mercredi 29 novembre 2017

Le Casse

Film d’Henri Verneuil (1971), avec Jean-Paul Belmondo, Omar Sharif, Dyan Cannon, Robert Hossein, Nicole Calfan, etc…

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Quand j’avais 10 ans, Bébel était mon héros, et ce n’est pas sans une pointe de nostalgie que je me souviens de l’époque de la sortie du Casse. Je ne sais plus très bien ce qui avait motivé cet engouement pour notre star nationale, mais tout ce que je peux dire, c’est que j’ai sérieusement empoisonnée la vie de mon entourage avec ce fichu film. Je tiens donc à rendre hommage à la patience de mes parents qui ont mangé du Casse à toutes les sauces, ingurgité la musique de Morricone à hautes doses et ont été obligés d’aller voir le film en salles le soir même de sa sortie. Voilà, c’est dit.


vlcsnap-2017-12-02-23h17m40s8Donc, forcément, à revoir le film aujourd’hui, je m’en veux un peu d’avoir infligé à mes proches un tel bourrage de crâne, et ceci d’autant plus que Le Casse est loin d’être, non pas un chef d’œuvre, encore moins une date dans l’histoire du cinéma. C’est même, il faut bien l’admettre, l’un des moins bons films d’Henri Verneuil. Donc tout ça pour ça. On peut dire que la machine publicitaire avait, à l’époque, parfaitement rempli son rôle en transformant en évènement un polar plutôt banal.




vlcsnap-2017-12-02-23h11m12s233Car on ne peut pas vraiment dire que Le Casse innove particulièrement. Au contraire, il est tout entier organisé autour de sa star, au gré d’un scénario pas vraiment palpitant. Pourtant, Verneuil n’a pas tapé n’importe où. Le film adapte en effet un roman ultra-noir de David Goodis, dont on ne peut pas dire qu’il reste grand’chose dans le produit final. Pratiquement rien, en fait. L’odyssée nihiliste de petits braqueurs minables se transforme en cambriolage hi-tech,assaisonné de poursuites à pied ou en voiture dans les rues d’Athènes.




vlcsnap-2017-12-02-23h18m54s174Dans un sens, Belmondo remplit pleinement son contrat et se donne à fond. On est encore estomaqué par cette cascade invraisemblable qui le voit dévaler une pente vertigineuse au beau milieu de gravats énormes qui le loupent d’un poil. Ca ne sert pas vraiment le film, mais c’est finalement grâce à des moments comme celui-ci que Le Casse s’est bâti sa réputation. Rémy Julienne et son équipe mettent les petits plats dans les grands pour une poursuite en voiture échevelée, dont on sent à chaque instant qu’elle essaie de surpasser ce qui pouvait se faire de mieux à l’époque.




vlcsnap-2017-12-02-23h13m16s170L’intrigue, quant à elle, paraît bien mince. Omar Sharif joue plutôt bien les flics ripoux, même si on ne le sent pas complètement à son aise dans son personnage. Son face-à-face avec la gouaille insolente de Bébel donne les meilleures scènes du film, bien qu’on déplore, là encore, l’absence d’un Audiard au travers de dialogues assez convenus. Le film s’autorise aussi quelques légers dérapages érotiques parfaitement gratuits qui paraissent aujourd’hui particulièrement datés et ridicules. Pas de commentaire sur la prestation gentiment nulle et carrément potiche de Dyan Cannon, dont on se demande encore comment elle a pu faire carrière.



vlcsnap-2017-12-02-23h07m57s56En bout de course, le bilan est donc plutôt mince. Le film assure juste le minimum syndical en matière de scénario, et devient vite un prétexte pour enquiller toute une ribambelle de séquences d’action. La réalisation de Verneuil est carrée mais impersonnelle, elle met parfaitement en valeur les exploits sportifs de son héros, au détriment de la crédibilité d’ensemble. Le Casse finit par ressembler à une énorme bande dessinée, tant tout y est caricatural, en particulier ce cambriolage, le fameux “casse” du titre, dont l’attirail technologique de pointe vous vaudra certainement un bon moment de rigolade. Bien davantage d’ailleurs que les quelques apartés comiques qui tombent, eux, complètement à plat.



Mais bon, il y a des choses qui ne se commandent pas. N’importe quel admirateur de Morricone vous dira que sa musique compte parmi ses plus médiocres, il n’empêche que ses accords marqués au piano, sur fond de générique stylisé à l’américaine, me chatouillent encore l’épine dorsale. Donc même si Le Casse n’est en fait qu’un polar très conventionnel tout à la gloire de notre Bébel national, certains souvenirs ont la vie dure. Il m’est donc difficile d’être complètement objectif au sujet d’un film qui a, à sa manière, compté dans ma vie de cinéphile. Même si, en l’occurrence, les souvenirs qui l’entourent ont davantage de prix que le film lui-même.


