mardi 22 mai 2018

Vol Au-Dessus d'un Nid de Coucou

(One Flew Over The Cuckoo’s Nest)

Film de Milos Forman (1975), avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Will Sampson, Christopher Lloyd, Danny de Vito, etc…

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One Flew Over The Cuckoo’s Nest est un film paradoxal. Sorti à une époque où triomphait le nouvel Hollywood, il a su imposer un ton bien à lui, à mi-chemin entre le documentaire et le drame psychologique. Mieux, il a révélé dans la foulée toute une génération d’acteurs extraordinaires.


vlcsnap-2018-05-20-14h16m39s130Pourtant, à la base, peu de choses destinaient le film à rencontrer les faveurs du grand public. Le livre, écrit par Ken Kesey, un gourou du baba-coolisme, s’impose pour son contenu contestataire. Et du coup, il tape dans l’œil de Kirk Douglas. A tel point que l’acteur l’adapte au théâtre (la pièce sera un four), puis essaie désespérément de l’adapter au cinéma. C’est finalement son fils Michael qui reprendra les choses en main. L’acteur star de la série TV Les Rues de San Francisco cherche à diversifier ses activités. Avec le concours du producteur indépendant Saul Zaentz, le projet va devenir réalité.





vlcsnap-2018-05-20-12h44m49s79Et Kirk Douglas a eu pour ainsi dire le nez creux, puisqu’à l’occasion d’une tournée de bienfaisance, il découvre les films d’un jeune réalisateur tchèque très prometteur, qui a pour nom Milos Forman. Convaincu qu’il est l’homme de la situation, il lui fait donc parvenir le livre de Kesey. Forman ne le recevra jamais. Le contenu du roman, déjà très contestataire à l’époque, ne passera pas la barrière de la censure communiste. Néanmoins, son fils Michael a la bonne idée de s’en ternir au choix initial de son père lorsqu’il s’agira de trouver un metteur en scène.





vlcsnap-2018-05-20-12h27m43s55Forman, émigré aux USA à la suite du Printemps de Prague, avait déjà fait parler de lui avec Taking Off, un petit film gentiment déjanté, qui avait reçu le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes. Mais ce n’est pas suffisant pour percer, et le réalisateur ne fait pas non plus partie de la clique du Nouvel Hollywood qui est en train de mettre le box-office sans dessus dessous à grands coups de gros succès commerciaux. C’est donc quasiment comme un projet indépendant que le film est lancé.






vlcsnap-2018-05-20-12h39m49s105C’est ce qui donne à One Flew Over The Cuckoo’s Nest son caractère si particulier. D’abord, l’approche y est très réaliste, quasiment documentaire. La réalisation de Forman est extrêmement dépouillée et prend son temps pour décrire avec force détails l’intérieur de l’institution ainsi que les différents patients. Puis, une fois le décor posé, on y lâche un trublion, en l’occurrence Jack Nicholson. Nicholson, à l’époque, c’est la star anti-conformiste par excellence, qui choisit plus volontiers les projets atypiques que les grosses productions.  Tout le film joue sur cette opposition entre un cadre tellement sécurisé qu’il en devient répressif et les provocations d’un élément perturbateur.




vlcsnap-2018-05-20-14h22m29s60Il fallait un réalisateur comme Milos Forman, issu des pays de l’Est, pour comprendre et appréhender tout cet aspect. Comme il le disait volontiers en interview, sa nurse en chef à lui, miss Ratched dans le film, c’était le parti communiste. Du coup, One Flew Over The Cuckoo’s Nest dépasse son cadre purement dramatique pour l’enrichir de résonnances inattendues. Sans verser dans la métaphore politique grossière, cette approche subtile  renforce au contraire la crédibilité du film.






vlcsnap-2018-05-20-14h17m34s179Mais au-delà de ses qualités purement dramatiques, on retiendra surtout de One Flew Over The Cuckoo’s Nest la formidable puissance de son interprétation. A l’époque de la sortie du film, Forman avait brouillé les cartes en indiquant que le casting mélangeait des acteurs professionnels et de véritables patients, mais sans véritablement préciser lesquels. On y découvrait donc pas mal de visages depuis devenus familiers, mais sans réellement savoir s’ils étaient ou non acteurs professionnels. Depuis, plusieurs ont fait une belle carrière, comme Danny De Vito ou Christopher Lloyd, l’inoubliable Doc de Back To The Future.





