mercredi 25 janvier 2012

Contagion

Film de Steven Soderbergh (2011), avec Gwyneth Paltrow, Matt Damon, Jude Law, Laurence Fishburne, Marion Cotillard, Kate Winslet, etc...






















Honnêtement, je n’ai jamais été très fan de Steven Soderbergh. Consacré il y a bien longtemps à Cannes avec le moyen Sex, Lies & Videotapes, son cinéma ne m’a jamais véritablement convaincu. On y sent une volonté de renouvellement et d’originalité, mais bien souvent, ça reste un cinéma très froid et distant, bien fichu certes, mais sans le véritable plus qui arrivera à transcender le film. Le réalisateur bénéficie d’un statut d’ailleurs assez particulier, tantôt machine à hits (Ocean’s 11), tantôt cinéaste indépendant, ce qui lui permet au moins de garantir des sujets qui sortent du moule hollywoodien. 



A lire cette intro, on pourrait croire que son petit dernier, Contagion, possède de quoi vous réconcilier définitivement avec le cinéaste… Ben non, pas vraiment ! Ceci posé, c’est tout de même une œuvre fascinante qui mérite qu’on s’y intéresse, ne serait-ce que pour le regard hyper-réaliste qu’elle pose sur son sujet. Hollywood a déjà parlé d’épidémies et de virus tueurs (on garde en mémoire le moyen Outbreak), mais c’est la première fois que le sujet est abordé avec autant d’authenticité. Contagion relate les 140 premiers jours d’une pandémie mondiale. Sans fioritures ni happy end, le film fait plus d’une fois froid dans le dos. Entre la course contre la montre des scientifiques pour trouver un vaccin, les manipulations de l’information et l’anarchie qui s’installe, Soderbergh brosse un portrait impitoyable et réaliste aux allures apocalyptiques.



Contagion manie avec habileté toutes ses histoires parallèles, aidé par un casting quatre étoiles. Ses interprètes, tous excellents, renforcent la crédibilité de l’histoire et ne recherchent jamais le numéro d’acteur. Qui plus est, le réalisateur n’hésite pas à en faire des victimes potentielles, brisant le vieux cliché hollywoodien qui veut que les stars sortent indemnes de l’aventure. Depuis les couloirs de l’Organisation Mondiale de la Santé jusqu’à la petite ville américaine, le film décrit la panique et la peur à tous les échelons. Malheureusement, c’est là que le bât blesse car le cinéma de Soderbergh ne se départit pas d’une certaine froideur, de ce côté un peu guindé. C’est un avantage pour la description clinique de l’étude du virus, ça l’est moins dès qu’il faut s’attacher au côté humain de l’aventure. Malgré sa formidable diversité de personnages et de situations, l’émotion n’est jamais vraiment au rendez-vous et c’est le gros défaut du film.


Heureusement, tel quel, Contagion contient suffisamment de matière pour donner le change. A défaut d’être touchant, cela reste un film passionnant, à l’efficacité redoutable et dont le profond réalisme et la plausibilité font à la fois réfléchir et frissonner. 



Le Trombi:
Beaucoup de têtes d'affiche, même si on peut se demander si le film n'aurait pas été un peu plus efficace avec des interprètes moins connus. Mais bon, on ne va pas se plaindre non plus, surtout quand la distribution aligne du lourd! C'est un plaisir de retrouver Kate Winslet et Elliott Gould, mais la surprise vient davantage de l'excellente Jennifer Ehle qui, dans un rôle un peu ingrat, impose une belle présence.

Gwyneth Paltrow
Kate Winslet
Matt Damon
Anna Jakoby-Heron
Elliott Gould
Laurence Fishburne
Jennifer Ehle
John Hawkes
Jude Law
Marion Cotillard

mercredi 11 janvier 2012

La Bête de Guerre

(The Beast)

Film de Kevin Reynolds (1988), avec George Dzundza, Jason Patric, Steven Bauer, Stephen Baldwin, Don Harvey, etc...






