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Le Générique

On ne parle pas assez souvent des créateurs de génériques français et c’est injuste. Car même si leur travail n’égale pas celui d’un génie comme Saül Bass, il existe tout de même des artistes qui ont apporté leur touche personnelle à bien des films. Michel François et sa compagnie, fort justement baptisée … les Films Michel François, a ainsi collaboré avec Truffaut, Tati, Verneuil ou Oury. Je peux même dire que ses créations ont fait partie de mon enfance de spectateur. Des créations qui peuvent paraître simples à réaliser à l’heure actuelle, mais qui, à l’époque, nécessitaient un travail monstrueux sur les incrustations, animations et autres effets visuels, qui n’étaient pas encore très en vogue en France.


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Le principe du générique du Casse est simple : une image teintée en rouge sur laquelle se découpe un rond, tel le viseur d’une arme à feu. Ca donne un petit côté James Bond à une ouverture plutôt dépouillée et merveilleusement rythmée par la musique de Morricone. A noter que le générique repend le logo du titre tel qu’il apparaît sur l’affiche, créée par le fameux René Ferracci.


La Version Américaine

vlcsnap-2017-12-01-23h09m44s73Et oui, cela peut paraître surprenant, mais à la fin des années 60, plusieurs films bien de chez nous ont été tournés simultanément en anglais. Attention, pas simplement doublés in english, mais carrément tournés dans la langue de Shakespeare, dans le but de mieux se vendre à l’international. Des films comme La Piscine, Le Clan des Siciliens ou Le Cerveau existent donc dans une version américaine, comme l’explique le documentaliste Jérôme Wybon dans les bonus du récent blu-ray. Et l’un des suppléments les plus intéressants de cette nouvelle édition, c’est justement la présentation de ce montage U.S., qui présente quelques petites différences avec l’original.



vlcsnap-2017-12-03-18h42m47s53D’abord, ce n’est pas Belmondo qui apparaît en premier au générique, mais Omar Sharif. Ensuite, la poursuite de voitures est raccourcie de quelques plans. Enfin, le final dans le silo à grains est monté différemment, et on zappe (à raison) le gag final (raté) avec le poulet. Il est également à noter que notre Bébél national est doublé par un autre comédien, son accent américain n’étant pas suffisamment bon pour les besoins du film (on voit d’ailleurs dans les suppléments un comparatif entre sa vraie voix et la voix doublée).





Le Blu-Ray

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Le Casse était l’un des titres les plus mal servis de la filmo de Belmondo en matière de DVD, avec un transfert pas terrible qui datait de Mathusalem. L’éditeur L’Atelier d’Images a eu la bonne idée de lancer une opération de financement participatif sur internet pour monter son projet. Et le fait est que cela a plutôt bien marché, puisqu’il est parvenu très vite à réunir les fonds pour cette belle édition collector. Sans vouloir faire dans l’avalanche de bonus, Le Casse propose quelques petites raretés, comme un reportage de la télévision belge sur le tournage du film, qui propose de nombreuses images du tournage et des interviews avec Verneuil et ses acteurs.





Il y a également le montage américain du film, ainsi qu’un comparatif entre les deux versions. La cerise sur le gâteau, c’est une interview du chef cascadeur Rémy Julienne, qui revient sur les nombreuses poursuites et les exploits sportifs - parfois insensés - de Belmondo. La qualité de transfert est également au rendez-vous, il y a même, en bonus, une adaptation en B.D. assez curieuse. Bref, voici un éditeur à suivre avec attention et une édition hautement recommandable, même si le film en lui-même l’est beaucoup moins.


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mardi 21 novembre 2017

C’était Demain

(Time After Time)

Film de Nicholas Meyer (1979), avec Malcolm Mc Dowell, David Warner, Mary Steenburgen, Charles Cioffi, Kent Williams, etc…

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Le voyage dans le temps, en soi, c’est un sujet en or. Et pour cause : quand on tient une idée aussi folle, on peut se permettre de se lancer dans des variations aussi infinies que délirantes. On joue avec les paradoxes spatio-temporels ou avec des situations qui sont connues de tous, tout en leur ajoutant cette petite pincée de “et si…”, qui aurait pu changer le cours de l’Histoire. Ou mieux, on prend deux personnages bien réels et on les balance dans le temps. C’est le postulat malin et carrément génial de ce Time After Time.