vlcsnap-2018-05-20-12h42m01s202Ce sont pourtant les moins connus d’entre eux qui livrent les performances les plus spectaculaires. On regrette par exemple que Brad Dourif, inoubliable dans le rôle de Billy Bibbitt, n’ait jamais réellement trouvé de rôle aussi fort que celui-ci. Idem pour Will Sampson, qui joue tout en simplicité le rôle de l’indien, et qui cachetonnera dans quelques films plus ou moins oubliables. Il y a aussi William Redfield, qu’on avait vu dans Le Voyage Fantastique, et qui décèdera malheureusement peu de temps après la fin du tournage.






vlcsnap-2018-05-20-12h26m19s246Mais le plus époustouflant reste Sydney Lassick, dont la performance, tendue comme une corde à piano, impressionne par sa force. Eternel acteur de second plan (on le reverra notamment dans Carrie), Lassick se donne à fond dans des scènes tellement puissantes émotionnellement qu’on se dit que l’acteur a vraiment été très loin pour obtenir un tel résultat. L’équipe du film s’est d’ailleurs inquiété de son état mental à plusieurs reprises, craignant qu’il ne devienne véritablement fou.






vlcsnap-2018-05-20-14h21m10s22A la vision du film, on est frappé par l’esprit d’ensemble qui domine l’interprétation. Rien n’y est forcé ou artificiel, tout est au service de la crédibilité de l’histoire, à un point tel que la performance d’acteur s’efface devant les personnages. Forman a d’ailleurs maintenu ses interprètes dans les mêmes conditions que s’ils étaient internés. Cette approche basée sur l’identification, qui est désormais courante, était peu usitée à l’époque. De même, on sent que certains petits détails ont été saisis ou créés au gré de l’improvisation.





vlcsnap-2018-05-20-14h24m50s188Ce qui fait la force de One Flew Over The Cuckoo’s Nest, c’est bien entendu le côté implacable de sa progression dramatique. S’il adopte une approche dépouillée, c’est au contraire pour mieux laisser l’émotion nous saisir au détour d’une ou deux séquences mémorables. La musique de Jack Nitzsche se met au diapason de l’émotion. Avec ses sonorités étranges et très typées, la partition n’intervient réellement que dans les moments-clés. Je n’ai jamais été réellement fan du compositeur, venu du monde du rock, mais il faut avouer que sa musique et la façon dont elle est placée servent parfaitement le film.




La suite, on la connaît. Le film est salué par 5 Oscars (dont celui du meilleur film), mettant définitivement sur orbite la carrière américaine de Milos Forman. Rare mais inspiré, le réalisateur restera fidèle à des courants d’inspiration très diversifiés, qui iront de l’excellent Ragtime au succès planétaire d’Amadeus. One Flew Over The Cuckoo’s Nest reste pourtant unique de par sa liberté de ton, son regard sans complaisance et la force de son interprétation. Tout simplement un grand film, intense, riche et émouvant.


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Le Trombinoscope

Il faudrait un maxi-trombi pour rendre justice à tous les incroyables interprètes du film. Certains d’entre eux ne perceront que des années plus tard, et hormis une ou deux exceptions, ne seront cantonnés qu’à des seconds rôles parfois atypiques. Assez curieusement, Louise Fletcher, l’interprète principale du film, ne cherchera pas à capitaliser sur l’Oscar de la Meilleure Actrice qu’elle remportera. Elle se fera assez rare sur le grand écran et ne retrouvera jamais un rôle aussi fort que celui de Miss Ratched (on la reverra dans Brainstorm, chroniqué ici). A noter enfin que le directeur de l’asile, Dean Brooks, est un véritable médecin, qui joue donc son propre rôle.


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Enfin, lors de la sortie de pêche, trois caméos discrets. Tout d’abord le producteur Saul Zaentz (le barbu à gauche sur la première photo), mais également Angelica Huston, la compagne de Nicholson à l’époque, et Aurore Clément, qui avait commencé une carrière américaine (elle jouera d’ailleurs dans une scène d’Apocalypse Now) et qui épousera d’ailleurs le chef décorateur de Coppola, Dean Tavoularis.


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Le Final
(Ca va de soi, mais bien évidemment à ne lire qu’après avoir vu le film. Spoilers inside !)


