lundi 30 mai 2016

The Walk

Film de Robert Zemeckis (2015), avec Joseph Gordon-Levitt, Charlotte LeBon, Clément Sibony, Ben Kingsley, James Badge Dale, etc…

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Allez, c’est reparti, encore un biopic ! C’est marrant cette fascination actuelle du cinéma américain pour l’histoire vraie, le scénario “inspiré de faits réels”. On joue à la fois la carte de la nostalgie et celle de l’aventure plus grande que nature. D’abord parce que ces films se déroulent bien souvent dans les années 70, ce qui permet aux vieux briscards dans mon genre de se prendre une bonne bouffée de souvenirs, avec pour faire bonne mesure, une bande-son qui fait la part belle aux tubes de l’époque. Ah, y’a pas à dire, c’était mieux avant !



 

vlcsnap-2016-05-24-19h27m12s215L’originalité de The Walk, c’est avant tout ce qu’il s’attache à décrire, à savoir l’exploit du funambuliste Philippe Petit, qui, en 1974, a tendu un fil entre les tours du World Trade Center et effectué la traversée. Un sujet tellement fascinant qu’il a donné naissance à l’excellent documentaire Le Funambule (Man On A Wire) de James Marsh, d’ailleurs récompensé par un Oscar. Un pari carrément fou, sans réelle justification si ce n’est celle d’offrir à l’homme de la rue un spectacle unique en son genre.



 


vlcsnap-2016-05-23-23h19m06s78C’est donc un projet particulièrement atypique, limite casse-gueule dans le paysage hollywoodien actuel, où il est davantage question de grosses machines à effets spéciaux avec des super-héros qui se mettent sur la gueule. The Walk surprend par son concept, complètement en rupture avec les standards actuels. C’est la célébration de l’originalité, de l’exploit gratuit, injustifié, qui n’existe que pour en mettre plein la vue. L’idée en elle-même est folle, vertigineuse, et provoque inmanquablement la curiosité, en particulier à cause de son cadre. Et l’une des plus belles qualités du film, c’est aussi de rendre, à sa façon, un magnifique hommage aux Twin Towers.



vlcsnap-2016-05-24-20h11m06s222Tout comme le héros du film, j’ai toujours été fasciné par le World Trade Center, et pas seulement à cause du 11 septembre. Il fallait avoir visité les tours pour se faire une idée de leur gigantisme et de leur démesure, ce que j’ai eu la chance de pouvoir faire il y a une vingtaine d’années. The Walk réussit l’exploit de faire revivre ces sensations, au travers d’une reconstitution plus vraie que nature, réellement saisissante de réalisme. Il dresse le décor d’une manière tellement méticuleuse que chaque image témoigne d’un profond respect pour ce lieu qui est devenu malgré lui un symbole américain. C’est donc un sacré exploit technique, mais jamais gratuit ni tape à l’oeil.



vlcsnap-2016-05-24-19h31m13s128On est d’abord un peu surpris de retrouver Robert Zemeckis à la tête d’un tel projet. Le réalisateur à succès de Retour Vers le Futur et de Forrest Gump a, en même temps, mené une carrière plutôt cahotique dans laquelle l’excellent cotoyait aussi le beaucoup moins bon. Pas mal d’expérimentations pas toujours très réussies avec la motion capture, il nous avait laissé sur un Flight plutôt surprenant même s’il n’était pas complètement abouti. Dans chacun de ses films, il y a en tout cas une passion du challenge technique, du pari visuel, bref exactement ce qu’il fallait à The Walk.




vlcsnap-2016-05-23-23h16m54s25Car une grande partie du plaisir qu’on prend au film tient surtout dans son respect des codes – pour ne pas dire des clichés – du cinéma hollywoodien. Paris vu par Zemeckis, c’est inévitablement ringard et souvent risible, tout comme le personnage de Papa Rudy, joué par un Ben Kingsley qui en fait des caisses dans le rôle de l’inévitable mentor pas commode mais qui a quand même un coeur d’or. De même, le réalisateur ne cherche pas à glorifier son personnage principal, et le Philippe Petit qu’il décrit est rigoureusement fidèle à ce qu’on en connait, avec tous ses côtés agacants et prétentieux, ses pétages de plombs récurrents et ses trips d’illuminé.




vlcsnap-2016-05-24-19h21m47s76C’est d’autant plus risqué que The Walk prend le parti d’en faire le narrateur de l’histoire, et cela empêchera certainement bon nombre de spectateurs de rentrer dans le film, malgré le jeu de Joseph Gordon-Levitt, qui est ici fidèle à ce qu’on pouvait en attendre. Zemeckis court-circuite constamment le côté bien réel de la narration par des partis-pris de mise en scène qui ramènent constamment le film sur le terrain du spectacle pur et simple. Ainsi, toute la préparation du coup est-elle décrite comme dans un film de casse, et menée sur un rythme infaillible. A l’identique, tous les préparatifs au sommet de la tour s’enrichissent de petits moments de suspense parfaitement réglés, et dans lesquels on retrouve le talent et l’habileté du réalisateur.