vlcsnap-2017-11-27-19h07m50s168Imaginons en effet que H.G.Wells, le célèbre romancier, ait réellement construit la machine à remonter le temps qu’il décrit dans ses romans. Imaginons que parmi ses connaissances se trouve un dangereux meurtrier qui n’est autre que… Jack L’Eventreur. La suite, on la devine aisément : le redoutable criminel trouve le moyen d’utiliser la machine pour fuir à travers le temps et aboutir en… 1979 ! Cette idée d’utiliser des personnages réels dans une intrigue abracadabrante n’est pas nouvelle pour le réalisateur Nicholas Meyer. C’est même la base d’un de ses romans, The Seven Per Cent Solution, qui associait Sherlock Holmes et Sigmund Freud, et qui sera d’ailleurs adapté au cinéma.




vlcsnap-2017-11-27-19h08m14s149L’idée ne viendra pourtant pas de lui, mais d’un admirateur, Karl Alexander, qui, en reprenant le même principe, a écrit son propre roman et demande à Meyer de le lire pour avoir son avis. Si ce dernier n’est pas convaincu du potentiel en tant que livre, il est en revanche certain que cela ferait un excellent film. Il s’attelle donc à la rédaction d’un scénario, qu’il soumet à un de ses amis, Herb Jaffe, qui, ça tombe bien, cherche un projet pas trop cher pour la Warner. Ça y est, Time After Time est sur les rails. Le résultat, on le connaît : c’est l’un des films les plus attachants de ce sous-genre qu’est le voyage dans le temps.




vlcsnap-2017-11-27-19h13m01s230Clairement, compte tenu de ses moyens limités, le film joue la carte du sourire en coin et du charme. H.G. Wells perdu dans le San Francisco des années 80 ressemble à un petit garçon qui découvre avec candeur les merveilles technologiques du monde qui l’entoure. C’est le vieux principe du personnage innocent égaré dans un univers qu’il ne connaît pas, mais qui est ici manié avec tellement d’humour et de délicatesse qu’il fonctionne à merveille. Nicholas Meyer évite l’humour facile et lui préfère des petites touches complices qui ne tournent pas ses héros en ridicule.




vlcsnap-2017-11-27-19h17m53s32C’est dans son attachement aux personnages que Time After Time séduit. L’histoire d’amour, même si elle est improbable, charme tout de même, en grande partie grâce à l’alchimie entre les deux acteurs principaux, Malcolm Mc Dowell et Mary Steenburgen. C’est également un vrai plaisir de découvrir l’acteur dans un registre à l’opposé des rôles de voyous ou de psychopathes dont il s’était fait une spécialité. Mc Dowell apporte innocence et fraîcheur au personnage de H.G. Wells, et c’est d’ailleurs cette volonté de casser son image qui le décidera à accepter le rôle. Plutôt une bonne chose, puisqu’il tombera amoureux de sa partenaire et l’épousera peu de temps après.



vlcsnap-2017-11-27-19h21m28s202Face à lui, David Warner fait des merveilles dans le rôle de Jack L’Eventreur. Comme à son habitude, l’acteur ne fait pas dans le spectaculaire ou dans le démesuré. Il reste au contraire fidèle à son jeu discret et subtil, qui renforce par sa retenue le sentiment de menace que crée le personnage. Le réalisateur non plus n’a pas besoin d’en rajouter: il joue sur la popularité de son anti-héros, le type en quelques plans et suscite l’horreur à partir de petits détails au cours d’une introduction maline (“Mes amis m’appellent Jack”).





vlcsnap-2017-11-27-19h15m19s62Ce qui est par contre encore plus ingénieux, c’est de jouer sur le changement d’époque pour offrir un commentaire sardonique sur la violence. Jack L’Eventreur se trouve en effet parfaitement à sa place dans l’Amérique des années 80. “Vous n’êtes pas allé vers le futur, Herbert, mais vers la préhistoire”, dit-il à Wells en lui montrant un zapping bourré d’images agressives. “Notre place n’est pas ici ? Au contraire, je me sens chez moi”, surenchérit-t’il. “Il y a 90 ans, j’étais un monstre. Aujourd’hui, je suis un amateur”. Difficile de faire plus juste que cette confrontation qui est l’un des grands moments du film. Sans charger le trait, le discours est simple, éloquent et rajoute une dimension supplémentaire très bienvenue.



vlcsnap-2017-11-27-19h34m31s61Mary Steenburgen, dans un de ses premiers rôles, apporte sa fragilité au personnage d’Amy Robbins. Son jeu inhabituel et décalé donne souvent l’impression qu’elle est à moitié bourrée et qu’elle traverse le film sur un nuage. Mais en définitive, cela s’intègre parfaitement au caractère insolite de l’intrigue et renforce l’intensité d’un moment clé de l’histoire. En plus d’avoir une efficacité dramatique imparable pour le spectateur qui a accepté le concept dès le début, il le rend crédible pour l’héroïne, tout en installant un élément de suspense d’autant plus efficace que nous nous sommes attachés à elle.



