mercredi 13 février 2013

Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires (Abraham Lincoln, Vampire Hunter)

Film de Timur Bekmambetov (2012), avec Benjamin Walker, Mary Elizabeth Winstead, Dominic Cooper, Rufus Sewell, Anthony Mackie, etc...
 















Celle-là, fallait la trouver, il faut dire! La biographie revisitée! De quoi donner des idées à certains! A quand Napoléon Bonaparte, Tueur de Zombies ou De Gaulle Contre les Loup-Garous? Donc, au cas où vous l'ignoriez, le célèbre président Lincoln n'a pas fait qu’œuvrer pour l'abolition de l'esclavage. Dans le privé, c'était aussi un redoutable chasseur de vampires, particulièrement doué pour dessouder ces aimables créatures à la hache. Si ça c'est pas du pitch de première bourre!

Honnêtement, au Strapontin, on aurait carrément zappé. Sauf que, derrière la caméra, il y a Timur Bekmambetov. Timur qui ? Pour ceux qui ne seraient pas au jus, ce réalisateur au nom imprononcable s'est rendu responsable d'un des films d'action les plus jouissifs de ces dernières années, je veux parler de Wanted, une sorte de thriller hyper-speedé, boosté par des audaces visuelles carrément hallucinantes. Pas subtil pour un sou ni réellement personnel, c'est sûr, mais il y avait néanmoins dans le film une grande originalité de style qui faisait mouche.

Donc, en toute bonne logique, avec un sujet pareil, on s'attendait réellement à un  feu d'artifice, et ceci d'autant plus qu'il y avait Tim Burton à la production. Au final, cet Abraham Lincoln Vampire Hunter s'avère être plutôt moyen et pas vraiment enthousiasmant. D'entrée de jeu, le film se la joue on ne peut plus sérieux, un peu comme s'il ne voulait pas attirer l'attention sur son argument de base un rien crétin. La reconstitution historique est tirée à quatre épingles, le scénario se raccorde intelligemment sur quelques épisodes connus de la vie de Lincoln, et Benjamin Walker est très bon dans le rôle-titre. Mais franchement, est-ce vraiment ce qu'on attend? On espérait un feu d'artifice et on se retrouve avec un film très académique.


De temps à autre, le réalisateur se lache, avec une ou deux séquences ébouriffantes, dont une poursuite au milieu d'un troupeau de chevaux sauvages. Mais pour la plupart, c'est terriblement conventionnel, plutôt soporifique et pas vraiment convaincant. Ceci dit, avec ses angles arrondis et ses concessions, cet Abraham Lincoln new look ne dépareille pas dans la vague actuelle de films de vampires, et c'est probablement aussi ce qui a fait son succès. 

jeudi 7 février 2013

Les Pirates du Métro

(The Taking of Pelham One Two Three)

Film de Joseph Sargent (1974), avec Walter Matthau, Robert Shaw, Martin Balsam, Hector Elizondo, Earl Hindman, etc..

















 
Attention ! Classique Strapontinesque!! Comme d'habitude et fidèle à sa réputation, votre blog favori va aujourd'hui déterrer une perle méconnue, mais qui mériterait largement une place d'honneur parmi les plus belles réussites du genre. Pratiquement inconnu du grand public, ce thriller est à la fois un splendide spécimen du cinéma des années 70, mais également un monument de coolitude.
 
 
Joseph Sargent n'a jamais été un foudre du 7ème Art, mais plutôt un réalisateur consciencieux, qui nous a donné des films bien fichus, mais pas forcément mémorables. Venu de la télévision, il a signé des curiosités comme un excellent film de SF (Le Cerveau d'Acier) ou une biographie militaire (MacArthur). Il s'est aussi rendu coupable de la plus mauvaise suite des Dents de la Mer, le 4ème opus, qui a eu le prestige de se classer parmi les plus mauvais films de tous les temps. Bref un réalisateur capable du meilleur comme du pire.
 
 
 
 
The Taking of Pelham One Two Three fait incontestablement partie du dessus du panier. On peut même avancer sans risque qu'il s'agît sans nul doute du meilleur film de Sargent, un de ceux dans lesquels son induscutable métier ser tà merveille le sujet. Ici, pas d'effets superflus ni de mise en scène tapageuse, mais une réalisation carrée et efficace, doublée d'un sens du rythme impeccable. L’intrigue, basée sur un best-seller, est rondement menée sans le moindre temps mort, bref c’est du savoir-faire à l’ancienne, qui va directement à l’essentiel et ne s’embarrasse pas de fioritures.
 