vlcsnap-2016-05-24-20h07m18s220Le clou du film est bien entendu la traversée proprement dite, qui tire intelligemment parti de l'utilisation de la 3D. Mieux, ce temps fort s'enrichit d'une dimension poétique tout à fait unique, qui montre combien Zemeckis a su comprendre toute la signification de l'exploit de Philippe Petit. La voix off, qui pourra paraître un artifice pour certains, est alors essentielle pour nous faire ressentir tout le bouillonnement intérieur de l'artiste, mais aussi son appréhension et sa peur, bref toutes les émotions contradictoires qui ont pu accompagner cet incroyable événement. En ce sens, le réalisateur ne s'est pas contenté de décrire un exploit, il a aussi compris et sû transmettre tout ce qui le constitue, ce qui n'est pas un mince exploit.



Le résultat, c’est un film maladroit, imparfait, mais indéniablement sincère dans sa démarche. Robert Zemeckis va beaucoup plus loin que l’illustration pure et simple pour nous livrer une méditation sur le spectacle et ceux qui le font vivre. Au-delà de son côté sensationnel, il capte avec beaucoup de sensibilité et d’acuité la démarche artistique elle-même, dans tout ce qu’elle peut avoir d’excessif et de démesuré. Avec, en filigrane, l’évocation discrète et respectueuse des Twin Towers, qui deviennent à elles seules un personnage à part entière. Sorti à la va-vite, ce film atypique et étonnant n’a pas trouvé son public en salles. A vous de lui redonner une seconde chance en vidéo. Il la mérite amplement.


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Le Trombinoscope

Pour pouvoir être fidèle à l'histoire originale, The Walk se devait d'utiliser en grande partie des acteurs français. Le choix de Robert Zemeckis s'est donc porté sur des visages peu connus. Charlotte LeBon, après ses débuts télévisuels sur Canal, semble avoir bien négocié son passage sur le grand écran, et parmi les autres acteurs, la plupart a surtout fait de la télévision. Seul James Badge Dale (ancien de la série 24) a pas mal tourné pour le cinéma. On a pu notamment le voir dans Les Infiltrés, Flight et World War Z.


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Les Effets Spéciaux

Avec Robert Zemeckis aux commandes, on pouvait se douter que The Walk en imposerait forcément au niveau des effets spéciaux. Après tout, le réalisateur n’a jamais eu peur des challenges techniques : souvenez-vous de cet incroyable puzzle visuel qu’était Roger Rabbit, qu’il avait dirigé à une époque où on ne disposait pas encore des moyens informatiques actuels. Mieux, c’est l’un des rares metteurs en scène à savoir utiliser la technique de manière intelligente et souvent invisible et transparente. Ses films regorgent d’effets indétectables qui bluffent le spectateur sans pour autant attirer l’attention sur eux.


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Bien évidemment, comme dans toutes les productions contemporaines, les effets de The Walk reposent intégralement sur l’utilisation de l’informatique. Avec les puissances de calcul incroyables des stations de travail actuelles, le photoréalisme ne connait pratiquement pas de limites. Il est donc possible de recréer le skyline new-yorkais tel qu’il existait en 1974, en modélisant l’ensemble des batiments.


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Idem pour l’architecture si particulière des Twin Towers, qui a été reconstituée au moindre détail près, comme pour ce plan où la caméra file le lond de la facade de l’immeuble pour monter jusqu’au dernier étage.

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On se doute bien que Joseph Gordon-Levitt n’a pas eu droit à une formation express en funambulisme. Les scènes sur le fil ont donc été réalisées avec une doublure (d’ailleurs française), Jade Kindar-Martin, sur lequel on a superposé le visage de l’acteur, qui avait été scanné sous toutes les coutures pour pouvoir être utilisé sous tous les angles possibles. La technique n’est pas nouvelle, on l’utilisait déjà dans Jurassic Park en 1993.

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C’est moins sexy que du vrai, mais la majorité des scènes a donc été tournée sur fond vert. A la différence de Philippe Petit durant la traversée, Kindar-Martin portait tout de même un harnais de sécurité durant le tournage.


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Même une scène en apparence banale comme celle de l’approche en camionette a aussi été tournée sur fond vert, afin de pouvoir reconstituer de la manière la plus réaliste possible la topographie réelle des lieux.


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Comme sur beaucoup de productions actuelles, le travail sur les effets a été réparti entre plusieurs sociétés. Les deux plus importantes sont Atomic Fiction et Rodéo FX, toutes deux basées au Canada, où a le film a été tourné. Atomic Fiction avait déjà travaillé avec Robert Zemeckis pour Flight, mais a aussi assuré certains effets de Star Trek Into Darkness, San Andreas, Deadpool ou la série Games of Thrones. Quant à Rodeo FX, leur CV est carrément impressionnant, puisqu’ils ont bossé sur Lucy, Hunger Games, Pacific Rim, j’en passe et des meilleures.