vlcsnap-2017-11-27-19h06m55s150Le seul petit reproche qu’on pourrait adresser au film réside dans des effets spéciaux pas toujours au top. Certes, à l’époque, on n’en était pas encore aux prodiges numériques actuels, mais la technique avait tout de même fait quelques avancées spectaculaires quelques années auparavant, grâce à Lucas et Spielberg. Il est clair que les trucages sont ici victimes d’un budget hyper-serré, avec des incrustations très cheap où les différents éléments sont immobiles et où on nous ressort de vieux effets de solarisation façon sixties. Cela ne suffit pourtant pas pour mettre le film par terre, preuve que sa force ne réside pas seulement dans son côté fantastique.




vlcsnap-2017-11-27-19h09m16s17Il faut également mentionner l’originalité de l’approche musicale. Au lieu d’utiliser une partition moderne, Nicholas Meyer a eu le culot de faire appel à l’un des meilleurs musiciens de l'âge d’or hollywoodien, Miklos Rozsa. Tout comme Bernard Hermann, le compositeur de Ben-Hur était dans le creux de la vague durant les années 80. Le réalisateur l’imposera donc contre l’avis de la Warner, et sera même obligé de mener campagne pour que sa partition ne soit  pas remplacée. Le résultat est magnifique, le style flamboyant de Rozsa apportant une touche de majesté et de classe tout à fait unique.




Le fameux Festival d’Avoriaz, à l’époque une référence en matière de cinéma fantastique, ne s’y trompera pas et lui décernera son Grand Prix en 1980. Les spectateurs, eux, se feront davantage tirer l’oreille pour suivre. Malgré des avant-premières très prometteuses, le film ne trouvera son public que bien des années plus tard, grâce à la vidéo. Au point qu’un réalisateur comme Robert Zemeckis lui rendra un bel hommage indirect en reprenant l’actrice Mary Steenburgen pour une autre histoire de voyage dans le temps, le dernier volet de la trilogie de Retour Vers Le Futur. Un joli témoignage de l’efficacité et du charme de ce petit classique, qui est à sa manière devenu intemporel !


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Le retour du Bouclier

Time After Time est le premier film à avoir réutilisé le vieux logo de la Warner, plus connu dans l’industrie sous le nom du “bouclier” ('”the shield”). Auparavant, le sigle avait connu plusieurs déclinaisons, plus ou moins stylisées. C’est le réalisateur Nicholas Meyer qui insista pour le remettre sur le devant de la scène, tel qu’il était dans les années 40, avec sa signature musicale, due au compositeur Max Steiner. Une idée plutôt judicieuse, puisque ce logo est toujours utilisé de nos jours, même s’il a été un petit peu modernisé depuis.


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Mini-Trombi

Dans la distribution, on reconnaîtra Corey Feldman, qui fera une belle carrière pendant les années 80 dans des rôles d’ado. On a pu notamment le voir chez Joe Dante (Gremlins, The Burbs) mais également dans Les Goonies. C’est sa première apparition à l’écran.


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On note également la présence de Patti d’Arbanville dans le rôle de la collègue d’Amy. Les cinquantenaires de ma génération se souviendront plutôt d’elle comme la “Lady d’Arbanville” de la chanson de Cat Stevens.


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Les Effets Spéciaux

Comme nous l’avons dit, ils ne sont pas bien fameux, conséquence d’un budget tout riquiqui. Ils ont été supervisés par Richard Taylor, un designer qui travaillera essentiellement dans le domaine du jeu vidéo, mais participera tout de même à certaines grosses productions, comme Tron ou le premier film de la saga Star Trek. A ne pas confondre avec son homologue néo-zélandais, qui a fondé le studio Weta Workshop.


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Les effets visuels de Time After Time sont réduits à leur plus simple expression. Les apparitions/disparitions de la machine à remonter le temps sont généralement des images fixes sur lesquelles ont été apposés des effets de lumière animés à la main (eh oui, nous étions en 1979!). Si le trucage en soi n’est pas foncièrement mauvais, il est trahi par le fait que les personnages s’immobilisent dès que l’effet commence. A l’époque, les caméras pilotées par ordinateur avaient déjà fait leur apparition, et les collages du film apparaissent comme particulièrement cheap.


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La deuxième partie du voyage dans le temps est composée quand à elle d’effets vidéo, accompagnée d’extraits sonores qui permettent de dater les différentes époques. On y retrouve donc pêle-mêle Neil Armstrong, John Kennedy, Jimi Hendrix… Un moyen habile de détourner l’attention du spectateur de trucages assez moyens.