Toute la fin de One Flew Over The Cuckoo’s Nest obéit à un crescendo dramatique implacable, qui culmine dans la dernière séquence. Forman joue sur l’accumulation et l’empilement de situations dramatiques très fortes pour faire monter l’indignation du spectateur et maximiser l’impact de la confrontation entre Mc Murphy et Miss Ratched.


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La suite montre bien évidemment que le système triomphe, et qu’il aura la peau du personnage principal. Lors d’une précédente séquence, le réalisateur avait triché avec son public en lui faisant croire que Mc Murphy avait été “légumisé” par son traitement d’électrochocs alors qu’il n’en était rien. Le spectateur imagine donc que le personnage s’en sortira une nouvelle fois indemne.


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La différence, c’est que cette fois-ci, la nature du traitement de Mc Murphy est cachée au public, ce qui a pour effet de créer  chez le spectateur une certaine appréhension, et donc à intensifier la scène qui nous révèle qu’il a bel et bien été lobotomisé. Dans la continuité de l’esprit du film, l’Indien va donc euthanasier son meilleur ami car il sait que Mc Murphy n’aurait jamais accepté de vivre dans de telles conditions.


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La puissance de l’épilogue provient du fait que l’Indien concrétise alors quelque chose que son ami n’a jamais pu faire de son vivant, c’est-à-dire desceller l’appareillage de douche. Mieux, il le transforme en véritable outil d’évasion, puisqu’il s’en sert pour défoncer la fenêtre de l’asile et s’évader. Assez curieusement, le morceau de la B.O. à cet instant précis a pour titre Act of Love, et c’est effectivement un acte d’amour et de libération qu’accomplit alors l’Indien.


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L’impact dramatique, déjà très fort et appuyé par une belle envolée musicale, est intensifié par un plan inattendu où l’on voit Taber, l’un des internés, se réveiller et éclater d’un rire hystérique, puis s’interrompre brusquement. On ne connaît pas réellement le pourquoi de cette réaction, et c’est justement pourquoi elle accompagne à la perfection ce pic d’émotion du film.


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La toute dernière image est un symbole de liberté, où on voit l’Indien fuir dans la campagne. Elle fait écho au générique de début, qui se déroulait également sur fond de paysages. C’est, surtout, une brève et formidable respiration après deux heures intenses d’enfermement.


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jeudi 17 mai 2018

Moi, Tonya

(I, Tonya)

Film de Craig Gillespie (2018), avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Caitlin Carver, Julianne Nicholson, etc…

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Si vous vous attendiez à un biopic classique et ronflant sur le fameux incident qui opposa jadis deux patineuses olympiques, oubliez vos a-priori et  passez votre chemin ! Ici, c’est carrément l’opposé ! Tout l’intérêt du film, c’est justement qu’il fait voler en éclats le genre avec cynisme et délectation. Politiquement très très incorrect et fabuleusement drôle, I, Tonya, c’est Fargo chez les Groseille !


vlcsnap-2018-05-17-22h46m49s2Les gens de la génération du Strapontin se souviennent encore certainement de ce fait-divers qui avait défrayé la chronique et confronté deux patineuses rivales, Nancy Kerrigan et Tonya Harding. L’une, Nancy, chouchoute du grand public, l’autre, Tonya, grande gueule qui ne sait pas jusqu’où elle peut pousser le bouchon. Deux compétitrices qui s’affronteront  jusqu’aux Jeux Olympiques. Jusqu’à ce que Nancy Kerrigan se fasse agresser sans raison apparente et blesser à la jambe. Un “accident” manigancé par l’ex-mari de Harding, sans qu’on sache très bien si cette dernière était effectivement impliquée.



vlcsnap-2018-05-17-22h44m21s95I, Tonya refuse d’ailleurs de donner une réponse franche à cette question. Il se dédouane d’ailleurs dès les premières images, en indiquant être basé sur des témoignages bien réels, mais “aucunement ironiques et furieusement contradictoires”. En résumé, les quelques seniors strapontinesques comme votre serviteur, qui ont vécu ces évènements en live et qui s’attendaient à avoir une réponse quant à la culpabilité des uns ou des autres risquent fort de rester sur leur faim. Car le film de Gillespie, sans botter en touche, part dans toutes les directions sauf sur le terrain de l’enquête argumentée.