La Musique

vlcsnap-2016-05-26-05h18m48s72Qui dit Robert Zemeckis dit forcément Alan Silvestri à la musique. La collaboration entre le réalisateur et le compositeur dure depuis des années déjà, depuis un certain Retour Vers Le Futur en fait, avec le bonheur que l’on sait. Cela nous a donné des partitions très diversifiées, et surtout des films dans lesquels la musique peut s’exprimer d’une manière toujours très efficace à l’image. C’est doublement réussi dans The Walk, puisqu’à sa manière, il reste fidèle à une certaine conception de l’accompagnement musical tel qu’il se pratiquait il y a quelques années. A une époque où tous les films croulent sous des partitions tonitruantes et rarement inspirées, il est rafraichissant de pouvoir profiter d’une dramaturgie musicale qui sait jouer sur les temps de silence et l’accompagnement intelligent de l’action.


 

folderLa partition de The Walk n’est pas révolutionnaire, elle est au contraire dans la parfaite lignée des autres oeuvres de Silvestri, avec des thèmes pleins de délicatesse et de fragilité (comme dans Pourquoi et Two Loves). Un petit intermède jazzy sans prétention (Spy Work), puis la musique prend de l’ampleur lorsque le coup se monte (The Arrow et surtout l’excellent We Have a Problem), dans le style percutant et efficace du compositeur, émaillé de petites touches synthétiques discrètes. On pourra noter des similitudes parfois un peu gênantes avec le thème de Titanic dans le morceau The Walk, mais la musique associe alors inconsciemment deux grandes tragédies humaines dans l'esprit du public. Quant à l'utilisation de la Lettre à Elise lors de la traversée, si elle peut paraître un peu cliché à l'écoute, elle apporte une touche de délicatesse supplémentaire. Un bien bel album de musique de film, donc, qui montre que dans le paysage audiovisuel actuel, le classicisme à là Papa a encore de beaux restes.


 





 

Une 3D vertigineuse

A chaque sortie en 3D, c’est toujours la même rengaine avec l’inévitable panel de grincheux qui n’a toujours pas digéré le fait d’être obligé de porter des lunettes spéciales ou de voir le prix de la projection grêvé de quelques euros. Perso, au Strapontin, on aime bien tout ce qui peu contribuer à renforcer l’effet spectacle. On est donc à fond pour le relief, à condition qu’il soit utilisé de manière intelligente. Et quoi de mieux qu’un spectacle de funambulisme, qui plus est au sommet du World Trade Center, pour tirer au mieux partie de la 3D ? Robert Zemeckis a dit en interview que par son sujet même, The Walk impliquait l’utilisation du procédé.


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Donc, inévitablement, votre serviteur flippait un peu avant la séance. Moi qui ai les jambes qui chancellent dès que je vois quelq’un s’approcher un petit peu trop près du vide, inutile de dire que j’étais plutôt mal barré, et ceci d’autant plus que j’avais l’opportunité d’assister à l’une des rares projections du film en Imax 3D. Et puis non, finalement, j’ai survécu. Le film joue assez habilement sur les effets de profondeur, mais sans pour autant filer la gerbe. A ce qu’on raconte, plusieurs spectateurs avaient mal supporté l’avant-première new-yorkaise, mais on se demande si la presse n’a pas un peu monté en épîngle ces malaises pour faire un peu monter la sauce.


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Quoi qu’il en soit, il est vraiment dommage que le distributeur français n’ait pas davantage soutenu le film lors de sa sortie française. Diffusé timidement, dans un parc de salles en Imax 3D réduit à peau de chagrin, The Walk a quitté l’affiche aussi vite qu’il était venu. A se demander si le film n’aurait pas eu davantage sa place dans un parc d’attractions comme le Futuroscope, qui lui aurait au moins garanti des conditions de projection optimales. Il reste maintenant la vidéo pour pouvoir découvrir le film, mais en beaucoup plus petit, et avec les sensations en moins.


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dimanche 27 mars 2016

The Making of Harry Potter

Visite du Warner Bros Studio Tour à Leavesden (Grande-Bretagne)

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Moi j’aime bien Harry Potter. Comme beaucoup de monde d’ailleurs, vu que livres et films ont allègrement battu des records de vente. Qu’on le veuille ou non, la saga imaginée par J.K. Rowling est devenue un élément incontournable de la pop culture. Les films en ont fait autant, et en un temps record, poussés par un calendrier savamment calculé. L’écart entre chaque épisode était suffisant pour attiser les attentes des fans, mais pas trop long non plus. Un peu comme les James Bond, les Harry Potter ont réuni plusieurs générations autour d’un univers riche et inventif. On pensera ce qu’on voudra des films (le Strapontin y reviendra), mais on ne peut nier que ce sont des spectacles de qualité, à défaut d’être des chefs d’oeuvre du 7ème Art.