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La Musique

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A priori, quoi de plus surprenant que de retrouver le compositeur de Ben-Hur dans un film sur le voyage dans le temps ? C’est pourtant le pari un peu fou du réalisateur Nicholas Meyer. Miklos Rozsa, comme beaucoup de compositeurs de l’Age d’Or hollywoodien, n’était pas très demandé dans les années 80. Le metteur en scène insistera pourtant auprès de la Warner pour l’obtenir.




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Mieux, lorsque les grands pontes de la compagnie commenceront à avoir des doutes sur la musique et menaceront de la remplacer par une B.O. davantage dans l’air du temps, il publiera une page de pub dans les journaux de la profession pour attirer l’attention des critiques sur la partition. Résultat garanti : La Warner abandonnera son idée et ne touchera pas à la musique de Rozsa.


Du coup, sur disque, la musique de Time After Time sera plutôt bien traitée, bien mieux que certaines œuvres de la même époque. La partition est réenregistrée à Londres par le compositeur et paraît sur le label Entracte. En 2009, c’est Film Score Monthly qui entreprend de publier l’intégrale, en utilisant les bandes originales. Le CD, tiré à 3000 exemplaires, est malheureusement devenu très vite une pièce de collection et se trouve très difficilement à l’heure actuelle.

vendredi 18 août 2017

Alien Covenant

Film de Ridley Scott (2017), avec Katherine Waterston, Michael Fassbender, Danny Mc Bride, Billy Crudup, Demian Bichir, etc…

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Et c'est reparti pour un tour ! Non content d'avoir déçu les fans avec un Prometheus moins que convaincant, Ridley Scott remet le couvert pour un nouvel opus. C'est à se demander si le réalisateur, pourtant connu pour son éclectisme, ne traverse pas actuellement un gros passage à vide pour être obligé de se replonger ainsi dans l'univers qui a fait sa renommée. Pourtant, rares sont les occasions où les grands classiques du 7ème Art sont revisités des années après par leur créateur. Même si l’idée est séduisante, elle induit forcément une certaine déception.



vlcsnap-2017-08-27-18h14m15s71Car comme nous l’avions dit dans la critique de Prometheus, entre temps, beaucoup de choses ont changé, à commencer par l’approche du réalisateur. Là où le premier film le laissait apparaître comme un artiste très visuel, donnant une place prépondérante à l’esthétique de ses films, Scott a vite renié cette approche arty pour un cinéma très diversifié, mais pas franchement personnel. Du film de guerre au péplum, il a revisité tous les genres avec plus ou moins de bonheur, mais sans réellement apporter ce petit quelque chose de plus qui avait fait de Alien ou de Blade Runner des films uniques, quasiment des chefs d’œuvre dans leur catégorie.



vlcsnap-2017-08-27-20h04m26s157Mais la Fox poussant à la roue, il a bien fallu prolonger cette franchise au mieux, ce qui a donné des films très disparates et pas toujours complètement réussis. Et bien évidemment, Ridley Scott s’est mis sur les rangs pour apporter sa pierre à l’édifice. Après tout, quoi de plus normal ? Sauf que le style, ce style unique qui faisait le prix du premier film n’est plus là. A la place, une intrigue tarabiscotée, des personnages inintéressants et des péripéties pas vraiment renversantes. Pas de peur et encore moins d’angoisse, bref rien de ce qui faisait toute la singularité du film original.




vlcsnap-2017-08-27-19h58m32s190C’était déjà le bilan qu’on pouvait tirer de Prometheus. Entre temps, Ridley Scott, prétendument à l’écoute des fans, faisait son mea culpa et promettait du coup une nouvelle suite, plus fidèle au concept original. Oui, on verrait des aliens comme avant, et le film ferait la jonction entre le film précédent et le reste de la saga. Vous me suivez ? Bref, à tous les déçus du petit dernier, on promettait monts et merveilles, un truc plus “dans l’esprit” de la série, l’argument mastoc pour faire revenir le chaland dans les salles. Tout ça pour ça, a-t’on envie de dire en fin de course.




vlcsnap-2017-08-27-18h10m34s171Car en définitive, on prend la même trame et on recommence. Sauf que quand même, l’alien, le vrai, est de retour, ainsi que toutes les gentilles bestioles qui ont fait la renommée de la franchise, les œufs tout visqueux, les face huggers (si vous ne savez pas ce que c’est, vous n’êtes pas un vrai fan!)Et puis vu que le précédent était un peu light sur l’horreur, celui-là en rajoute une bonne louche histoire de contenter tout le monde. Ah si ! Surprise, le mode de contamination a été revu et corrigé : il est aujourd’hui possible d’être infecté par un alien aussi facilement qu’on attrape un rhume ! Si, si, je vous jure, parole de Strapontin !