Qui se souvient encore de Kevin Reynolds ? Ce réalisateur plutôt doué avait pourtant brillamment commencé sa carrière à la fin des années 80. Il n’a eu qu’un seul tort : signer pour le mégaflop Waterworld, qui est resté pendant longtemps à Hollywood comme la référence ultime en matière de désastre financier. Du coup, notre homme est retombé dans l’anonymat le plus total, ce qui est bien dommage lorsqu’on revient sur son flambant début de carrière. Il y eut d’abord Fandango, sur lequel le Strapontin reviendra prochainement, mais la grosse révélation, ce fut The Beast, qui reste, même après des années, comme une référence dans le genre plutôt balisé du film de guerre.



The Beast se situe en Afghanistan et met en scène – fait assez inhabituel pour un film américain – des soldats russes. L’intrigue en est simple, presque basique: nous suivons l’odyssée d’un char et de son équipage, coincé en plein désert et poursuivi par des rebelles. Des tempéraments vont s’opposer, des abus de pouvoir vont avoir lieu, et l’histoire va bifurquer lorsqu’un des hommes, Konstantin, est abandonné en plein désert, puis rejoint les rangs de l’ennemi.









Dès les premières images, The Beast commence très fort, avec l’exécution sommaire d’un rebelle d’une manière particulièrement atroce. Il faut se souvenir qu’à l’époque, la violence dans les films de guerre n’était pas aussi appuyée que maintenant. Spielberg, avec Saving Private Ryan, a imposé des images crues et réalistes mais c’était plus de 10 ans après. Cette séquence fonctionne de plusieurs manières simultanées. Tout d’abord, elle fait comprendre au spectateur que le film ne s’impose pas de garde-fou, et peut donc aller très loin dans la représentation des atrocités de la guerre. Ensuite, plus subtilement, elle nous met les personnages principaux à dos, introduisant un élément de tension dans les rapports qui régissent l’équipage.





La première partie est un huis-clos à l’intérieur du char, dont l’espace exigu renforce le caractère étouffant. Outre le fait de décrire le quotidien des tankistes, The Beast développe leur opposition, et le film est magistralement servi par ses acteurs, en particulier George Dzundza et Jason Patric. La seconde montre comment Konstantin, un des hommes, apprend à comprendre son ennemi pour finalement combattre à ses côtés.










Le film renvoie dos à dos la logique de guerre et le sens de l’honneur, tel qu’il est servi par les deux peuples qui s’affrontent. Les afghans et leurs notions de l’honneur et du pardon apparaissent finalement plus civilisés que les russes. The Beast fait aussi clairement référence à l’enlisement américain dans le conflit Vietnamien. C’est, comme le dit un des personnages, une « sale guerre »  dans laquelle ceux que nous prenions pour les bons se retrouvent en fait du mauvais côté (« comment se fait-il que ce soit nous les Nazis, cette fois ? »). A l’image du tank qui enflamme tout autour de lui en croyant se défendre contre ses ennemis, le film dépeint un affrontement désespéré, sans gloire ni honneur.  






La réalisation de Reynolds est simple et économe, d’une très grande sécheresse, à l’image des paysages dépeints par le chef opérateur Douglas Milsome et de la musique glaciale de Mark Isham. Elle ne cherche pas à faire dans le spectaculaire, mais au contraire à privilégier la progression dramatique et l’étude de personnages. Le scénario, inspiré d’une pièce, est très intelligemment construit et Reynolds s’efface au maximum derrière son sujet.









Le sujet, assez aride, n’était pas très encourageant pour le public. The Beast a donc été un relatif échec. C’est pourtant un film de guerre unique, qui ne ressemble à aucun autre, et sans aucun doute le chef d’œuvre d’un réalisateur qu’on a – hélas – un peu trop vite enterré depuis.







Le Trombinoscope

J’ai toujours été un fan de George Dzundza (George qui ?), un acteur qu’on voit peu mais qu’on remarque toujours. Il jouait dans Voyage au Bout de l’Enfer et aux côtés de Michael Douglas dans Basic Instinct. Il trouve ici un rôle à la mesure de son talent, bien que le film en fasse un salaud intégral. A ses côtés, Jason Patric commençait ici une carrière discrète et efficace. Steven Bauer (le frère de Pacino dans Scarface) est inattendu dans le rôle du chef des rebelles afghans, et Stephen Baldwin (un des frères d’Alec) fait des débuts remarqués. Sans oublier, Kabir Bedi, qui fût jadis Sandokan dans la série TV du même nom.



