mercredi 18 décembre 2013

Le Hobbit - Un Voyage Inattendu

(The Hobbit - An Unexpected Journey)
Film de Peter Jackson (2013), avec Martin Freeman, Ian Mc Kellen, Richard Armitage, Ken Stott, James Nesbitt, etc...

















Pour être tout à fait franc, au Strapontin on n’est pas vraiment des fans de fantasy. Les hobbits, les orques, les nazguls et compagnie, ça nous passe largement au-dessus. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. A vrai dire, j’ai même lu le livre de Tolkien bien avant que celui-ci ne soit devenu culte, et qu’on ne parle de la fameuse trilogie des anneaux. Et franchement, je dois dire que j’avais bien aimé cet univers fantasmagorique et bourré de créatures extraordinaires.


Puis il y eut Le Seigneur des Anneaux, cette saga dantesque qui fit passer Tolkien à la postérité. Et puis les films de Peter Jackson. Bref, le monde de la Terre du Milieu est devenu un incontournable, une véritable franchise. Il était donc logique d’en remettre une petite couche.  Ce qui était plus surprenant, par contre, c’est d’apprendre que le contenu du livre, somme toute très court, serait étalé sur trois films de près de trois heures chacun. Ce qui faisait la force du livre, c’était justement sa concision. Alors franchement, la perspective de le voir ainsi tartiné jusqu’à plus soif, forcément, ça décourageait un peu.


Et le fait est que la grosse faiblesse de The Hobbit, ce sont ses longueurs. Il n’y a rien à redire sur la direction artistique, les effets spéciaux ou les paysages majestueux de Nouvelle-Zélande. Sur le plan visuel, le film est un vrai régal pour les yeux. La mise en scène de Peter Jackson est énergique à souhait, empilant jusqu’à plus soif les mouvements de caméra impossibles ou les travellings speedés, tout en restant d’une constante lisibilité.


Là où ça coince, c’est qu’en définitive, il ne se passe pas des masses de choses, et le film devient souvent très répétitif dans ses péripéties. Allez hop, voilà nos héros capturés par les orques, allez zou, c’est l’évasion et ça court et ça ferraille dans tous les sens pendant un bon moment. On poireaute pour  les séquences d’action, et quand elles arrivent, elles sont interminables. Virtuoses mais interminables. C’est le péché mignon de Peter Jackson, ce goût pour le too much et l’empilement. Au bout d’un moment, on sature.


A côté de ça, la narration prend tranquillement ses aises. Il faut tout de même près d’une heure de projection montre en mains pour que Gandalf et les nains débarquent chez Bilbo et arrivent à le convaincre de participer à l’aventure. Allez parler de délayage ! De plus, l’univers du film reste somme toute assez limité, donc une fois qu’on a fait le tour de tout le bestiaire du film, il n’y a plus vraiment de surprises. Ah si ! Il y a un magicien avec des lapins de traîneau (vous avez bien lu !) qui vaut le détour !


La réalisation de Peter Jackson est généreuse, c’est un fait.  The Hobbit nous en donne beaucoup, c’est vrai, mais il oublie en chemin que ce qui fait la force d’un film, c’est aussi sa construction, ses temps de repos, sa respiration, son rythme. Tantôt lâche et déséquilibré, tantôt frénétique, le tempo laisse constamment le spectateur sur le bas-côté. Quand il ne se passe rien, on s’ennuie. Quand il se passe quelque chose, on s’ennuie aussi, tellement c’est étiré et interminable.





Autant cela pouvait passer sur une épopée aussi riche que  Le Seigneur des Anneaux, autant ici on a réellement l’impression que Peter Jackson exploite un filon. Avec talent et virtuosité certes, mais sans réelle profondeur. The Hobbit n’est en définitive qu’un beau livre d’images qui remplit sagement son contrat. C’est déjà pas si mal, même si on en attendait beaucoup plus.


dimanche 1 décembre 2013

Stoker

Film de Park Chan-Wook (2013), avec Nicole Kidman, Mia Wasikowska, Mathhew Goode, Dermot Mulroney, Jacki Weaver, etc...
















