End”, avec une police reprise des grands classiques des années 50, avec la petite mention “Made in Hollywood, USA” qui va bien.

vlcsnap-2017-05-31-22h30m04s123

lundi 26 juin 2017

A La Poursuite de Demain

(Tomorrowland)

Film de Brad Bird (2015), avec George Clooney, Brittany Robertson, Hugh Laurie, Thomas Robinson, Raffey Cassidy, etc…

vlcsnap-2015-10-26-19h09m35s187

 


Quelqu'un qui refuse de mettre en scène le dernier Star Wars pour diriger un projet monumental comme celui-ci mérite le respect. Mais après tout, on savait déjà tout le bien qu'il y avait à penser de Brad Bird, le papa des Indestructibles, qui s'était brillamment reconverti dans le film "live" avec le dernier volet de la série Mission Impossible.



vlcsnap-2015-10-26-19h11m52s54Tomorrowland
, c'est vrai, affiche une sacrée ambition. Il y a une belle histoire de monde caché, des inventions délirantes au détour de chaque plan, des personnages attachants, bref vraiment beaucoup de choses. Trop peut-être, ce qui pourrait expliquer l'accueil timide reçu par le film, tant du côté de la critique que de celui du public. Le cul entre deux chaises, il hésite trop souvent entre le divertissement pour enfants et un ton un petit peu plus adulte, chacun des deux publics ne parvenant pas toujours à y trouver son compte.

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-21h58m22s63De même, on pourra critiquer le côté margoulin de l'entreprise. Il n'y a bien entendu que chez Disney qu'on aurait l'idée de construire un film à partir d'une attraction de parc, même si c'est un petit peu plus que ça. Le Tomrrowland du titre était en effet un projet inabouti et très ambitieux du père Walt, qui rêvait comme dans le film de réunir les esprits les plus brillants dans une cité du futur. Le film joue donc subtilement sur deux tableaux en proposant un imaginaire ancré dans une certaine réalité. 

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-21h48m43s145Mais en même temps, malgré ce grand coup d'épaule du côté du merchandising et du placement de produit, Tomorrowland laisse carrément de côté tous les tics des grosses machines actuelles pour proposer un cinéma à l'ancienne particulièrement jubilatoire. Brad Bird nous balade donc dans les méandres d'un scénario touffu et imprévisible avec une jubilation de geek qui fait vraiment plaisir à voir. J'en veux pour preuve la séquence du magasin de souvenirs dont les nombreux clins d'œil combleront le cinéphile le plus endurci. 

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h12m03s67Il y a aussi un enthousiasme gamin dans la manière dont sont conçues et exécutées les scènes d'action. Qu'il s'agisse d'une maison blindée d'inventions en tout genre ou d'un commando de robots qui fait un carton avec des armes lasers dans une petite bourgade, il y a ce plaisir d'en mettre plein les yeux que possèdent trop peu de réalisateurs actuels. Un réel plaisir de mise en scène, prolongé par une parfaite lisibilité, ce qui ne gâche rien, loin de là. C’est drôle, vif, on se régale !

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h12m29s69Avec autant de bonnes choses, on est plus qu'agacé que Tomorrowland se gaufre dans sa seconde partie, au fil d'explications fumeuses et incompréhensibles. C'est la contribution de Damon Lindelof, qui n'est autre que l'un des concepteurs de la série Lost et qui est hélas très symptomatique d'une approche actuelle de la narration. Incapables de faire dans la simplicité, la plupart des scénaristes actuels se croient obligés de noyer le spectateur sous un fatras de concepts et d'enjeux nébuleux et confus. Ça donne l'impression d'être très travaillé et complexe, c'est juste imbitable.

 

 

 

vlcsnap-2015-10-26-22h18m43s239Donc oui, on est plus que fumasse de voir Brad Bird saborder son film dans une conclusion complètement ratée, qui s'égare inutilement dans des séquences visuellement bluffantes mais aux ressorts si compliqués et si peu crédibles que même le spectateur le mieux disposé aura vite fait de décrocher. C’est vraiment dommage car après une exposition aussi bien amenée, on attendait vraiment mieux que ce feu d’artifice bordélique qui embrouille à plaisir une intrigue qui n’avait besoin que de simplicité.

 

 

 

Tomorrowland se termine sur une belle bouffée d’optimisme, avec un joli message humaniste, même si son illustration, à la limite de l’esthétique pub, peut prêter à sourire. Ca ferait presque oublier le final raté et les égarements du second acte, tiens. Résultat, on accorde bien volontiers à Brad Bird les circonstances atténuantes. On regrette juste qu’il se soit laissé emporter par l’ambition démesurée de son projet et qu’il n’ait pas recherché à jouer la simplicité. Car en définitive, c’est dans ses aspects les plus dépouillés que son film arrive le mieux à convaincre.

 

vlcsnap-2015-10-26-21h39m02s33



 

Le Générique

Tout à fait dans l’esprit des affiches art-déco et rétro que Disney avait employées, le générique de Tomorrowland se démarque de l’esprit moderne du film et nous propose une visite virtuelle, très épurée, du “Monde de Demain”. Il a été réalisé par l’équipe de yU+co et produit par Sarah Coatts.