vlcsnap-2017-08-27-19h53m24s193Bon allez, ne soyons pas trop méchants, il y a quelques bonnes choses dans tout ça. En particulier, le fait de montrer les responsables de la mission comme faillibles et humains. Un peu trop, même. Le capitaine, joué (plutôt bien) par Billy Crudup, ne possède carrément pas la stature d’un meneur d’hommes. On le croirait presque dépressif ou au bord de la crise de nerfs. C’est un peu too much mais ça crédibilise un personnage qui s’est retrouvé là par la force des choses et qui ne sait définitivement pas prendre les bonnes décisions.




vlcsnap-2017-08-27-20h02m40s111C’est grosso modo la même semoule avec l’héroïne : plus de nana forte façon Sigourney Weaver, mais un petit bout de femme avec une sensibilité à fleur de peau. Scott revisite donc l’inspiration de ses personnages, mais ça n’est pas pour autant qu’il nous intéresse à eux. Tout comme dans Prometheus, on n’accroche pas particulièrement à l’un ou l’autre, on devient donc très vite indifférent à leur sort. Là où en 1979, il arrivait à typer l’équipage du Nostromo en quelques scènes, il donne ici l’impression de dérouler une galerie de protagonistes dont on se contrefiche.




vlcsnap-2017-08-27-18h02m11s243En fait, il apparaît très vite que le seul personnage qui intéresse vraiment Ridley Scott dans tout ça, c’est le robot. Le seul problème, c’est que des films sur des androïdes et l’intelligence artificielle, on s’en est déjà cogné une bonne flopée. Scott a même mis la barre assez haut dans le genre avec son Blade Runner. Donc si le réalisateur ne propose pas une méditation particulièrement chiadée sur le sujet, autant dire que, malgré l’interprétation sans faille de Michael Fassbender, tout cela est un peu vain et hors-sujet. On est venu voir de l’alien, et en fait, on dérive vers tout autre chose, une intrigue alambiquée à base de mutations génétiques. Bref on est a côté de la plaque.



vlcsnap-2017-08-27-18h08m50s108Ce ne serait pas gênant si on retrouvait dans Alien Covenant un petit peu de ce qui faisait le film original, mais là encore, on est loin du compte. Ni claustrophobique, ni angoissant, ce nouvel opus oublie consciencieusement tous les ingrédients qui ont fait le succès du premier épisode, ce sentiment d’isolation dans un monde inconnu, cette suggestion qui renforçait l’angoisse. Scott a même le culot d’y recycler des extraits de la partition musicale qu’il avait pourtant rejetée en 1979. Complètement inadaptée dans ce cas précis, elle ne fait que souligner la profonde médiocrité du reste de la musique.




Si on pouvait avoir quelques espoirs quant à l’avenir de la saga, cet Alien Covenant les douche brillamment. Ce n’est pas à proprement parler un mauvais film, c’est juste un produit de série, ni pire ni meilleur que les gros blockbusters qui défilent sur nos écrans. Il semble pourtant que Ridley Scott envisage une nouvelle suite. On de demande bien pourquoi. À part rabâcher des situations déjà vues, on voit mal ce qu'elle pourra apporter de neuf à une franchise en bout de course qui renie ici tout ce qui a pu faire son originalité.



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jeudi 17 août 2017

The Circle

Film de James Ponsoldt (2017), avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Bill Paxton, etc…

 

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Sur le papier, The Circle avait tout bon : un sujet en prise avec l’actualité, qui parle à tout le monde, un casting top moumoute. Ce n’était apparemment pas suffisant pour faire un bon film. Et c’est bien dommage, car l’intrigue ouvrait la porte à des développements fascinants. Pensez un peu, les réseaux sociaux, ces must de notre génération, dont tout un chacun ne sait pas toujours s’il faut les utiliser ou les fuir, et qui finissent par effacer la frontière entre vie privée et sphère publique. En plus, c’était aussi l’occasion de découvrir Emma Watson autre part que dans la sphère Harry Potter. Bref, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas la matière !

 

vlcsnap-2017-08-17-14h14m57s432Et d’ailleurs, The Circle nous met un peu dans le même état d’esprit que son héroïne. Après un début qui patine un peu, les premiers pas dans ce monde numérique sont mis en scène de manière attrayante. On a droit aux inévitables pop-ups qui envahissent l’image à tout bout de champ, et qui semblent être devenus des éléments visuels incontournables dès qu’on parle de numérique. C’est pas nouveau nouveau, mais ça fonctionne. Qui plus est, le film bénéficie d’une musique électro-bizarroïde, très efficace et plutôt surprenante de la part d’un Danny Elfman qui renouvelle intelligemment son style.