vlcsnap-2018-05-17-22h28m26s7Tout au contraire, I, Tonya, c’est un joyeux foutoir qui dès le départ ne s’autorise aucune limite dans la vulgarité. On y jure comme des charretiers, on se tape sur la gueule, on se réconcilie, on s’insulte, on se tire même dessus. Bref, plus d’une fois on reste ébahi devant cette galerie de cassos, tout en se disant que c’est juste pas possible et que le réalisateur a forcé le trait. Eh bien non ! Le générique de fin, ce moment traditionnel où tout bon biopic qui se respecte juxtapose les vrais personnages avec ceux du film, est justement incroyable puisqu’on peut constater de visu qu’on n’est vraiment pas loin de la réalité !



vlcsnap-2018-05-17-22h51m06s25C’est donc fabuleusement drôle, dans un esprit qui n’est pas sans rappeler celui des frères Coen façon Fargo, avec des malfrats parfaitement crétins et des dialogues qui crépitent joyeusement dans tous les sens. Les acteurs s’en donnent à cœur joie, en particulier Allison Janney qui compose avec brio le personnage de la mère de Tonya Harding dans un mélange de froideur et de vulgarité. Les Oscars ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisqu’elle a été récompensée comme meilleur second rôle féminin cette année.




vlcsnap-2018-05-17-22h42m04s131Outre son mauvais esprit indiscutable, I, Tonya emballe aussi par la folle énergie de sa mise en scène. Craig Gillespie n’avait pourtant à son actif qu’un autre film inspiré de faits réels, plutôt pépère celui-là, The Finest Hours, qui racontait le sauvetage d’un pétrolier en pleine tempête. On est donc d’autant plus surpris par une réalisation inventive et formidablement rythmée, qui sait intelligemment utiliser les tubes de l’époque pour en faire de beaux moments de cinéma, comme le Goodbye Stranger de Supertramp.




vlcsnap-2018-05-17-22h42m35s9Le film surprend également par la formidable virtuosité des séquences de patinage. Nul besoin d’être fan de ce sport pour être bluffé par le dynamisme incroyable de ces moments forts, servis par un travail de caméra hallucinant et des effets spéciaux aussi discrets qu’indétectables. Le réalisateur a compris qu’elles étaient essentielles à l’histoire, et il sait leur donner leur juste valeur et les mettre sur le devant de la scène. Loin de dépareiller dans un ensemble plus volontiers provocateur, elles ajoutent au contraire un piment supplémentaire à la saveur déconcertante de l’ensemble.



Bref, vous l’aurez compris, le film est un bon gros pied de nez, un monument de mauvais goût assumé qui se joue des étiquettes. Pour reprendre la comparaison d’un critique, I, Tonya, c’est Les Affranchis sur des patins. Gillespie ne possède ni l’abattage ni le talent d’un Scorsese mais son biopic irrévérencieux et mal embouché est une régalante et sacrée bouffée d’air frais dans un genre un peu trop conventionnel et balisé. Coup de cœur strapontinesque certifié !


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dimanche 25 février 2018

Le Sens de la Fête

Film d’Olivier Nakache et Eric Toledano (2017), avec Jean-Pierre Bacri, Eye Haïdara, Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve, Vincent Macaigne, etc…
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Quoi qu’on en dise, et même s’il n’a pas révolutionné le genre, Intouchables a tout de même créé un style : celui de la comédie de mœurs positive, émaillée de bons mots et portée par des acteurs au charisme béton. On prend une situation lambda qui confronte des caractères opposés et on observe, tout en épiçant la chose de répliques bien senties. Le tout sans condescendance ni émotion facile. Le public ne s’y est pas trompé en faisant un triomphe au film.


vlcsnap-2018-02-26-22h46m36s46Aujourd’hui, rebelote avec Le Sens de la Fête, mais en même temps, avec Bacri dans le rôle principal, il pouvait difficilement en être autrement. Son personnage de Donald Duck acariâtre, toujours prêt à s’énerver contre quelque chose ou quelqu’un, c’est toujours un franc bonheur. Bacri c’est le prototype même du râleur invétéré, du mauvais coucheur qui sera toujours capable de vous épingler avec une réplique qui tue au détour d’une bonne grosse colère. Grincheux, oui, mais avec un cœur gros comme ça.






vlcsnap-2018-02-26-22h47m21s224Il restait juste à le mettre en situation, et pas n’importe laquelle : une situation propre à bien l’énerver comme il faut et à l’amener à deux doigts du pétage de plombs. Nakache et Toledano ont eu l’idée judicieuse d’en faire un wedding planner en train de vivre sa pire journée.  Et c’est parti pour une savoureuse comédie sans prétention, pétillante et bien fichue. C’est peut-être aussi dans ce concept simplissime qu’il faut chercher le succès du film : on connaît le personnage, et on imagine ce qu’il peut donner dans un contexte pareil. Et on n’est pas déçus !





