mercredi 25 septembre 2013

Passion

Film de Brian de Palma (2012), avec Rachel McAdams, Noomi Rapace, Karoline Herfurth, Rainer Bock, Frank Witter, etc...




















Le cinéma de Brian de Palma, c'est un truc un peu particulier. Généralement émaillés de facilités, ses films développent un univers très particulier, où la référence cohabite avec la provocation facile. Le réalisateur aime aller trop loin, que ce soit dans le mauvais gout ou la manipulation du spectateur, mais il reste néanmoins un maitre incontesté de la narration visuelle, rien à redire là-dessus. C'est aussi un franc-tireur, qui se fourvoie parfois dans des projets pas vraiment faits pour lui. Du coup, la dernière partie de sa carrière n'est pas toujours franchement reluisante, entre adaptation ratée (Le Dahlia Noir) et film de guerre conceptuel (Redacted).

Tout ça n'a pas franchement cartonné au box-office, du coup notre ami Brian s'est exilé en Europe le temps de quelques films. Il y eut d'abord la France, avec un Femme Fatale plutôt maladroit bien qu’intéressant, et voici maintenant l'Allemagne avec ce Passion qui a reçu, c'est le moins qu'on puisse dire, un accueil plutôt mitigé, les uns saluant le retour du grand style De Palma, les autres dénonçant un manque d'inspiration flagrant. Le réalisateur a toujours divisé la critique de toute façon, donc ça n'allait pas se calmer comme ça. Et comme Au Strapontin, on est plutôt fans, ce n'est pas sans une certaine appréhension que nous avons attaqué ce nouvel opus De Palmien.

Le début de Passion vous cueille un peu à froid, il faut dire. Et froid n'est pas un vain mot puisque l'ambiance qui se dégage des premières séquences est effectivement glaciale. Bon, on va dire que De Palma y va de sa petite critique sur la déshumanisation de l'entreprise, tout ça, mais on a vraiment du mal à rentrer dans cet univers de menace feutrée et de trahison. Le réalisateur, toujours très féru de jeux sur l'image, se permet même un clin d'œil malicieux avec la "ass cam", où il questionne une fois encore le voyeurisme du public.

Pendant une bonne moitié de sa durée, il faut reconnaitre que Passion n'est pas franchement terrible. C'est mou du genou et platement réalisé (tout de même un comble pour un film de De Palma!). Puis, une fois tous les rouages de la machination mis en place, le réalisateur se réveille et nous balance un véritable festival de ses figures de style habituelles. Split-screen, ralenti, cadrages alambiqués: rien ne manque, tout est là. L'espace de quelques belles séquences, le film décolle réellement.

Hélas, ce n'est pas suffisant pour sauver ce Passion, même si De Palma met le paquet. L'auto-citation du final de Dressed to Kill est tellement énorme, jusque dans les accords musicaux de Pino Donaggio, qu'on se demande vraiment où le réalisateur a voulu en venir. Joue t'il avec nous ou s'agit il simplement de paresse ? Il faut quand même oser faire de la décalque à un tel point, mais le problème c'est qu'en l'absence de repères, une telle approche peut aussi bien passer pour géniale que pour parfaitement ridicule. Alors, mise en abyme du style De Palma ou simple foutage de gueule ? A chacun de trancher.







Ce Passion, pas vraiment passionné et pas franchement passionnant, est donc dans le prolongement des derniers films de De Palma: si on retrouve brillamment sa patte l'espace de quelques instants, le reste est franchement un cran en-dessous et peine à convaincre réellement. Si en tant que scénariste, il a parfois su montrer un talent indéniable, il est clair que sur ce plan, sa filmographie récente est loin d'être à la hauteur. Très décevant.

lundi 23 septembre 2013

Course contre la Mort (Premium Rush)

Film de David Koepp (2012), avec Joseph Gordon-Levitt, Michael Shannon, Dania Ramirez, Jamie Chung, Aaron Tveit, etc...
 















Avec un titre pareil et une sortie en loucedé, quasiment sans pub, Premium Rush ressemblait méchamment à un direct-to-video, ces gentils nanars tellement mauvais que leur distributeur ne les sort même pas au ciné. Mais vu qu'au Strapontin, on est curieux, le nom de David Koepp au générique, ça nous a un peu titillés quand même (on en parle d'ailleurs ici). Ça, et la présence de Joseph Gordon-Levitt qui, après Inception et Looper, est clairement une valeur montante parmi les acteurs actuels.