C’est toujours rafraichissant de découvrir un film qui sort réellement des sentiers battus, a fortiori quand il est rattaché à un genre plutôt pourri de clichés, comme ici le thriller horrifique. Stoker est tellement atypique dans le paysage du cinéma américain actuel. A cela rien d’étonnant, puisqu’il a été réalisé par le metteur en scène nord-coréen Park Chan-Wook, à qui l’on devait déjà le très fort Old Boy.

Sur une trame vue et revue, le réalisateur tisse un film surprenant, plein à craquer d’audaces visuelles et constamment déconcertant. On a certes un peu de mal à rentrer dans le film au début, en particulier à cause de la froideur du personnage principal, India. Mais petit à petit, une sorte de charme vénéneux finit par agir, au gré de séquences mises en scène avec une adresse et une originalité incroyables. Loin de desservir le film, cette approche crée au contraire un univers très troublant dans lequel le spectateur s’égare avec plaisir.

Le scénario n’est pas très novateur et en simplifiant à l’extrême, on pourrait dire qu’il s’agit d’une variation sur le classique d’Hitchcock, L’Ombre d’un Doute. Mais Stoker se démarque résolument de son modèle, et y intègre des résonances inattendues et sensuelles sur le passage à l’âge adulte ou la transmission du mal. Les premières séquences, si déstabilisantes, prennent alors toute leur signification lors d’une conclusion à la fois attendue et culottée.




Le moins qu’on puisse dire, c’est que Stoker ne laissera personne indifférent. Prototype même du film qu’on adore ou qu’on déteste en bloc, le film de Park Chan-Wook agace, séduit et fascine. Diaboliquement déroutant.



Le Générique:
Film très visuel, Stoker est tout entier centré sur le personnage d'India et son univers intérieur. Le film marque donc le terrain dès son ouverture, avec un générique où les noms se fondent aux images, un peu comme s'ils faisaient partie du paysage mental de l'héroïne. La calligraphie s'adapte aux décors, disparait derrière des objets, s'évanouit et ou s'évapore. Comme personne n'est spécifiquement crédité au générique, on suppose qu'il est l’œuvre de 4th Creative Party, la boîte chargée des effets visuels du film. Une bien belle entrée en matière, en tout cas.

mercredi 20 novembre 2013

The Descent


Film de Noël Marshall (2006); avec Shauna Mc Donald, Natalie Mendoza, MyAnna Buring, Nora-Jane Noone, Saskia Mulder, etc...

















Marrant que personne n'y ait pensé jusqu'à présent. Quel meilleur cadre pour un film d'horreur qu'une grotte ? Vous pouvez y réunir tous les ingrédients indispensables pour foutre les jetons: la claustrophobie, l'obscurité, la perte des repères. Rajoutez quelques bestioles bien voraces, et vous aurez The Descent, un petit film qui l'air de rien, tranquille pépère, se classe allègrement parmi les plus belles  réussites récentes du genre.

C'est toujours rafraichissant quand après s'être payé un nombre incalculable de nanars, on finit par tomber sur le film qui, sans être la perle rare, renouvelle intelligemment le genre. Pourtant, rien de plus balisé en soi que le film d'horreur, avec son ramassis de clichés lourdingues. C’est assez paradoxal, alors que le genre fonctionne sur la surprise, d’y voir ressurgir des scènes obligées, totalement absurdes, dans lesquelles les personnages, pourtant en situation de danger, font tout pour se faire dessouder à la première occasion.

Rien de tout ça dans The Descent qui, au départ, se définit plus comme un survival movie. L’argument est simple : un groupe de copines part en randonnée spéléologique dans une grotte inexplorée et y rencontre des monstres sanguinaires. Point barre. Noël Marshall, le réalisateur, se recommande de Délivrance, et on retrouve effectivement beaucoup du film de Boorman dans la première partie: les rapports tendus entre les personnages, leur égarement dans un cadre pourtant censé leur être familier, puis un accident bien gore (avec fracture ouverte, miam, miam!). La tension est présente dès les premières minutes et ne se relâche pas.