vlcsnap-2018-02-26-22h44m05s50A l’évidence, Le Sens de la Fête c’est avant tout un casting. Avec Gilles Lellouche en disc-jockey prima donna et Jean-Paul Rouve en photographe pique-assiette, on est en terrain connu. Un peu trop même, car leurs personnages sont finalement les plus conventionnels du lot et pas forcément les plus drôles. A côté de ces valeurs sûres, les réalisateurs ont assemblé une collection réjouissante d’inconnus dont on va forcément se souvenir, qui font des étincelles sans nécessairement tirer la couverture à eux.






vlcsnap-2018-02-26-22h41m25s219En tête de liste, Eye Haïdara, qui est une véritable révélation dans le rôle de l’assistante de Bacri. Sa gouaille et sa personnalité de fonceuse intraitable en font un personnage essentiel, à tel point qu’on est un peu déçu quand le film rabote sa splendide agressivité et l’utilise de manière un petit peu trop classique. On retiendra également le nom d’Alban Ivanov, impayable en serveur  totalement incompétent, largué et à côté de la plaque, qui ignore complètement ce qu’est un bar ou un loup, ou qui répond voiture quand on lui parle de turbot.






vlcsnap-2018-02-26-22h43m41s58Bon, évidemment, cela ne va pas sans certains clichés ni quelques facilités. Le marié ne peut être qu’un bourgeois coincé, prétentieux et imbuvable, et le personnage de Bacri a forcément des problèmes de couple. Le running gag avec Rouve et son appli à géolocalisation pour pécho, c’est pas non plus d’une subtilité fantastique, et ça fatigue un peu à la longue. Sur la fin, le film tire un peu la langue, comme s’il avait épuisé sa réserve de bons mots et de situations croustillantes. En même temps, près de 2 heures pour une comédie, c’est un peu longuet, et Le Sens de la Fête aurait gagné à être un petit peu resserré.





Mais malgré ces réserves, Le Sens de la Fête est un divertissement plus que recommandable, qui ne se croit pas obligé de se vautrer dans la facilité pour séduire son public. Entre l’exubérance de ses interprètes et la finesse de l’observation comique, le film fait rire (beaucoup), séduit (énormément) tout en gardant suffisamment d’atouts pour enthousiasmer tous les publics. Après Intouchables, c’est une nouvelle réussite du tandem Nakache/Toledano qui, à défaut de réellement innover, sait donner à son public ce qu’il attend, avec plein d’humour et de générosité. Par les temps qui courent, ça fait du bien.



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dimanche 18 février 2018

10 Cloverfield Lane

Film de Dan Trachtenberg (2016), avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr., etc…

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“ - Hé boss, je sais pas si t’as remarqué, mais en ce moment, ce qui fait le buzz, c’est The Cloverfield Paradox.
- Ouais, ouais, je sais. Mais bon, en même temps, le Strapontin avait cette critik sous le coude depuis plusieurs mois déjà. On n’allait pas s’asseoir dessus sous prétexte qu’il y a un numéro 3 qui sort sur Netflouc, quand même !
- Oui, mais boss, on n’est plus raccord avec l’actu !
- S’en fout, l’actu, de toute façon, les Strapontineurs s’en brossent, de l’actu ! Leur came, c’est plutôt la rareté seventies régalante.
- Oui mais, boss…
- T’inquiète, on en parlera de ton machin paradox ! Mais juste parce que j’ai pas bossé pour rien, ladies and gentlemen, voici la critik de l’épisode 2 de la saga Cloverfield. Et tant pis pour l’actu !”



vlcsnap-2018-02-18-19h11m36s209Comment imaginer une suite à un film tel que Cloverfield ? Déjà, l’œuvre en elle-même était un OVNI en soi, le premier film de monstres réalisé comme s’il avait été tourné par votre beau-frère avec son caméscope ! Pourtant, Dieu sait si le Strapontin est loin d’être friand de ce genre de gimmick, mais le fait est que ça fonctionnait plutôt bien, malgré bien entendu les limites du procédé. Et comme J.J. Abrams n’est pas vraiment le genre de producteur à s’asseoir sur une bonne idée, rien d’étonnant à ce qu’il ait voulu continuer à exploiter le filon.