L'idée de départ de Premium Rush est astucieuse: utiliser les coursiers à vélo new-yorkais dans un contexte de thriller, c'est plutôt bien vu. Qui plus est, Koepp emballe le tout dans une mise en images très visuelle, bourrée d'effets 3D rigolos, d'accélérations démentielles et de raccourcis originaux. Premium Rush synthétise avec habileté l'esthétique façon appli de smartphone et soyons honnêtes,  ça marche du tonnerre dans la première partie du film.

Là où le bat blesse, c'est qu'à force de jouer la carte du gadget, les scénaristes se sont crus obligés de complexifier l'intrigue à outrance. Ce qui était en apparence très simple au tout début se complique donc, au gré de retours en arrière, d'accélérations en avant, à tel point que le film perd de vue ses enjeux principaux et se disperse en évoquant le passé du héros. Ce n'était pas vraiment indispensable, mais vu que le film est assez court, on se demande si quelque part les auteurs n'ont pas un peu essayé de rallonger la sauce.

Le film est aussi en dehors des clous en ce qui concerne son méchant. Quand on a la chance d'avoir Michael Shannon, un des physiques les plus impressionnants de sa catégorie, on soigne un peu son personnage. Non seulement ses motivations sont plutôt tirées par les cheveux et peu crédibles, mais en plus on n'utilise quasiment jamais son incroyable présence à l'écran, et c'est vraiment dommage. Quant au final, disons qu'il est gentillet et très convenu.





Heureusement, Premium Rush se rachète amplement niveau spectacle. Bourré jusqu'à la garde de cascades à vélo estomaquantes, il comblera aisément tous les amateurs d'action speedée et d'exploits sportifs. On regrette juste que ces prouesses n'aient pas été mises au services d'un scénario qui, lui, peine à tenir la route.

vendredi 20 septembre 2013

World War Z

Film de Marc Forster (2013), avec Brad Pitt, Matthew Fox, Mireille Enos, James Badge Dale, David Morse, etc...

















Allez, zou ! Encore un film de zombies ! Décidément, on pensait le filon épuisé, mais visiblement le public n'en a pas marre. Mieux, il en redemande, puisque ce World War Z a été l’un des plus gros cartons de l’été en salles.  Pourtant, on ne peut pas vraiment dire que le film de Marc Forster soit particulièrement novateur sur le plan cinématographique. C’est au contraire, une variation plutôt paresseuse et sans grand intérêt sur un thème archi-rebattu.


On nous l’avait jamais faite, celle-là ! Après la comédie zombiesque (Zombieland) et l’épopée gore (28 Jours plus Tard), voici le film-zombie-catastrophe.  L’intro de World War Z, on jurerait carrément du Roland Emmerich pur jus, avec des grosses scènes de panique bien flippantes et tout plein d’effets spéciaux. Pour résumer, Brad Pitt est un scientifique achment  balèze qui va être embauché pour trouver l’origine d’un virus qui transforme les humains en monstres sanguinaires.


Inévitablement, les premières scènes nous le montrent avec sa tite famille (amis du cliché, bonjour !), jusqu’à ce qu’il soit envoyé de par le vaste monde pour traquer cette saloperie de bactérie. Voilà pour le scénario. Pour les péripéties, je vous résume : Brad Pitt prend l’avion, Brad Pitt descend d’avion, Brad Pitt fait des cartons sur quelques zombies, Brad Pitt remonte en avion. Un peu maigre tout ça.


C’est sûr que, vu le genre, on se demande bien ce que les personnages peuvent faire d’autre que courir et tirer sur des zombies. Comme en plus, World War Z a été pensé grand public, on nous épargnera soigneusement tout éclatement de cervelle ou autre étripage bien gore. C’est presque un film de zombies familial, tiens ! Un peu flippant juste ce qu’il faut, mais pas trop intense quand même. Du light dans un genre qui est censé promouvoir la tripaille et la violence qui tache, c'est plutôt curieux comme concept, mais pourquoi pas ? Plus on ratisse large, plus les recettes sont en conséquence, après tout.


Question effets spéciaux, on en a effectivement une bonne ration, entre grandes métropoles en feu et attaques de zombies. Sur ce plan, il y a tout de même une ou deux séquences bluffantes, avec des hordes de morts-vivants en images de synthèse qui donnent tout leur sens aux termes « marée humaine ». C’est impressionnant, ça déchire dans la bande-annonce, mais ça ne fait pas tout un film. Dans la dernière partie, Brad Pitt, à court d’avions, se retrouve avec une militaire israélienne (Danielle Kertesz, une petite révélation) dans un centre épidémiologique et les scénaristes, à court non pas d’avions mais d’idées, torchent un épilogue boiteux et pas convaincant pour deux sous.