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h02m11s159Quand on entre dans le vif du sujet, par contre, les choses se gâtent et le film sort ses gros sabots. Le “circle” du titre n’est en effet ni plus ni moins qu’un réseau social de plus, qui a pour objectif d’exercer une surveillance en temps réel grâce à des mini-caméras disposées un petit peu partout. Le film reste plutôt bien dans les clous quand il évoque les effets pervers de ce genre de communication, où un individu peut se retrouver au ban de la société parce qu’il aura été jugé d’une certaine manière.

 

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h09m57s383Par contre, lorsque le réseau envisage comme expérience ultime de donner en pâture la vie de l’héroïne aux internautes, on a vite compris où The Circle voulait en venir. L’approche n’est pas d’une finesse exemplaire, et il faut un accident bien traumatisant (et un rien ridicule dans son déroulé) pour que la brave Emma Watson prenne conscience qu’elle bosse pour une filiale de Big Brother. Ceci dit, ce n’est certainement pas en jouant sur la carte du voyeurisme qu’on fait avancer le débat. Les zones un peu limite sur les réseaux sociaux, ce n’est pas ce qui manque et il n’est pas certain que choisir une dérive grosse comme une maison apporte grand chose au débat.

 

 

vlcsnap-2017-08-17-14h17m46s868De ce fait, The Circle tourne très vite en rond (oui, je sais, elle était facile, mais si tentante !) et ce ne sont certainement pas les talents de comédienne de miss Watson qui vont donner le change. Elle était bien meilleure dans le très sympa Monde de Charlie. Ici, c’est un festival plutôt agaçant de mimiques faciales façon Hermione. Tom Hanks s’en sort plutôt bien, comme d’habitude, et si son personnage à la Steve Jobs n’a rien de transcendant, au moins a t’on droit à la fameuse “minute Hanks”, où sa prestation s’élève au-dessus de la moyenne. Il faut également mentionner Bill Paxton. Son personnage de père handicapé est d’autant plus touchant que ce fût son dernier film (il lui est d’ailleurs dédié).

 

 

Donc le film sur les réseaux sociaux, le vrai, reste encore à faire. The Circle, sous ses dehors irrésistiblement mode, se cantonne à proposer une vision simpliste du débat et enquille des péripéties tellement énormes qu’on les sent taillées sur mesure pour un public ado. Diable, le film n’allait pas en plus se tirer une balle dans le pied en dézinguant des univers virtuels dans lesquels son cœur de cible passe des heures ! Il n’était peut-être pas utile d’embringuer des acteurs de renom pour un résultat aussi fade et dispensable.

 

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mercredi 28 juin 2017

LaLaLand

Film de Damien Chazelle (2016), avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, Sonoya Mizuno, Rosemarie DeWitt, etc…

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Je sais pas vous mais moi j'en ai bouffé, du LaLaLand en ce début d'année. Et que la critique en tartine un max sur les formidables qualités du film, et que les nominations à l'Oscar pleuvent littéralement (14 en tout, un record !) et que, bien évidemment, il rafle dans la foulée 6 statuettes, presque 7 s'il n'y avait pas eu cette bourde monumentale qui l'avait donné lauréat du meilleur film à la place de Moonlight. Bref, pour tout spectateur normalement constitué, et à moins d’émigrer sur Mars, c'était carrément l'overdose, la hype dans tout ce qu'elle a de plus gonflante et qui faisait de ce LaLaLand le film à fuir. 


vlcsnap-2017-05-31-22h15m50s61C'était d'autant plus bêta que j'avais plutôt bien aimé le précédent film de Damien Chapelle, Whiplash (dont le Strapontin vous parle d'ailleurs ici). Parmi ses nombreuses qualités, j'avais été impressionné par la manière dont le réalisateur faisait vivre la musique, qui était un élément essentiel de l'intrigue. Donc forcément, à l'annonce d'une comédie musicale, on en salivait d'avance. Un enthousiasme pourtant un peu douché par une bande-annonce plutôt quelconque, qui ne faisait pas franchement envie. Alors que tout le monde applaudissait le grand retour de la comédie musicale, on n'était pas franchement convaincu ni emballé.