 

Planche Contact-001

 

 

Clins d’Oeil

Bien entendu, le moment le plus référentiel du film, c’est le passage qui se déroule dans la boutique de souvenirs Blast From The Past. Brad Bird y fait figurer en bonne place des goodies tirées de son dessin animé, Le Géant de Fer, mais on y trouve également des produitsdérivés ou des accessoires de Star Wars, La Planète des Singes, Toy Story et même Les Simpsons, sur lequel il avait travaillé.


 pc3

 

Enfin, ultime pirouette après le générique de fin : on voit le badge Tomorrowland, qui donne l’accès au Monde de Demain, et le développement du réseau des “élus”qu’il crée sur la Terre. La dernière image nous met même à la place d’un de ces émissaires avec une vue subjective sur le badge et ses effets.

 

pc2

mercredi 21 juin 2017

Sully

Film de Clint Eastwood (2016), avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn, Ann Cusack, etc…

vlcsnap-2017-06-12-22h51m53s108


Le nouveau Clint Eastwood sacrifie à la mode du biopic, mais sur un mode plus actuel et proche de l’actualité, puisqu’il prend pour base l’incroyable amerrissage effectué par le commandant Chesley “Sully” Sullenberger sur l’Hudson River, à la suite d’une avarie survenue juste après le décollage. Bon, c’est un fait que Clint Eastwood, à l”heure actuelle, a davantage tendance à taper dans le sujet à sensation sans toujours lui apporter le petit plus qui aurait pû le transfigurer. Témoin, de beaux sujets comme Au-Delà ou Invictus, sabordés par leur académisme. Enfin, sabordés, j’y vais peut-être un peu fort car Eastwood reste tout de même un réalisateur hors-pair et qu’il sait tout de même assurer le minimum. Mais on est quand même loin de ses plus grandes réussites.


vlcsnap-2017-06-12-23h06m27s70Déjà, le fait de mettre Tom Hanks en tête d’affiche, ça dénote une volonté de faire dans le sur-mesure : le comédien a tellement joué ces rôles d’homme ordinaire confronté à des évènements extraordinaires qu’il est devenu par la force des choses une sorte de héros américain. Hanks, c’est la garantie de l’authenticité mais aussi du petit plus qui vous transcendera un film tout bête. Donnez lui des personnages tout simples, une belle scène d’émotion, et l’acteur fait des merveilles, comme dans cet autre biopic, Captain Phillips, où sa scène finale est tout bonnement poignante et extraordinaire.


 


vlcsnap-2017-06-12-23h12m51s144C’est donc un peu du cousu main qu’on attend avec ce Sully, et dans un sens on n’a pas tort, car Eastwood ne fait pas dans le plus grand que nature ni dans le spectaculaire. Et c’est tant mieux, car il reste en ce sens fidèle à la personnalité de son héros, citoyen ordinaire devenu héros parce qu’il a su avoir les bons réflexes au bon moment. Le film s’emploie justement à décortiquer cet enchainement de circonstances, sur un mode qui n’est pas sans rappeler le récent Flight de Robert Zemeckis.




vlcsnap-2017-06-12-22h59m13s187Sully n’est peut-être pas aussi pointu que pouvait l’être un Eastwood comme Mémoires de Nos Pères, qui disséquait avec beaucoup de subtilité la fabrication d’un acte héroïque. Ici, le réalisateur ne peut que confronter son héros à l’homme de la rue, et c’est d’ailleurs ce qu’il fait dans une très belle scène, une des toutes meilleures du film, dans un bar. L’essentiel de l’action, c’est davantage l’analyse approfondie de l’accident par les agents de la compagnie d’assurance, qui épluchent chaque détail pour être certains que la bonne décision a bien été prise.



vlcsnap-2017-06-12-22h51m19s90En ce sens, Eastwood, en se basant sur des faits réels, est bien obligé de rester dans les clous, et il va donc moins loin que Zemeckis, dont le héros involontaire était un alcoolo, sous l’emprise de drogues, de surcroit. Le seul moment où le film se lâche de manière plutôt maladroite et déplaisante, c’est dans une séquence de cauchemar qui est d’ailleurs complètement déplacée. Mais, fort heureusement, il y a Tom Hanks, et même si on se dit qu’une fois encore, on sait à quoi s’attendre, on ne peut qu’admirer le talent de l’acteur à faire surgir ces petites nuances qui font toute l’humanité et la crédibilité d’un personnage, a fortiori quand il est bien réel.



Malgré cela, Sully est au final un film très lisse et très sage. C’est loin d’être un défaut, car le réalisateur possède toujours un talent indéniable dans la narration, et Tom Hanks apporte talent et crédibilité à ce nouveau portrait de héros ordinaire. Mais de Eastwood, on attendait peut-être un petit peu plus que l’illustration – solide, certes, mais plutôt conventionnelle – d’un simple fait divers. Sully reste néanmoins touchant par la manière dont il célèbre la solidarité des différents intervenants de la catastrophe, l’esprit d’entraide et le sang-froid de chacun, sans lesquels les choses auraient pu être bien pires. C’est cet état d’esprit, très actuel car dicté par les évènements, qui est le véritable cœur du film.


vlcsnap-2017-06-12-23h04m46s180