George Dzundza
Jason Patric
Steven Bauer
Don Harvey
Stephen Baldwin
Erick Avari
Kabir Bedi


mardi 10 janvier 2012

Intouchables

Film d'Eric Toledano et Olivier Nakache (2011), avec François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny, Audrey Fleurot, Clothide Mollet, etc...

Un film qui cartonne au box-office, c’est toujours suspect. On part du principe que forcément, parce que ça a plu à x millions de personnes, c’est forcément bon… Ou bien alors, si on veut faire dans le cynisme, on part du principe qu’un succès public est automatiquement assimilé à de la daube. Bref, dans un cas comme dans l’autre, le film cesse d’être un film et devient recta un phénomène de société.

Assez curieusement, Intouchables reste au-dessus de ce débat, un peu comme s’il était touché par la grâce. Alors qu’il explose tranquillement des records, le film de Nakache et Toledano bénéficie d’une côte d’amour énorme auprès du public, reflet même de son bon esprit et de son allure sympathique. Le fait est qu’Intouchables est un film très agréable, même s’il est loin d’être révolutionnaire. S’inspirant de faits réels, les auteurs ont intelligemment adapté l’histoire aux principes du buddy movie, à savoir l’idée de faire cohabiter deux personnages aux caractères diamétralement opposés.

Tout le sel du film provient de la confrontation entre Philippe (François Cluzet), tétraplégique, et son infirmier Driss (Omar Sy), zonard des cités. Deux mondes différents, deux modes de vie opposés qui vont se rencontrer, apprendre à se connaître et finalement lier une belle amitié. Bon, c’est vrai qu’on n’évite pas les clichés, loin de là. La peinture de la vie de banlieue, en particulier, sent le déjà vu, avec la famille archi-nombreuse et le petit frère qui ne peut qu’être corrompu par les méchants dealers. De même, la charge contre l’art moderne est plutôt facile et lourdingue. Enfin, c’est aussi un peu convenu d’opposer musique classique et funk, encore que les auteurs n’ont pas pris de gros risques : la musique qu’écoute Driss ressemble plus à celles qu’écoutent les réalisateurs plutôt qu’aux groupes en vogue actuellement. Un peu facile de mettre tout le monde dans sa poche en sortant l’énorme Boogie Wonderland, ça aurait été un peu moins facile avec un morceau de rap hardcore !

Pourtant, même avec autant de casseroles, Intouchables réussit à séduire. C’est dû en grande partie à l’alchimie entre les deux acteurs principaux, et en particulier au jeu relax d’Omar Sy. Autant j’étais réfractaire à ses sketches avec Fred sur Canal, autant je trouve que sa personnalité chaleureuse illumine le film. Il est le contrepoint idéal au jeu tendu et intériorisé de Cluzet, même si je trouve qu’il y a des moments où il en fait un peu trop, comme dans la séquence de blind test musical où il est clair qu’on l’a (un peu trop) laissé improviser. C’est grâce à lui que le parcours de Philippe devient crédible et touchant. François Cluzet, dans un autre registre, livre aussi une belle performance, très attachante.




Une bonne partie de la réussite du film provient des dialogues, à la fois spirituels et spontanés. L’alchimie entre les deux acteurs fait le reste. Intouchables ne joue pas la carte du mélo ou de l’apitoiement, et quand l’émotion est là, elle est juste et vraie (même si on se serait dispensé d’une énième scène finale au bord de la mer). C’est sans doute dans cette authenticité qu’il faut chercher le succès du film. Ni donneur de leçons, ni artificiel ou fabriqué, le film de Nakache et Toledano séduit par son côté rigolard et sincère. Pas un grand film, mais une comédie très agréable, qui mérite amplement son succès. 


lundi 9 janvier 2012

Les Aventures de Rocketeer

(The Rocketeer)

Film de Joe Johnston (1991), avec Bill Campbell, Jennifer Connelly, Alan Arkin, Paul Sorvino, Timothy Dalton, etc... 