 
 
 
Le film bénéficie surtout d’un script très drôle, en dépit du fait qu'il soit basé sur une situation particulièrement dramatique. Tout le génie du scénariste Peter Stone, c'est d'avoir impeccablement caractérisé ce petit monde, en le peuplant de personnages pittoresques aux réparties savoureuses. Walter Matthau est l’anti-héros par excellence, et sa bonhommie rigolarde apporte beaucoup au film. Face à lui, Robert Shaw trouve un de ses meilleurs rôles, avec un personnage de preneur d’otages au flegme très british. Il faudrait presque citer tout le reste du casting, tant le moindre petit rôle est tenu par des acteurs inconnus, mais diablement bons.
 
 
 
Les dialogues sont bourrés d’humour et crépitent allègrement. Entre le convoyeur qui explique à son pote qu'un million de dollars, "ça marche pas au poids, mais à la valeur", le contremaître au langage fleuri et le maire de New-York dépeint comme un crétin incapable, c'est un véritable festival. Ainsi, au-delà du simple thriller, The Taking of Pelham One Two Three propose un portrait particulièrement savoureux de la communauté new-yorkaise. Il n’y a pas de personnages stéréotypés, et on ne se gêne pas pour tailler quelques costards au passage. C'est l'un des rares films qui tire son impact non seulement d'un scénario réglé comme du papier à musique, mais également du réalisme de son cadre et de la manière dont il est dépeint.

 
L'aspect humoristique, subtilement dosé, n'empêche cependant pas la mécanique du thriller de fonctionner. Le film est même exemplaire dans la concision de son style, bouclant avec un minimum de temps morts une intrigue pourtant assez touffue. La confrontation finale entre flic et truand est d'ailleurs particulièrement originale, et à l'opposé de ce qui peut se faire dans le genre. Enfin, malgré le ton léger, on n'oublie pas qu'il s'agît là d'une prise d'otages et de terroristes prêts à tuer. Le film assume alors pleinement ses quelques moments forts et ose aller jusqu'au bout de sa logique.



Quelque part, le film s'est tout de même imposé puisque ce petit malin de Tarantino a récupéré les surnoms des terroristes dans son Reservoir Dogs. Et puis il y a le terrible remake, commis (on se demande bien pourquoi) il y a quelques années par Tony Scott... Tout ça pour aboutir à un thriller mou du genou, qui n'avait rien compris de ce qui faisait la particularité de l'original et qui du coup, était bien en mal de retrouver ne serait-ce qu'une seule de ses qualités.





En faisant un peu la fine bouche, on peut effectivement reprocher au film un dénouement inutilement spectaculaire, avec son wagon en folie, qui est un peu aux antipodes de la rigueur du reste. Hollywood était alors en pleine vogue du film catastrophe, et c'était un moyen comme un autre de ratisser un peu plus large. Ce n'est pourtant pas suffisant pour flanquer le reste en l'air, loin de là.






The Taking of Pelham One Two Three est donc un petit bijou dans son genre, un film sans prétention mais qui remplit parfaitement son contrat et qui possède, en plus, un ton enjoué et décontracté qui en fait tout le prix. Ce petit thriller, sous son apparente simplicité est un classique en puissance, de ce type de films qui se regardent avec la banane et qui vous filent définitivement la pêche. En voiture!!

 

Le Trombi:
Comme nous l'avons précisé, beaucoup de "tronches" dans ce trombi, avec des acteurs pas forcément connus mais qui ont une belle présence. Parmi eux, on trouve Hector Elizondo, qui tournera dans Pretty Woman, Tony Roberts, qui s'illustrera dans pas mal de Woody Allen, et Kenneth Mc Millan qui tiendra le rôle du Baron dans Dune.