 

177Donc lorsque ma chère et tendre a eue la délicieuse idée de m’offrir un petit séjour à Londres avec visite du Making of Harry Potter, il va de soi que mon sang de cinéphile n’a fait qu’un tour ! Pensez un peu, visiter les mythiques studios de Leavesden, ça aurait fait saliver n’importe quel fan ! J’en connais d’ailleurs pas mal parmi mes connaissances qui auraient bien voulu se planquer dans mes valises pour en profiter ! Donc, après avoir joué les touristes dans la capitale britannique, nous voilà partis en bus dans la campagne anglaise.

 

 

 

 

133Le descriptif de la visite est un peu flou, faut dire. On ne sait pas très bien si on va véritablement visiter les studios où la série a été tournée ou s’il s’agit d’une exposition aménagée, un peu dans le genre que celle qui s’est déplacée un peu partout dans le monde. Le trajet en bus depuis Londres est un peu longuet. Pour vous donner une petite idée, on aura le temps de visionner le premier film presque en intégralité pendant l’aller-retour. Un peu décevant, d’ailleurs. Je m’attendais à ce que Warner nous passe une petite vidéo de présentation, mais macache oualou, ce sera le film ou rien, et in english sans sous-titres. Sur le chemin, on voit d’après les panneaux qu’on n’est pas très loin d’un autre haut lieu du cinéma, les studios d’Elstree, où furent tournés les premiers Star Wars. Marrant de voir comment un cadre aussi ordinaire que la banlieue londonienne a pu héberger des productions aussi imposantes.

 

 

097L’arrivée sur le parking attise la curiosité. Des éléments de décor, de simples facades sont érigées en rase campagne, auprès d’une série d’immenses hangars, les studios Warner Bros de Leavesden, toujours en activité, puisqu’ils ont hébergé entre autres les tournages de Edge of Tomorrow ou de The Dark Knight. Tiens justement, voilà le nôtre, de hangar : avec son fronton stylé, on peut pas le louper. Vu la taille, on se dit qu’il va y avoir de quoi faire. Et vu le peuple aussi. On a beau être un jour de semaine, hors vacances scolaires, c’est blindé. J’ose à peine imaginer à quoi doit ressembler la visite à Paques ou à Noël. Bref. Après la fouille obligatoire et une demi-heure de queue Disneyland style, nous voilà dans le saint des saints.

 

 

 

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Après un petit film d'intro, le rideau se lève sur le début de la visite, la grande salle de Poudlard. Et déjà la question se pose : est-ce le véritable décor ou bien une reconstitution ? Franchement, ça paraît un peu petit et vu la taille, je pencherais pour la deuxième hypothèse, comme nous le confirmera quelques jours  plus tard une nouvelle vision du premier film. Néanmoins les décorateurs ont bien bossé car on s'y croirait. On découvre du coup plein d'accessoires et de détails qu'on n'avait mêmes pas remarqués à la vision des différents épisodes. 

 

 

 

 

522Comme tous les gros films actuels, la saga Harry Potter, c'est d'abord un incroyable travail de design dans lequel décorateurs, costumiers et accessoiristes s'en sont donné à cœur joie pour créer un univers magique et surtout cohérent, car ce n'est pas le tout de donner vie aux trouvailles délirantes de J.K. Rowling si chacune de ces créations ne s'intègre pas à l'ensemble. C'est là qu'est la formidable réussite de la série, c'est qu'elle existe magnifiquement au travers des détails de ce travail de fourmi. Et comme cela est dit dans l'introduction, la visite est un merveilleux hommage au talent des artistes anglais qui ont bossé sur la saga.

 

 

 

 

 

529Pour ce qui est du contenu de la visite, c'est bien simple, tout y est, même des trucs dont on ne se souvenait plus. Il est donc fortement conseillé de réviser ses classiques et de se refaire l’intégrale avant la visite. Il y en a tellement d'entassé qu'on se croirait à certains moments dans un magasin d'antiquités. Sans oublier l'interactivité, bien sûr, puisqu'avec des pavés tactiles, vous pourrez diriger les ustensiles dans la cuisine des Weasley, faire la vaisselle, tricoter ou trancher des carottes !

 

 

 

157Une section "effets spéciaux" revient sur les illusions créées pour la série, avec bien entendu les appareillages ayant servi à faire voler les balais, mais aussi la moto de Hagrid ou la navette de la banque Gringott's. Et moyennant quelques livres de plus, vous pourrez même faire le zozo à cheval sur un balai devant un fond vert. Le tout est superposé numériquement à des arrières-plans filmés, hélas pas toujours très attirants. Pourquoi Warner, qui détient les droits des films, n'a pas utilisé des images (ou des chutes) du film, cela m'échappe un peu. Mais bon. Et bien évidemment, il ne faut pas avoir l’air coincé. Un coach est là pour vous motiver et vous montrer comment avoir l’air crédible (ou parfaitement crétin, c’est selon) sur votre balai. A réserver aux fans hardcore.