Marshall entretient l'ambiance avec un cadre claustrophobique, fait de tunnels exigus dans lesquels les héroïnes ont à peine la place de ramper. De même, au risque d'être parfois illisible, la photographie n’utilise que les sources d'éclairage existantes. Le challenge de la mise en place est brillamment tenu jusqu'à ce que le film endosse pleinement son statut de film d'horreur. Là, le réalisateur joue la carte du less is more, préférant la suggestion à l'horreur et ne montrant que des bribes de ses monstres. 

Sa mise en scène sait pourtant faire naitre la terreur à l'aide de petits détails d'une crudité extrême, qui ne versent pourtant jamais dans le gore facile ou l'étalage de tripaille. Sur la fin, l'itinéraire de l'héroïne prend des allures primitives, et The Descent ose aller jusqu'au bout de son propos, avec une fin tellement déstabilisante et radicale qu'elle sera remaniée pour le public US.

Alors c'est vrai que le film a ses faiblesses, principalement au niveau de l'interprétation qui est parfois un peu juste. En même temps, c'est un défaut un peu récurrent dans ce type de film. Mais s'il est moins dérangeant dans un nanar qui se vautre dans les clichés, il peut devenir gênant, comme ici, lorsque la réalisation est plus rigoureuse. Les personnages sont peu développés, c'est la loi du genre, mais il est clair que le film aurait gagné énormément si cet aspect avait été creusé davantage (sans mauvais jeu de mots).




Quoi qu'il en soit, même avec ses défauts, The Descent reste un beau spécimen de film d'horreur efficace et réussi. Si vous êtes fatigués des clichés usés du genre et que vous êtes prêt pour une randonnée flippante, saisissez la corde et descendez dans la grotte, vous ne le regretterez pas.

mercredi 13 novembre 2013

The Town

Film de Ben Affleck (2012), avec Ben Affleck, Jon Hamm, Rebecca Hall, Jeremy Renner, Pete Postlewhaite, etc...

















 
 
 
 
 
Il n'y a pas si longtemps, quand on parlait de Ben Affleck, ça faisait rigoler. Le beau gosse de Pearl Harbor, ses frasques avec JLo, sa filmo pas franchement flambante (encore que certains se sont moins bien démerdés que lui), ça faisait pas mal de casserolles quand même. Mais ça, c'était avant ! Et puis il y a eu la révélation Gone Baby Gone, et la preuve que l'acteur ne se débrouillait pas si mal que ça derrière la caméra. Avec The Town, Affleck passe haut la main l'épreuve du second film et nous livre une belle réussite.
 
 
 
S'il est un genre ultra-balisé, c'est bien le "film de braquage", avec ses figures imposées et ses personnages stéréotypés. A priori, donc, un genre dans lequel il semble difficile d'innover. L'une des grandes surprises de The Town, c'est justement la manière dont il en réinvente les différents éléments et se les approprie pour créer une sorte de patchwork qui emprunte à plusieurs domaines sans vraiment se classer dans un en particulier.
 
 
 
 
 
 
Commencé sur les chapeaux de roues par une séquence de casse assez scotchante, The Town nous place recta du côté des bad guys. A la suite du cambriolage, ils doivent s'assurer qu'une employée, Claire ne les a pas identifiés. Doug (Ben Affleck) sera donc chargé de la surveiller afin de s'assurer qu'elle ne balance pas tout au FBI. The Town bifurque donc vers une histoire d'amour atypique et fragile, qui doit beaucoup à la performance discrète et mesurée de Rebecca Hall.
 
 
 
 
 
Ce qui surprend dans The Town, c'est l'attention prêtée aux petits moments, aux émotions parfois fragiles, et ceci d'autant plus qu'ils s'intègrent dans une intrigue très riche. Le début du film, les premiers pas de Claire après le braquage, prendra toute sa signification un peu plus tard, lorsqu'elle expliquera à Doug ce qu'elle a éprouvé. Se tisse entre les deux personnages une relation étrange, dans laquelle le public décrypte le moindre double sens, dans l'appréhension de la découverte de la vérité. C'est fait avec beaucoup de finesse et sans le moindre sentimentalisme.
 