C’est clair que de Marc Forster, on n’attendait pas grand-chose (le bonhomme a quand même signé l’un des plus mauvais James Bond, Quantum of Solace, c'est pas rien !). World War Z est à la mesure de cette attente, ce n’est guère qu’une grosse machine hollywoodienne de plus, qui manque singulièrement de mordant. Pour un film de zombies, c’est bien un comble !

jeudi 19 septembre 2013

Le Monde Fantastique d'Oz

(Oz, The Great and Powerful)

Film de Sam Raimi (2013), avec James Franco, Michelle Williams, Mila Kunis, Rachel Weisz, Zach Braff, etc...








































Le Magicien d'Oz, c'est carrément une institution aux Etats-Unis, un vrai grand classique dont la portée nous a toujours un peu échappé à nous autres Frenchies. C'est donc un peu hallucinant de voir le culte que l'on voue là-bas au roman de L. Frank Baum et à l'aimable film de Victor Fleming, un peu comme si c'était leur Alice au Pays des Merveilles à eux. A tel point que Hollywood n'a pas hésité à remettre le couvert, près de 70 ans après la sortie du film original. Après tout, la version Tim Burton du conte de Lewis Carroll a bien cartonné, alors pourquoi pas ?




Surprise, c'est Sam Raimi qui s'y colle ! Pour ceux qui ne connaitraient pas sa carrière, Raimi, c'est l'homme de Evil Dead, un petit film d'horreur réalisé avec des bouts de ficelle et qui s'est transformé en phénomène au box-office. Par la suite, le réalisateur est resté plus au moins fidèle au fantastique, avec quelques belles réussites comme Darkman ou Un Plan Simple, dans un registre totalement différent. Puis, dans un genre plus formaté, il y a eu la franchise Spiderman, que Raimi a eu la sagesse d'abandonner au bon moment.






Le style de Sam Raimi est très visuel, mais d'un esprit très gamin. Il n'hésite pas à oser les effets les plus énormes pour un résultat qui est souvent un peu foutraque et débraillé, mais qui tient la route. Il a su garder vivant au fil de sa filmographie ce plaisir de faire du cinéma, ce qui est peut-être facile sur un petit film à deux francs six sous, mais qui est beaucoup plus complexe dans le cadre d'une super-production. Raimi fait partie de ces réalisateurs visuels, qui savent rendre à l'image son véritable rôle dans la mise en scène. Dynamique et turbulent, son style ne ressemble à aucun autre, ce qui en fait d'emblée un des chouchous du Strapontin.





Donc oui, on avait un peu peur de le voir s'attaquer à ce monument de la culture américaine. Même si le film de Fleming paraît aujourd'hui très daté, il possède le charme naïf d'un vieux livre d'images, et il semblait un peu vain de vouloir ressusciter cette imagerie à une époque pleine de bruit, d'explosions et de violence. Et pourtant, le fait est que le courant passe et que Oz The Great and Powerful est plutôt une bonne surprise, qui arrive avec élégance à retrouver l'esprit de son prédécesseur.







Le film joue le jeu avec, comme dans le premier film, une intro en noir et blanc, puis la couleur et l'écran large qui s'imposent dès l'arrivée dans le pays d'Oz. Fort heureusement, les producteurs ont zappé l'aspect musical. Pas de chansons, et ça vaut mieux. Par contre, ils ont su donner vie intelligemment à tout cet univers, en nous racontant les origines des personnages que nous connaissons. On apprend tout sur la Méchante Sorcière de l'Ouest, et Oz sait à cet égard, réserver quelques belles surprises dans son intrigue.






Il faut également saluer le fait qu'Oz ne trahisse pas la personnalité du magicien telle qu'elle avait été présentée dans le film de Fleming. Le personnage est un pleutre, un lâche qui profite sans gêne de toutes les situations et Raimi n'hésite pas à le rendre gentiment haïssable. C'est une approche qui rend la progression de l'histoire plutôt intéressante, même si elle reste tout de même très classique. Cela donne en particulier un beau final, assez bien vu.







Les effets spéciaux, même s'ils sont impeccables au niveau du design et de l"animation, sont en revanche moins heureux en ce qui concerne les incrustations. On a parfois l'impression que les acteurs sont plaqués de manière un peu artificielle sur le fond, et ne s'intègrent pas réellement au décor.