 

 

162La visite continue avec l’inévitable quai 9 3/4 et le Poudlard Express, qui paraît un peu petit. On peut visiter le wagon où sont exposés des accessoires tirés des films, puis se faire prendre en photo dans le compartiment en compagnie de la chocogrenouille qui se barre par la fenêtre. Une première boutique de souvenirs vous rappelle que vous êtes quand même là pour dépenser quelques pounds en petites cochonneries, tout de même. Un ptit creux ? Pas de panique, un petit self vous permettra de grignoter en buvant une bieraubeurre ! Non, non, je n’ai pas testé. Ni ça, ni les bonbons à la crotte de nez, mais tout le monde s’accorde à dire que les deux sont dégueulasses. Comme l’ont fait remarquer plusieurs visiteurs, on comprend pourquoi il y a une poubelle pour le liquide, car la célèbre boisson des jeunes sorciers ne semble pas faire l’unanimité, loin de là !

 

 

557Bon, déjà, on en a tellement vu qu’on se dit qu’on a bouclé le circuit… Eh bien non ! Une section extérieure permet de voir le Magicobus, la maison des Dursley à Privet Drive, le pont couvert de Poudlard, et bien d’autres choses. Puis c’est une section passionnante sur les animatroniques, avec à chaque fois des petits films explicatifs. Vous pourrez même animer une mandragore ou un manuel de sorcellerie, ou bien voir un hippogriffe. Un petit tour sur le Chemin de Traverse, une section consacrée aux croquis et aux modèles préparatoires, puis c’est la pièce de résistance, avec la maquette de Poudlard. Un sacré morceau, puisqu’elle occupe toute une immense salle, et qu’on peut circuler tout autour. C’est la pièce de résistance de la visite, et elle est sacrément impressionnante, bref la conclusion rêvée d’une expo démesurée.

Deuxième boutique de souvenirs, pour enfoncer le clou et vous mettre un petit peu plus sur la paille. Je plains les familles nombreuses, et ce d’autant plus que le moindre souvenir est loin d’être donné, et que certains articles coûtent carrément un bras. On sent que Warner a voulu copier sur le modèle Disney, à ceci près que les goodies sont loin d’être au même tarif. Je me contenterai de recommander le guide souvenir du Studio Tour, qui, pour un prix modique (environ 10 livres), permet de garder un petit souvenir de l’incroyable contenu de l’exposition. Et puisqu’on parle de marketing, on déplorera que, malgré le prix élevé de la visite, les audioguides en français soient payants et en supplément.

 

Qu’ajouter en guise de conclusion ? Les fans seront aux anges et passeront des heures dans l’univers de la saga. Il y a tellement de choses qu’on s’y perdrait presque et on reste plus d’une fois admiratif devant le talent déployé par les différents artistes qui ont donné vie à tous ces concepts délirants. Unique en son genre, le Warner Bros Studio Tour, s’il ne nous plonge pas réellement dans l’atmosphère d’un studio de cinéma, parvient néanmoins à faire vivre le petit monde de Harry Potter d’une manière à la fois ludique, instructive et passionnante. Tout comme les expos Star Wars, Kubrick ou Scorsese, qui font quasiment rentrer le 7ème Art au musée, cette magnifique visite est un pas de plus vers une nouvelle manière de vivre le cinéma à travers le travail de ceux qui le créent.

 

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jeudi 24 mars 2016

San Andreas

Film de Brad Peyton (2015), avec Dwayne Johnson, Carla Gugino, Alexandra Daddario, Kylie Minogue, Colton Haynes, etc…

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Ah ça ! On se doutait bien que Hollywood n'allait pas s'arrêter en si bon chemin! Pour preuve ce San Andreas qui reprend allègrement les innovations techniques de 2012 pour aller toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus longtemps, comme dirait l'autre. On va donc dire que le cahier des charges est rempli et que le film livre exactement ce à quoi on s'attend, c'est à dire un enchaînement de cataclysmes, tous plus over the top les uns que les autres.

 

vlcsnap-2016-03-24-21h48m58s141En fait, San Andreas, c'est Tremblement de Terre revisité. Sauf qu'ici, pas question de tartiner pendant trois plombes sur les déboires sentimentalo-existentiels des personnages. Non, ça c'était bon pour les films-catastrophe old school. A l'époque, les effets spéciaux coutaient un bras, donc on en mettait peu et on meublait autour. Plus maintenant. Non seulement, on fait du jamais vu, mais en plus on ne lésine pas sur la quantité. Comme dans la plupart des grosses machines actuelles, c'est l'avalanche, le trop-plein, le toujours plus. A défaut d'autre chose, on en a pour son argent, comme on dit.