 
 




 

 
 
 
 
The Rocketeer fait partie de ces films dont on ne sait pas très bien pourquoi ils n’ont jamais rencontré leur public. Pourtant, tous les ingrédients étaient réunis pour un beau succès, mais, on se sait pas très bien pourquoi, le film a été un flop. A l’heure de sa sortie en blu-ray, retour sur ce petit film qui a failli (juste failli) devenir un classique.
 
 
 
La vague d’adaptations de bandes dessinées au cinéma ne date pas d’hier. Il a fallu l’énorme succès du Batman de Tim Burton en 1989 pour que les producteurs s’intéressent au filon. L’adaptation de la BD de Dave Stevens avait tous les éléments pour emporter l’adhésion du public : un petit côté rétro directement hérité des Aventuriers de l’Arche Perdue plus une idée de départ ingénieuse.
 
 
 
 
 
 
 
Ni une, ni deux, Hollywood Pictures, une filiale de Disney, donne le feu vert au projet, qui est drivé par Danny Bilson et Paul de Meo (responsables quelques années plus tard de la série TV The Flash). Et comme Spielberg est définitivement hors de prix, on engage Joe Johnston, un ancien de la boite d’effets spéciaux ILM, qui avait déjà à son actif l’agréable Chérie J’ai Rétréci les Gosses.
 

 
 
cpt-2012-01-07-00h27m56s85Déjà, le calibre du metteur en scène donne une petite idée de ce qu’il fallait attendre de ce Rocketeer : Joe Johnston n’est effectivement pas Spielberg, mais il faut avouer qu’il se débrouille plutôt bien. Certes, il n’y a pas la personnalité d’un vrai metteur en scène à l’œuvre, mais le spectacle est riche, assuré sans temps mort ni faute de rythme, avec même quelques petites trouvailles de réalisation (la transition entre les collines d’Hollywood et les draps d’un lit).
 
 
 
 
 
 
cpt-2012-01-07-00h18m33s87Au crédit de Joe Johnston, on peut dire qu’il a su trouver le ton juste pour que The Rocketeer fonctionne. Il ne privilégie pas l’action, il y en a même relativement peu, ce qui pourrait expliquer l’insuccès du film. Les personnages, même s’ils ne sont pas particulièrement étoffés, sont sympathiques, et l’ensemble est mené avec une sorte de décontraction, un air de ne pas trop y croire qui renforce finalement l’impact du film. Le scénario a la bonne idée d’incorporer intelligemment à l’intrigue l’inventeur Howard Hughes, qui en légitime quelque part la crédibilité. Quant aux bad guys de l’histoire, leurs motivations sont laissées suffisamment floues pour maintenir l’intérêt. Enfin, la musique de James Horner soutient le spectacle avec classe et efficacité.
 
 

cpt-2012-01-08-18h52m35s228Mais la grande réussite du film réside dans ses effets spéciaux, même si, comparés à la perfection des trucages numériques actuels, ils paraissent parfois un peu datés. The Rocketeer est l’un des derniers films des années 90 réalisés avant l’avènement de l’infographie, et on y trouve quelques imperfections, deux trois caches un peu trop voyants. Cela n’empêche pas le film d’être une franche réussite au niveau de ses effets, même si ces derniers ont encore ce petit côté bricolé fait main qui ajoute énormément à leur charme. Toute la séquence finale avec le dirigeable est un grand moment, particulièrement spectaculaire.
 
 


Difficile de comprendre, donc, pourquoi avec tant de bonnes choses pour lui, The Rocketeer n’a jamais réellement trouvé son public. Diffusions télé trop rares, éditions vidéo basiques… La firme Disney, productrice du film, ne s’est jamais véritablement impliquée pour le promouvoir. Aujourd’hui encore, le blu-ray annonce fièrement une «édition 20ème anniversaire » sans le moindre supplément ! Le film mérite beaucoup mieux, et même s’il est loin d’être un chef d’œuvre, cela reste un divertissement de haute volée, qui satisfera sans mal tous ceux qui aiment le cinéma d’aventures rétro façon Indiana Jones. A redécouvrir et à réhabiliter dans la foulée.
 