vlcsnap-2017-05-31-22h28m51s0Mais bon, il faut toujours lutter contre ses aprioris, on a donc testé LaLaLand à froid. Déjà, ça commence plutôt mal avec un numéro musical pendant un embouteillage. La chorégraphie est sympathique, les comédiens s'en donnent à cœur joie... un seul souci, mais de taille : la musique ne suit pas. Aucune mélodie n'accroche vraiment l'oreille ni ne reste en tête, un peu gênant quand on voudrait révolutionner le genre, car l'intendance a du mal à suivre. C'est d'autant plus dommage que la mise en scène de Chazelle est habile et colorée, avec des décors pastel et des couleurs qui pètent mais sans faire dans le mauvais goût et des plans-séquences de malade propres à faire fantasmer les geeks cinéphiles.




vlcsnap-2017-05-31-22h14m00s223C'est en définitive davantage l'alchimie entre les deux interprètes principaux qui emballe l'affaire. Ca et une peinture très bien vue du monde des petits comédiens, qui galèrent dans l'attente de l'audition de leur vie. Il y a d'ailleurs une très belle scène au cours de laquelle Emma Stone se donne à fond au cours d'une audition, jusqu'à nous émouvoir jusqu'aux larmes... alors qu'en face d'elle, la responsable de casting n'en a pas grand chose a battre. Un joli moment qui questionne, un peu comme dans Whiplash, la notion de talent et la manière dont il est il est exploité. Donc, même s'il ne nous charme pas forcément par son aspect musical, LaLaLand sait le faire par d’autres moyens.




vlcsnap-2017-05-31-22h22m21s92Mais alors, vous allez me dire, qu’est-ce que c’est que ce film qu’on nous vend comme la comédie musicale ultime et qui n’assure même pas un cachou dans ce registre ? Patience, jeune padawan, on y vient. En fait, le charme de LaLaLand prend son temps pour agir et surprend plus d’une fois en nous faisant de l’œil là où on ne l’attend pas. Et petit à petit, le versant musical du film s’impose avec délicatesse, sans avoir l’air d’y toucher, l’espace de quelques formidables séquences, bourrées de poésie, comme celle du planétarium. Ailleurs, c’est un duo au piano entre les deux interprètes principaux qui fait naître l’émotion. Avec, toujours, ce talent que possède Chazelle pour faire de la musique non pas un simple accompagnement, mais une partie intégrante de l’histoire des personnages.




vlcsnap-2017-05-31-22h29m20s176Difficile, donc, de ne pas succomber lors d’une conclusion magnifique, qui rebat les cartes et change radicalement notre perception du film. Davantage qu’une belle idée de mise en scène, c’est un moment extraordinaire et formidablement émouvant pendant lequel LaLaLand prend son véritable souffle et toute sa signification. C’est dans ce genre d’instant d’exception que le film dépasse son cadre étriqué et nous fait oublier ce que le reste du film peut avoir de convenu et d’ordinaire. Chazelle va alors beaucoup plus loin que le cadre du simple film musical pour s’octroyer une parenthèse formidable aussi bien par sa forme que par son contenu.





vlcsnap-2017-05-31-22h20m31s27Cet épilogue est tellement touchant et juste, mais surtout c’est une si belle idée de cinéma qu’elle transfigure littéralement le film. Si tout le reste avait été du même tonneau, on aurait sans aucun doute tenu le chef d’œuvre que tout le monde a essayé de nous vendre. Malheureusement, tel quel, LaLaLand, malgré ses indéniables qualités, se loupe sur l’essentiel : la musique. Quand on ressort d’une comédie musicale sans aucun air qui vous trotte dans la tête, c’est qu’il y a clairement un problème. Et c’est d’autant plus dommage que Damien Chazelle possède un talent indéniable pour la marier à l’image.





Mais bon, tout cela n’est peut-être aussi qu’une affaire de génération, mais le fait est que sur le plan mélodique, la musique actuelle ressemble davantage à du travail d’arrangeur que de véritable musicien (cela est d’ailleurs souvent vrai en matière de simple partition musicale). Mais cela est un autre débat, qui dépassent le cadre du film. Avec des chansons béton, LaLaLand aurait été un chef d’oeuvre. Là, c’est juste un bon film, traversé par des superbes éclairs d’émotion et d’inventivité. Ce qui n’est déjà pas si mal.


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Le Retour du Cinémascope

Surprise ! A la différence de pratiquement tous les films actuels, qui sont captés en numérique, LaLaLand a été tourné sur pellicule. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il a remis sur le devant de la scène le Cinémascope, un procédé qui n’avait pas été utilisé depuis 1967 (si on excepte le dessin animé Anastasia, qui s’en est servi en 1997). Résultat : un ratio d’image un peu plus large que le scope classique, et, pour ce qui est du support film, un meilleur rendu des couleurs.



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Petit clin d’œil sympathique de fin, le logo “The End”, avec une police reprise des grands classiques des années 50, avec la petite mention “Made in Hollywood, USA” qui va bien.

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