 

 

vlcsnap-2016-03-24-21h56m44s180Et en effet, San Andreas n'y va pas avec le dos de la cuillère, avec secousses en pagaille, ses effondrements dans tous les coins, et même un tsunami qui démonte le Golden Gate. Du lourd, quoi, et question effets spéciaux, le film va toujours plus loin dans le photo réalisme. L'ennui, c'est que dans cette course à la surenchère, c'est carrément du n'importe quoi en matière de péripéties. Vous avez donc une séance de hors-bord sur un raz-de-marée (je n'invente rien !) qui vaut son pesant de cacahuètes. Bref, si vous ne laissez pas la logique au vestiaire, vous êtes plutôt mal barré. 

 

 

vlcsnap-2016-03-24-21h53m59s67Les personnages, on n'en parle même pas, ils sont taillés sur le même gabarit que ceux qu'on trouve dans ce genre de films. Mais bon, au bout d'un certain temps, les producteurs vont peut être comprendre qu'on en a marre de ces familles divorcées où le héros sauve les meubles et recompose du même coup son couple qui battait de l’aile... Cela dit, Tremblement de Terre c'était pas du bronze non plus question clichés. Ce qui est surprenant ici, c'est de retrouver la belle Carla Gugino, mais surtout Dwayne “The Rock” Johnson en action hero. Après tout pourquoi pas, la relève de Schwarzy reste à assurer et ça reste toujours mieux qu'un Steven Seagal ou un Van Damme.

 

Contrat rempli, donc : on est venu pour voir de la catastrophe à grande échelle et on n'est pas floué. Même si grosso modo, ça reste pratiquement le même film que 2012 et qu'en dehors des effets bluffants, c'est franchement le vide abyssal. San Andreas est donc à prendre pour ce qu'il est, c'est à dire une démo technique, et rien d'autre. Ceux qui s'enflamment contre le film ont décidément la mémoire courte et feraient bien de se remémorer que le cycle catastrophe des années 70 a lui aussi accouché de beaux nanars.

 

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lundi 14 mars 2016

The Big Short

Film de Adam McKay (2015), avec Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling, Brad Pitt, Marisa Tomei, etc…

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Les films sur les marchés financiers, c’est rarement le top. Soit on joue la carte de la caricature, comme Martin Scorsese avec The Wolf of Wall Street, soit on la joue suspense façon Margin Call, mais sans oublier de simplifier tout ça, histoire de le rendre appréhendable au pékin moyen. Parce que les histoires de subprimes, de crédits, de CDO et tout le toutim, on s’en bat un peu l’oeil. On va au ciné histoire d’être distrait, pas pour se prendre un cours d’économie dans la tronche.

 

vlcsnap-2016-03-12-17h45m31s117Mais d’entrée de jeu, pas de panique, puisque The Big Short se propose de tout décortiquer et de nous expliquer de façon très didactique le pourquoi et le comment des marchés financiers. Après tout, pour un film qui se revendique comme une comédie, c’est quand même mieux. Difficile de se moquer de choses dont on ne comprend pas vraiment le mécanisme, non ? Donc histoire de nous affranchir un peu, le film la joue malin en collant une ou deux séquences explicatives, dont une avec une bimbo en train de prendre son bain ou une autre avec un chef étoilé, genre si vous y comprenez rien, c’est que vraiment vous en tenez une couche. Bref…

 

vlcsnap-2016-03-12-18h05m42s142Et donc, une fois passé ces quelques petits intermèdes façon “Wall Street pour les Nuls”, le film repart de plus belle dans sa mécanique boursière. Ce qui fait qu’en 5 minutes chrono on est largué et laissé loin derrière. Bon, bref, on va pas se prendre la tête et on essaie donc de se rabattre sur ce que le film a à offrir, après tout on est venu pour ça, et on se dit que si The Big Short a de quoi se payer un casting 4 étoiles, le reste va suivre. Pas vraiment. De temps en temps, c’est clipesque histoire de faire branché, avec de grands coups de coude en direction du public, genre Ryan Gosling qui s’adresse à toi, spectateur, pour que tu te sentes davantage à l’aise et un peu moins con. C’est peu.

 

vlcsnap-2016-03-12-17h34m23s37Au final, on en est réduit à suivre une intrigue dans laquelle on n’arrive pas à se retrouver et où on se paume dès que ressurgit le moindre jargon boursier. Alors oui, Christian Bale donne brillament vie à un personnage d’expert financier à la limite de l’autisme, Steve Carell est plutôt bon et Brad Pitt (par ailleurs co-producteur du film) s’est fait un look d’enfer, mais ça ne suffit pas. Comme en plus le film ne prend même pas le temps de développer un tant soit peu ses personnages (il y avait pourtant une amorce avec la sous-intrigue sur le frère de Carell), on en est réduit à suivre un ping-pong verbal auquel on ne capte rien et où la tension dramatique se résume à des projections sur l’état du marché. Passionnant, quoi.