 
 

Le Trombinoscope
Assurément un des points forts du film. C’est ce qu’on peut appeler une belle réussite au niveau du casting, tant tous les rôles sont intelligemment choisis et chacun joue le sien à la perfection. Bill Campbell, dans le rôle du Rocketeer, joue avec simplicité et sans en faire des tonnes, secondé par un Alan Arkin excellent. Jennifer Connelly ne colle pas vraiment à son équivalent dans la BD, qui était beaucoup plus sexy. Elle ressemble encore à la femme-enfant qu’elle jouait dans Labyrinth, et il lui manque peut-être un rien de sensualité pour le rôle, même si elle s’en tire plutôt bien. C’est toujours un plaisir de revoir Paul Sorvino, qui reste fidèle à lui-même. Mais la réelle surprise du film, c’est le méchant, joué avec malice par Timothy Dalton. J’ai toujours regretté que cet acteur n’ait pas trouvé de rôle réellement intéressant après avoir incarné James Bond. C’est donc une des rares occasions de pouvoir l’apprécier. Enfin, on pourra reconnaître William Sanderson, qui fût l’homme d’un seul rôle (et quel rôle !) : J.F. Sebastian dans Blade Runner.
 

Bill Campbell
Jennifer Connelly
Alan Arkin
Paul Sorvino
Timothy Dalton
Terry O'Quinn
Ed Lauter
William Sanderson



La Musique
Quand on parle de James Horner en matière de musique de film, ça fait doucement ricaner les puristes. En effet, après des débuts plus que prometteurs, le compositeur est bien vite retombé dans la facilité en se répétant plus d’une fois et pire, en recyclant des thèmes entiers d’une partition sur l’autre. C’est pourquoi il faut saluer bien fort la réussite de The Rocketeer. Il y a bien, de ci de là, quelques mesures déjà entendues ailleurs, mais l’ensemble est d’une très grande tenue. Horner est un passionné d’aviation, et il a reconnu que le sujet même du film l’avait beaucoup inspiré. Le thème principal mélange noblesse et énergie, et les différentes variations sont particulièrement réussies. Evoquant plus d’une fois l’écriture d’un John Williams, la musique réussit pourtant à ne jamais singer son style et à garder son identité propre. Le CD est devenu relativement rare, il faut donc espérer une prochaine réédition, assortie pourquoi pas de morceaux inédits.
 
 
 
Le Blu-Ray
Disney ne s'est pas vraiment foulé au niveau de l'édition et la mention "Edition 20ème Anniversaire" tient plus du foutage de gueule qu'autre chose. Il y a juste une petite bande-annonce d'assez mauvaise qualité, point barre. Vous me direz que tout ce qui compte, c'est le film lui-même, et de ce point de vue, c'est du bon travail, tout à fait digne du standard HD. En plus de la VO, on y trouve aussi la VF avec son doublage d'époque, et des sous-titres français. Enfin, bien qu'il s'agisse d'une édition US, elle est lisible sur n'importe quelle platine, ce qui n'est pas négligeable.

dimanche 8 janvier 2012

The Tree of Life

Film de Terrence Malick (2011), avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn, Hunter Mc Cracken, Laramie Eppler, etc.





 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Terrence Malick est un cas à part dans le cinéma américain. Avec 5 films au compteur (et pratiquement que du lourd), le cinéaste est une personnalité secrète, qui se montre peu, n’accorde jamais d’interview et vit totalement en marge du système Hollywoodien. Assez paradoxalement, surtout à une époque où le 7ème Art est plus que jamais régi par une logique de rentabilité, Malick bénéficie d’une indépendance artistique totale, qui fait de lui le dernier grand réalisateur américain à pouvoir faire exactement les films qu’il veut, tout comme Stanley Kubrick il y a quelques années.
 