 
 
 
 
Parallèlement, le film est aussi une épopée criminelle qui emprunte à pas mal de modèles, comme Les Affranchis ou Heat. On passera sur le fait qu'Affleck se réserve le rôle un peu stéréotypé du brigand au grand cœur, c'est la seule petite concession du film car pour le reste, The Town devient carrément une saga, dans laquelle les différents cambriolages ne sont qu'une pièce de l'ensemble au lieu de constituer l'essentiel du spectacle. Affleck fait vivre non seulement ses personnages, mais également leur passé, sans pour autant que cela paraisse fabriqué et artificiel. Au contraire, il se donne le temps de les décrire (et plus encore dans la version longue) et de les faire évoluer, ce qui renforce ensuite tout le versant "thriller" de son film.
 
 
 
La mise en scène est simple et dépouillée, sans effets inutiles. Elle sait être nerveuse sans être illisible, comme avec la formidable séquence de poursuite dans les rues étroites de Boston. On sent quelque part une véritable décontraction dans la manière dont Affleck boucle les scènes à faire, tant il appuie tout le reste du film sur un matériau humain et dramatique à la fois solide et passionnant. Nul besoin d'ajouter que les acteurs sont toutes et tous excellents dans des registres très différents.
 
 
 
The Town, c'est un peu l'aboutissement d'un style dont Gone Baby Gone était le brouillon. Plus étoffé dans la description de ses personnages, plus efficace dans l'action, c'est un bond en avant exponentiel qui place d'emblée Affleck parmi les réalisateurs à suivre. Depuis, le réalisateur a délaissé le genre et prouvé avec Argo qu'il savait se diversifier. A la fois thriller, polar, histoire d'amour, voilà bien une franche réussite qui fait plaisir à voir et qui contentera aussi bien le spectateur du samedi soir que le cinéphile averti. .

 
 
 
 
Le Trombinoscope
Les acteurs sont bien évidemment essentiels dans The Town, et sont pour beaucoup dans la crédibilité du film. On a dit plus haut tout le bien qu'on pensait de Rebecca Hall, qu'on avait découverte (entre autres) dans Le Prestige, mais il faut également saluer la performance de Jeremy Renner, qui après sa prestation remarquée dans Démineurs ou le dernier Mission Impossible, trouve ici un rôle à sa mesure. Son personnage est une véritable bombe à retardement, qu'on sent prête à exploser à tout moment. Et puis enfin il y a la présence de "tronches" comme Pete Postlethwaite et Chris Cooper.


 
Ben Affleck
Rebecca Hall
Jeremy Renner
John Hamm
Titus Welliver
Blake Lively
Slaine
Pete Postlethwaite
Chris Cooper
 

La Version Longue
Le moins qu'on puisse dire, c'est que The Town a inspiré Ben Affleck. En effet, lorsqu'il soumet son premier montage à la Warner, le film fait 4 heures ! Beaucoup trop long pour les distributeurs, qui estiment qu'il ne trouvera pas son public avec une durée pareille. Second montage: le réalisateur livre une version de 2 h 50. Encore trop long: on lui demande de revoir sa copie une fois de plus, en se limitant à une durée d'un peu plus de deux heures (au-delà de cette limite, les exploitants de salle perdent une séance par jour, donc manque à gagner). La troisième version sera le montage proposé au cinéma. L'extended cut, avec ses 40 minutes de plus, sera, elle, proposée sur le blu-ray du film. Si The Town fonctionne remarquablement dans son montage distribué en salles, la version longue apporte un plus indéniable: les personnages y sont plus étoffés, et le film prend sa véritable dimension de saga criminelle, avec parfois quelques scènes surprenantes, comme celle où Doug rend visite à une des victimes du braquage à l’hôpital. Un peu dommage que cette version ne soit réservée qu'au marché blu-ray (logique commerciale, quand tu nous tiens!), car elle mériterait vraiment d'être aussi largement diffusée que le montage "officiel".