 

Le plus épatant, c’est qu’un film aussi anti-cinématographique que celui-là ait tout de même réussi à décrocher des critiques élogieuses un peu partout. Ma foi, pourquoi pas ? Avouer qu’on n’a rien compris à The Big Short, c’est un peu la honte quand même, hein ! Moi qui étais une bille en économie lors de mes études de droit, je me dis que ce film n’était pas fait pour moi. Si certains y ont trouvé leur bonheur, tant mieux pour eux. Encore que, en matière de pur plaisir de cinéma, j’en doute fortement.

 

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samedi 5 mars 2016

Génération Proteus

(Demon Seed)

Film de Donald Cammell (1977), avec Julie Christie, Fritz Weaver, Gerrit Graham, Berry Kroeger, Lisa Lu, etc…

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Même en matière de science-fiction, le postulat de départ de Demon Seed est tout de même assez culotté et tordu. On y parle d’un super-ordinateur, qui enterre allègrement tout ce qui a pû se faire dans le domaine de l’intelligence artificielle. Un ordi tellement intelligent et évolué qu’il se rebelle contre ses créateurs, puis finit par séquestrer la femme de son concepteur, dans le but de lui … faire un enfant ! Oui, vous avez bien lu ! Un pitch à la fois énorme et grotesque, qui finit en définitive par donner l’un des films de SF les plus singuliers des années 70.

 

vlcsnap-2016-03-05-16h07m42s195La plus grosse qualité de ce Demon Seed, c’est justement qu’en dépit de l’invraisemblance de son postulat, on finit tout doucement par y croire. Entendons-nous bien, le film est extrêmement daté, en particulier au niveau des ses graphismes vidéo, qui évoquent gentiment ce qui pouvait se faire de plus laid en matière d’effets télévisuels. Si le nom de Jean-Christophe Averty rappelle quelque chose aux plus anciens d’entre vous, cela leur situera à peu près le niveau.

 


 

vlcsnap-2016-03-05-16h07m34s120Le film souffre visiblement d’un budget réduit, qui a contraint les producteurs à faire appel à des créateurs guère originaux et surtout bon marché. Jordan Belson, avec ses effets abstraits et un peu cheap, faisait déjà daté en 1977, et ceci d’autant plus qu’un certain George Lucas allait imposer un nouveau standard de qualité en matière d’effets visuels. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle le film ne trouvera jamais réellement son public. Le titre original, Demon Seed (la semence du démon), n’aidera pas vraiment non plus, en le cataloguant comme un médiocre film d’horreur.

 

 

vlcsnap-2016-03-05-16h14m40s38Pourtant, s’il est très loin d’être un chef d’oeuvre du genre, Demon Seed se tient plutôt bien, en grande partie grace à l’extraordinaire performance de Julie Christie. Jouer sans partenaire réel en face d’elle n’était déjà pas évident, mais elle réussit en plus le tour de force de rendre l’histoire crédible par l’authenticité de son jeu et de ses réactions. En face d’elle, on reconnaîtra le trop rare Gerrit Graham, dont les fans de Phantom of The Paradise se souviendont dans le rôle du flamboyant Beef. Il n’est malheureusement pas beaucoup mis en valeur par un personnage sans relief et c’est dommage. L’acteur considère cependant que c’est l’une des performances dont il est le plus fier. Comme quoi …


 

vlcsnap-2016-03-05-16h20m11s16Julie Christie, par contre, paie vraiment de sa personne, car le film ne lui épargne pas plusieurs séquences de torture un tantinet voyeuristes et flirtant avec le bondage. Rien de bien méchant, mais on sent que la provocation n’est pas loin, même si Donald Cammell met tout cela en scène avec tact et sobriété. Le moment capital, la scène à ne pas rater, bref la “scène d’amour”, est montrée sans complaisance, dans un déluge d’effets laser, avant de se conclure par un trip visuel à la 2001, mais réalisé à l’économie. C’est bien dommage.

 

 

vlcsnap-2016-03-05-16h02m47s79Demon Seed trouve par contre des échos très contemporains dans la description, 30 ans avant l’heure, de la domotique. L’omniprésence de l’informatique paraît d’ailleurs beaucoup plus crédible aujourd’hui qu’en 1977. Le film pose bien évidemment plusieurs questions sur les limites de l’intelligence artificielle, mais qui sont bien vite balayées au profit du spectacle et de l’aspect thriller. Donald Cammell n’est pas Kubrick. C’est un réalisateur très rare, dont le seul titre de gloire est d’avoir co-réalisé avec Nicholas Roeg un film-culte des années 70, Performance, avec Mick Jagger. Sa réalisation est efficace, malgré certains parti-pris curieux, comme l’utilisation du ralenti.

 


Alors bien évidemment, vous allez me demander comment tout celà finit, si la belle Julie Christie accouche d’un portable ou d’un Mac, de quelle couleur est la chambre du bébé, tout ça quoi ! Je dirai juste que Demon Seed va jusqu’au bout de son concept à dormir debout et que la conclusion de cette intrigue délirante est parfaitement à la hauteur. Mieux, le film rebondit alors avec une force insoupçonnée et trouve enfin la pleine mesure de son sujet. Un dénouement idéal et surprenant pour un film atypique, le genre-même d’oeuvre culte et obscure qui, même si elle n’est pas complètement réussie, sera, on l’espère, un jour réhabilitée.