Bien évidemment, on serait bien en mal de retrouver réellement la patte de Sam Raimi dans tout cela, si ce n'est dans certains choix de mise en scène, comme dans la séquence de la tornade. Pour le reste, Oz fait énormément penser au Alice de Tim Burton, avec plein de couleurs criardes et un design très chargé qui ne sera pas du goût de tout le monde. Mais au final, cette nouvelle incursion dans le pays d'Oz est plutôt séduisante. Sam Raimi livre un divertissement familial réussi et plaisant, qui sait respecter l'esprit du classique de Victor Fleming, à défaut d'en retrouver le caractère innovant.







Le Générique
Une jolie entrée en matière, réalisée par la compagnie yU+co. Avec son imagerie qui fait référence à la fois à l'univers du cirque et de l'illusion, cette séquence est une introduction parfaite dans l'univers du fameux magicien.





Bruce tout puissant
Ceux qui connaissent bien Sam Raimi savent que son acteur fétiche, Bruce Campbell, figure dans pratiquement tous ses films depuis leur tout premier, Evil Dead. Le repérer dans Oz est un petit peu plus délicat, vu que le réalisateur lui a mitonné une tronche aux petits oignons. Surveillez les gardes du pays d'Oz, vous y reconnaitrez un visage familier !


mercredi 18 septembre 2013

Un Strapontin Relooké

On a failli attendre ! 
Ayé, après quelques mois d'interruption, votre blog favori est de retour sur la toile!
Un intermède où comme on dit "la vie reprend ses droits" : vacances, travail, vie familiale, projets personnels... Ça en fait ! Du coup, histoire que vous n'ayez pas patienté pour rien, le Strapontin en a profité pour faire une petite séance de ravalement ! On a donc refait un petit peu la déco, avec un nouveau look qui je l'espère vous plaira. Oui, je sais, on va nous dire que c'est plus austère, plus sombre et moins gai que le précédent, mais la lisibilité et le design sont à notre avis meilleures sous ce nouveau format.
Enfin, comme d'habitude, le Strapontin attend vos commentaires, critiques, remarques, avis personnels, argumentaires, plaidoyers, etc...
N'hésitez donc pas à donner votre avis!
Sur ce, au boulot, on a du retard à rattraper, y'a du taf !
Let's Go !

dimanche 18 août 2013

Oblivion

Film de Joseph Kosinski (2013), avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Melissa Leo, Morgan Freeman, Nikolaj Coster-Waldau, etc...
















Tom Cruise est un malin. Alors que sa vie people (Scientologie and co) aurait largement matière à plomber sa carrière, lui arrive toujours à rebondir, avec des gros budgets qui cartonnent généralement au box-office. C'est que l'acteur a le nez fin: il sait bien s'entourer, et dégotter les bonnes personnes pour se renouveler. Il n'hésite pas non plus à miser sur des choix risqués (Abrams et Bird pour la saga Mission Impossible) qui en définitive s'avèrent payants.


Pour son dernier film, Oblivion, il est allé chercher un jeune metteur en scène, Joseph Kosinski, qui avait déjà à son actif la suite de Tron, et qui adapte ici sa propre BD. Et d'emblée, ce qui impressionne de prime abord dans le film, c'est son design: propre, très épuré, glacial, à tel point que ça ne fait pas vraiment envie. Du coup, le Strapontin a tenté sans idées préconçues ni sans rien savoir sur le film. Et au final, c'est plutôt pas mal.


Sans trop en dire sur Oblivion, disons qu'il se rattache à un courant de films post-apocalyptiques qui fleurissent depuis quelques temps. Le bon Tom est un mécano du futur, chargé de réparer des drones qui montent la garde sur une Terre vidée de ses habitants par la guerre nucléaire. Voilà pour le postulat de départ, le film vous embarque ensuite dans une intrigue plutôt bien menée, avec son lot de rebondissements et de surprises. Rien à redire question spectacle: Kosinski possède un style qui, s'il n'est pas d'une originalité débordante, a au moins le mérite d'être clair. Pas de montage au marteau-pilon, ni de caméra parkinsonienne, c'est toujours ça de pris.


En revanche, et c'est son gros défaut, Oblivion donne un peu trop l'impression d'avoir pioché son inspiration à droite à gauche. Vous me direz qu'à l'heure actuelle, il n'est pas vraiment facile de faire du neuf, et qu'on tape forcément dans ce qui a déjà été fait. C'est le génie de la mise en scène que de savoir alors jongler avec ces différents éléments, et le film n'y arrive qu'à moitié. On pense donc (pêle-mêle) à 2001, Total Recall, Moon, Solaris, La Planète des Singes, Wall-E... Ca fait un peu beaucoup !