vlcsnap-2018-02-18-19h41m21s115On s’attendait donc à un autre monster movie filmé au téléphone portable, eh bien pas du tout ! La grande intelligence de ce 10 Cloverfield Lane, c’est de se démarquer dès le départ de la formule mise en place par son prédécesseur. Ca commence donc comme un film lambda, avec une jolie demoiselle, Michelle (Mary Elizabeth Winstead), qui vit de toute évidence une rupture difficile et qui décide de tout laisser derrière elle. Petit coup de fil de son boyfriend (à qui elle ne répond même pas), l’occasion de caser un joli clin d’œil puisque la voix de ce personnage que nous ne verrons jamais, c’est celle de Bradley Cooper.




vlcsnap-2018-02-18-19h18m47s191Puis c’est l’accident. Blackout. Michelle se retrouve enchaînée dans une cave, sous la surveillance d’un gars louche répondant au doux nom de Howard (c’est John Goodman). En clair, il s’avère, selon lui, qu’une attaque d’une forme indéfinie est en cours. Humaine ou extra-terrestre, on ne sait pas. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il faut rester cloitré dans cet abri et ne sortir sous aucun prétexte. En quelques minutes, les bases sont posées pour un suspense qui évoque davantage la série La Quatrième Dimension que le gros film de monstres en found footage qui avait cartonné en 2008.




vlcsnap-2018-02-18-19h21m24s212Il fallait oser jouer ainsi contre les attentes du public pour lui proposer une suite qui ne retient pratiquement aucun élément du film original. Avec 10 Cloverfield Lane, on est clairement sur le terrain du thriller psychologique, où le doute s’installe au détour d’une conversation et où celui qui sauve l’héroïne pourrait très bien être un dangereux psychopathe. John Goodman, avec sa bonhommie coutumière et son humanité, apporte un vernis réaliste à un personnage dont tout nous invite à douter.





vlcsnap-2018-02-18-19h32m48s190Cette partie du film est magistralement menée, malgré les inévitables péripéties, souvent attendues qui ne s’avèrent être là que pour renforcer le doute chez le spectateur. Cela fonctionne parfaitement, même si, sur la fin, le film en rajoute un peu trop dans les pièces à décharge au sujet de Howard (sans forcément les expliquer, d’ailleurs). La conclusion vient bien évidemment tout remettre en question de manière inattendue. Ou pas, car après tout, si le film fait partie de la franchise Cloverfield, c’est pas pour rien, mais on s’est fatalement tellement fait embobiner par le côté thriller qu’on en souhaiterait presque une conclusion plus rationnelle.




vlcsnap-2018-02-18-19h35m26s175Bien évidemment, 10 Cloverfield Lane sort alors l’artillerie lourde, mais avec une urgence, une intensité et un doux parfum d’apocalypse qu’on croirait échappées du premier volet. Donc peu importe si Mary Elizabeth Winstead se bricole une combinaison anti-radiations avec un rideau de douche ou bien utilise une bouteille d’excellent whisky pour pulvériser ses adversaires façon action hero à la Tom Cruise, le film déroule tranquillement son épilogue, il en montre juste le minimum et c’est très bien comme ça. C’est une conclusion sur mesure par rapport à tout ce qui a précédé.




Cette sequel inattendue est donc une belle surprise, malgré ses quelques facilités. Assez culotté pour se démarquer complètement de son prédécesseur, 10 Cloverfield Lane propose un suspense efficace et inattendu, et fait bifurquer la franchise de J.J. Abrams vers un huis-clos surprenant et parfaitement mené. Définitivement inattendu, donc, et parfaitement efficace, le film ouvre grand la porte à d’autres extensions encore plus déroutantes.



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Le Générique

Le générique de 10 Cloverfield Lane est particulièrement ingénieux, car en rapport direct avec le concept du film, à savoir l’abri souterrain. Il est donc composé de lettres qui se déforment verticalement pour évoquer l’idée de profondeur. Une trouvaille visuelle qui a apparemment tellement plu qu’elle a été récupérée pour le générique de l’épisode suivant, The Cloverfield Paradox, où elle n’a plus grand chose à voir avec la choucroute, puisque le film se déroule dans l’espace, mais bon, on en reparlera !… Le design du générique est dû à Aaron Becker.


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