 

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En vidéo

vlcsnap-2016-03-05-15h57m53s119Pour découvrir Demon Seed, il faut malheureusement se tourner vers les States, puisque notre beau pays n’a même pas cru bon de le sortir en DVD. Il y a des films comme ça, qui sentent apparemment le gaz. Sorti en catimini dans les salles françaises pour des résultats dérisoires, autant dire que les éditeurs ne se sont pas bousculés au portillon pour le distribuer. On se tournera donc vers le DVD Zone 1 paru aux USA qui, fort heureusement, est totalement compatible avec les platines françaises. La qualité d’image n’est pas top, elle est même parfois limite mais on y trouve une bande son et des sous-titres français. Bonus inexistants (une bande-annonce), on espère donc qu’un éditeur indépendant redonnera sa chance à ce film oublié. Après tout, à une époque où même Howard The Duck a droit à une édition collector, on se dit que tout est possible !

 

 

La Musique

vlcsnap-2016-03-05-15h58m14s151Parmi les aspects les plus déroutants de Demon Seed, il y a sa partition musicale, signée Jerry Fielding. Fidèle collaborateur de Sam Peckinpah, le compositeur a signé des oeuvres intransigeantes pour le cinéma : pas ou peu de thèmes identifiables, des orchestrations brutes et une approche résolument atonale qui le placent au côté d’expérimentateurs comme Leonard Rosenman. Mélange déconcertant de sonorités électroniques déstabilisantes, Demon Seed n’est pas d’un abord très facile, loin de là. Seul le final s’enrichit d’un peu de chaleur, le reste est glacé, au diapason d’une ambiance où règnent les machines.


 

264_403603 Malgré son caractère ouvertement anti-commercial, la partition sera pourtant publiée en 2003 par le label Film Score Monthly (FSM), couplée pour l’occasion avec la B.O. de Soleil Vert (un autre film MGM). L’occasion de découvrir une oeuvre torturée et difficile, qui sera d’ailleurs jugée trop avant-gardiste par les producteurs, au point que Fielding sera obligé de revoir sa copie sur plusieurs séquences. Le CD, tiré à 10.000 exemplaires, est toujours disponible sur le site de l'éditeur.

jeudi 3 mars 2016

Lolo

Film de Julie Delpy (2015), avec Dany Boon, Julie Delpy, Vincent Lacoste, Karin Viard, Georges Corraface, etc…

 

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Julie Delpy est une actrice rare dans le cinéma français. Rare et atypique : là où certaines se contenteraient d'une carrière toute tracée, elle multiplie les expériences . Tantôt chez Roger Avary, le pote de Tarantino (Killing Zoé), tantôt chez Kieslowski, elle n'est jamais là où on l'attend. Encore mieux, elle ajoute une corde à son arc en passant, avec un talent certain, derrière la caméra. C'est donc à la fois l'actrice et la réalisatrice qu'on retrouve avec cette gentille comédie qu'est Lolo.

 

vlcsnap-2016-03-02-19h01m06s36Parfaitement dans l'air du temps, d'ailleurs, puisqu'on y parle de famille recomposée, de quarantenaires qui cherchent un nouveau départ... Le tout sur un ton décomplexé, avec des dialogues qui, s'ils ne sont pas toujours d'une finesse exemplaire, font souvent mouche. Dans l'esprit, on n'est pas si loin du cinéma de Chatilliez, qui injectait une dose de mauvais esprit dans des comédies somme toute assez classiques dans leur forme.

 

 

 

vlcsnap-2016-03-02-18h56m29s112C'est d'ailleurs un peu un Tanguy inversé que ce Lolo, dans lequel un fils à maman (c'est Vincent Lacoste) va tout faire pour éjecter le nouveau copain de sa mère (c'est Dany Boon). Déjà, le casting, qui met face-à-face notre Chti national avec un ex-beau gosse, est bien vu et fonctionne parfaitement bien. Mieux, Dany Boon, pour une fois, ne joue pas les blaireaux bas de plafond et même si son personnage est familier, il sait rester humain. Le versant féminin n'est pas en reste, et le duo formé par Karin Viard et Julie Delpy est un vrai régal dans le registre du mauvais gout et du politiquement incorrect.

 

 

Mais bon, il y a aussi la comédie pure et simple et Lolo perd de son mordant lorsqu'il essaie de jouer la carte du quiproquo et des situations outrées. Quand la guerre est déclarée entre Lolo et l'ami de sa mère, on tombe un cran plus bas, même si tout cela est rondement mené. Globalement, le film de Julie Delpy est donc une jolie comédie, rythmée, bien menée, et avec une petite touche de mauvais esprit, qui remplit parfaitement son contrat. Très agréable.

 

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