Les paysages, captés en Islande, sont magnifiques, mais on reste un peu sur notre faim question déco. C'est un peu léger d'évoquer la post-apocalypse avec un ou deux détails qui se battent en duel. Un bout de l'Empire State Building qui sort du sol, idem pour la torche de la Statue de la Liberté... Avec un budget de 120 millions de dollars, ça fait un tantinet cheap, un peu comme si tout l'argent était passé dans la conception des décors, véhicules et autres robots.





Donc cet Oblivion est un film mi-figue, mi-raisin, plutôt réussi par certains aspects mais un peu rapiécé par d'autres. Globalement séduisant, mais sans véritable personnalité, le film n'arrive pas vraiment à transcender ses trop nombreuses sources d'inspiration. Reste un spectacle agréable, à défaut d'être vraiment original.

dimanche 4 août 2013

Hello Dolly

Film de Gene Kelly (1970), avec Barbra Streisand, Walter Matthau, Michael Crawford, Louis Armstrong, Marianne Mc Andrew, etc...
 
















 
 
 
 
 
 
 
Hello Dolly fait partie de ces films auxquels il est de bon ton de tailler un costard. Ce n'est pas un musical de la grande époque, c'est un bon gros film de studio, qui de plus s'est complètement ramassé au box-office et a mis de surcroît sa compagnie de production (la Fox, pour ne pas la citer) sur la paille. Seulement voilà: au Strapontin, on aime les vilains petits canards, les films que personne ne défend. Retour sur un film mal-aimé, qui a marqué l’apogée et la fin d'une époque.
 
 
 
La comédie musicale, en tant que genre à part entière, a connu pas mal de déclinaisons, et l'une des plus particulières a été celle des années 60, au cours de laquelle Hollywood a cherché à faire toujours plus grand, toujours plus beau et toujours plus spectaculaire. Dans une logique de concurrence avec la télévision, on a produit des films qui ressemblaient davantage à de grosses pièces montées qu'autre chose. C'est le règne du frou-frou, de l'élégance, de la grosse figuration. L'avènement, aussi, du gnan-gnan, pour ratisser large et toucher le public le plus familial possible, ce qui en fait bien souvent des monuments de ringardise et de kitsch. Tout ça ne vieillit pas toujours très bien non plus, et il faut vraiment avoir une tendresse particulière pour cette époque pour apprécier pleinement tous ces films. On est ici plus proche de l'opérette filmée avec de très très très gros moyens que des musicals vintage MGM.
 
 
 

Histoire de mettre tous ses œufs dans le bon panier, la Fox recrute donc Gene Kelly lorsqu'elle met en chantier cette adaptation filmée d'un très très gros succès de Broadway. Peu importe que l'actrice principale, Barbra Streisand, n'ait absolument pas l'âge du rôle: elle vient de cartonner avec Funny Girl. D'emblée, les moyens sont énormes, les producteurs allant même jusqu'à reconstituer une avenue de New-York pour une séquence de parade démesurée. Rien ne manque au luxe de la reconstitution. Malheureusement, en pleine guerre du Vietnam, le public boudera cette super-production, ce qui donnera un coup d'arrêt définitif aux budgets pharaoniques. L'âge d'or de la comédie musicale est donc bel et bien enterré, et ne refera surface que bien des années plus tard.



 
Alors qu'en est-il de cet Hello Dolly ? Disons-le tout net: si vous êtes allergique aux intrigues un rien cucul, et si vous avez l'estomac fragile, passez votre chemin: ce film n'est pas fait pour vous. En revanche, si vous êtes un tantinet indulgent, il est facile de ce laisser embarquer dans cette gourmandise qui emprunte un petit peu partout. Un chouia de comédie romantique, un humour basique (on dira plutôt familial), des personnages et des situations déjà vues cent fois... ça pourrait se casser la gueule à chaque séquence, mais quelque part, la sauce prend. C'est assez culotté d'avoir choisi le bougon Walter Matthau dans le rôle du jeune premier (et même lui avoir fait pousser la chansonnette!). Son face-à-face avec Barbra Streisand passe plutôt bien, même s'il est notoire que les deux acteurs ne pouvaient pas se sentir et se sont copieusement engueulés sur le tournage.