 
 
The Tree of Life a suscité beaucoup de réactions, et en même temps c’est une bonne chose car comment un film aussi différent que celui-ci pouvait-il faire l’unanimité ? Très ambitieux, trop peut-être, il se propose de mettre en parallèle les rapports qui régissent une famille dans les années 50 avec la naissance de l’univers. Comme la majorité des spectateurs, vous vous demanderez pourquoi. Il n’y a pas d’explication rationnelle, et il ne faut surtout pas la chercher, au risque de rester totalement hermétique au film. Chacun pourra y apporter la signification qu’il le désire. Malick, dans le fond, ne fait que resituer l’homme, dans tout ce qu’il a de plus ordinaire, au sein de l’infini.
 
 
 


 
 
Alors c’est vrai que plus d’une fois on est chahuté par cette mise en images totalement libre, qui va où elle le veut, sans craindre les ruptures de style. Contrairement aux films actuels, qui posent leurs enjeux dès les premières minutes de projection, The Tree of Life égare le spectateur, qui ne sait plus où il en est. Petit à petit se dessine la vie de cette famille américaine, menée par un père autoritaire (excellent Brad Pitt), et dans laquelle un enfant, Jack, tente de trouver sa place. On le retrouvera quelques années plus tard, devenu adulte, sous les traits de Sean Penn. Mais, là encore, aucune trame dramatique classique, aucune grille de lecture familière ne nous permettra d’apprivoiser le film.
 
 
 

 
 
Parallèlement, The Tree of Life est une expérience visuelle hallucinante, qui demande à être sans doute davantage ressentie que véritablement comprise. On l’a souvent comparé à 2001 car on y trouve des visions oniriques réellement impressionnantes. Assisté par Douglas Trumbull (le magicien des effets spéciaux du film de Kubrick), Malick crée des images inédites et saisissantes de beauté, qui forment avec la musique des moments de pure splendeur. En même temps, les effets visuels n’ont pas ce côté lisse et parfait des trucages actuels. Ils possèdent une qualité organique qui les intègre à la perfection au reste du film. On pourra discuter sur certains ajouts dispensables, comme les dinosaures, mais dans l’ensemble, l’aspect visuel du film est une réussite totale et indiscutable.
 
 
 
 
 
Outre ces moments forts, on pourra trouver l’intrigue principale plus banale et terre-à-terre, et le message diffus. En même temps, c’est ce contraste qui fait tout le prix du film. Malick semble nous dire que la banalité d’une vie n’est rien comparée à la vaste étendue de l’univers. Pourtant, la grande qualité de The Three of Life, c’est de faire vivre tous ces moments avec une profonde intimité, une approche visuelle qui les rend uniques. On peut reprocher bien des choses au réalisateur, mais jamais la sincérité de son propos, et cela se ressent à chaque instant.
 
 
 
Le film évoque à la fois, par la somptuosité de ses images, le Koyaanisqatsi de Geoffrey Reggio. On pense également à Altered States, de Ken Russell, ou plus précisément à The Fountain, de Darren Aronofsky, qui associait de la même manière l'infini et l'humain. Tout comme lui, The Tree of Life est un film hors-normes, une sorte de poème visuel dans lequel il ne faut surtout pas chercher la cohérence, mais bien plutôt par lequel il faut se laisser emporter. Qu'un film comme celui-ci soit arrivé à voir le jour dans l'univers standardisé et codifié des productions US actuelles est une sorte de petit miracle. C'est difficilement un film qu'on peut recommander, tant il sort de l'ordinaire et risque de désarçonner, mais pour peu qu'on possède une certaine disponibilité d'esprit et qu'on accepte de se laisser éblouir, The Tree of Life est une expérience à tenter.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Trombi
 
Est-il besoin de rappeler que Brad Pitt est l'acteur de composition le plus doué de sa génération et qu'il peut tout jouer? Sa performance dans le film est, une fois de plus, unique. A ses côtés, la présence fragile de Jessica Chastain est particulièrement touchante. Sean Penn a avoué dans ses interviews avoir été déçu par sa collaboration avec Malick, car celui-ci ne lui a donné aucune indication de jeu précise. En même temps, cela renforce le sentiment d'égarement qui imprègne son personnage. Enfin, Hunter Mc Cracken est la vraie révélation du film, son jeu juste et authentique apporte énormément au film.
 
 
 
Brad Pitt  
Jessica Chastain
Sean Penn
Hunter Mc Cracken

Tye Sheridan
Laramie Eppler