 
Mais surtout, deux composantes essentielles du genre sont au rendez-vous. La musique de Jerry Herman et la chorégraphie de Michael Kidd confèrent au film tout son charme et son pouvoir de séduction. Même si on est bien loin des grands standards de la comédie musicale, les chansons de Hello Dolly respirent de cette joie de vivre qui forge les moments forts du genre, et il faudrait être sacrément de mauvaise foi pour ne pas être emballé par le ballet des serveurs des Harmonia Gardens. La chanson-titre, arrangée à grands renforts de cuivres, est exaltante à souhait, avec l'intervention de Satchmo himself, je veux parler de Louis Armstrong, qui est tout de même crédité au générique pour une apparition de quelques minutes chrono à l'écran.



 
Il faut aussi parler de la chanson Put On Your Sunday Clothes, qui a connu une seconde carrière en apparaissant de manière assez décalée dans Wall-E. Une manière de rendre hommage à un numéro musical qui, même s'il apparaît comme particulièrement daté, reste toujours aussi galvanisant et porté par l'enthousiasme de sa réalisation. La parade new-yorkaise est également un très beau moment, que Streisand commence sur un mode très délicat, où elle évoque comment son passé la rattrape, avant de se laisser emporter dans une fanfare dont l'exubérance et le faste fleurent bon les grandes heures d'Hollywood.
 



 
Donc oui, il y a pas mal de choses à aimer dans ce Hello Dolly, même si cela reste tout de même un sous-produit d'un genre qui commençait à tomber en désuétude. Contrairement à pas mal de films actuels, qui copient les classiques et se contentent d'appliquer bêtement des recettes, le film de Gene Kelly possède tout de même, quelque part, une sincérité, un cœur et un savoir-faire indéniables. Bien entendu, le film n'est pas exempt de défauts, loin de là, mais ce qu'il perd en originalité, il le gagne en charme et en séduction.




 
Qu'il me soit permis de terminer cette critique sur une note plus personnelle. On ne peut, après tout, pas vraiment dissocier les films du contexte dans lequel on les découvre. Hello Dolly reste pour moi lié au souvenir d'une séance particulière. Le petit gamin de 9 ans que j'étais alors découvrait le cinéma, en compagnie de sa famille, mais surtout de son père, grand amateur de comédies musicales, et hélas parti trop tôt. Sans lui, le Strapontin ne serait sans doute pas ce qu'il est aujourd'hui. Je tenais donc à lui rendre ce petit hommage.
Cette chronique lui est dédiée.


 

 
 
Le Trombinoscope
 
Fox a investi des fortunes dans la production, mais pas dans son casting, puisqu'il est en grande partie constitué d'inconnus. Cela n'empêche pas le film de fonctionner, même si certains seconds rôles sont plutôt moyens. Michael Crawford est un répertoire à grimaces, quant à Danny Lockin, son partenaire, il a tristement défrayé la chronique en se faisant poignarder sauvagement quelques années plus tard. La présence de Louis Armstrong tient plus du clin d’œil que d'autre chose, car le chanteur avait cartonné avec sa propre version de la chanson-titre cinq ans auparavant. Enfin, surprise: petite apparition de Scatman Crothers, une des trognes les plus reconnaissables du cinéma US, au tout début du film.


Barbra Streisand
Walter Matthau    


Michael Crawford
Danny Lockin
Louis Armstrong
Marianne Mc Andrew
E.J. Peaker
Scatman Crothers


Le Blu-Ray

Comme bon nombre de grosses productions de l'époque, Hello Dolly utilisait un format image particulièrement pointu, le Todd-AO. Mieux, il a également été tourné en 70 mm, soit avec une définition et une qualité d'image largement supérieure à ce qui se faisait alors. Très rares étaient les films captés en 70 mm natif, à cause des couts prohibitifs. Du coup, on attendait avec une certaine impatience le transfert HD. Et le fait est que l'image de cette nouvelle édition est particulièrement impressionnante. Le transfert DVD était assez moyen, et il est donc désormais possible de discerner plein de détails jusqu'alors passés à la trappe par une définition pas franchement top. La robe de Dolly aux Harmonia Gardens, la figuration imposante, le luxe des décors et des costumes sont magnifiés par une définition impeccable et des couleurs plus que pimpantes. Par contre, zéro pointé à Fox France, qui n'a même pas daigné sous-titrer les suppléments (une évocation du tournage par la femme de Gene Kelly et un reportage d'époque). Ce n'est franchement pas avec une attitude éditoriale pareille que le blu-ray va parvenir à s'imposer sur le marché.