Walter Matthau
Robert Shaw
Hector Elizondo
Martin Balsam
Earl Hindman
Jerry Stiller
Tony Roberts
Dick O'Neill
Nathan George
Kenneth Mc Millan
Tom Pedi
Lee Wallace et Doris Roberts




La Musique:
Beau-frère de Coppola, le compositeur David Shire n'a pourtant pas fait appel au piston pour réussir à Hollywood, et il signe avec cette B.O. une de ses compositions les plus populaires. Samplée par plusieurs DJ, la partition de Pelham est on ne peut plus représentative des années 70, avec un groove irrésistible qui propulse la musique aussi bien que l'action. Utilisée de manière très parcimonieuse, la musique établit surtout des ambiances sur un mode très discret. Le thème, quant à lui, impose le rythme sur un ton qui n'est pas très éloigné du jazz, avec des cuivres mis très en avant. Un morceau tellement efficace qu'il sera même pompé presque note pour note dans le générique du film Payback. La partition a été éditée par le label FSM il y a pas mal de temps, mais reste assez facilement trouvable.




 

 
 
 
 
En vidéo:
The Taking of Pelham One Two Three fait partie du catalogue United Artists, qui a été racheté par la MGM. Bien évidemment, compte tenu de la faible popularité du film, il a fallu attendre un certain temps pour le voir paraître en DVD... dans un transfert hélas pas vraiment terrible. Pas de compatibilité 16/9, une image à la définition faiblarde, juste une bande-annonce en bonus, bref le minimum syndical. Le blu-ray, paru récemment, offre au moins l'avantage de proposer une image de meilleure qualité, même si on reste quand même loin des standards de qualité actuels. Faut ce qu'il faut!







Allez, un petit bonus pour la route! Voici un excellent montage, réalisé par un amateur. C'est à mi-chemin entre la bande-annonce et la vidéo musicale, et ça met surtout superbement en valeur l'excellente musique de David Shire. Excellent!
 

mardi 5 février 2013

Another Earth

Film de Mike Cahill (2011), avec Brit Marling, William Mapother, Jordan Baker, Kumar Pallana, Robin Lord Taylor, etc...





















C’est humain, tout bon spectateur un tantinet curieux salive inévitablement quand on lui sert un bon pitch. Et au moins, on ne peut pas dire que les auteurs américains se brident dans cette catégorie. C’est à celui qui trouvera l’idée la plus zarbi, le genre de truc dont on se dit que c’est du n’importe quoi, sauf qu’en définitive, quand le film sort, on se rend compte que c’est finalement pas si débile que ça. Tout ça pour dire que ce petit film qu’est Another Earth bénéficie d’un point de départ on ne peut plus excitant.

Le postulat de départ, c’est qu’il existe, quelque part dans l’univers, une planète qui est l’exacte réplique de la nôtre, une autre Terre comme le dit si bien le titre. Pourtant, le film en lui-même fait tout pour s’écarter de tout ce qui pourrait le rattacher à la science-fiction. C’est l’itinéraire douloureux d’une jeune femme qui a causé par mégarde un accident de voiture au cours duquel deux personnes ont été tuées. Elle va chercher la rédemption en se mettant d’abord à l’écart du monde, puis en cherchant à aider le seul survivant de la collision, un père de famille qui a perdu sa femme et son enfant.

Another Earth avance ainsi à pas feutrés dans la description de sentiments forts et intenses. Porté par le jeu remarquable de l’actrice Britt Marling, c’est une sorte de parcours intime, dans lequel vont petit à petit s’immiscer des éléments plus grands que nature. Cette seconde Terre impose sa présence muette tout au long du film, et le réalisateur nous entraîne de manière très subtile dans son concept, comme lors de la scène de contact, où une scientifique se rend compte qu’elle est en train de dialoguer avec son propre double.

Pas d’esbroufe, pas de chichis dans la mise en scène : Another Earth joue la carte de la simplicité et du dépouillement, malgré quelques effets un peu patauds. Le filmage « caméra à l’épaule » avec zooms intempestifs pour faire plus cinéma-vérité, bof quoi ! Ca agace plus qu’autre chose et ça vous sort du film en moins de deux. Heureusement, tout n’est pas du même tonneau. La pirouette finale qui autorise une porte de sortie aux personnages, certains pourront trouver ça un peu facile. Personnellement, je trouve que c’est une manière comme une autre de tirer parti du concept de départ, même si elle peut paraître un peu artificielle.  Quant à la dernière image, elle tente un peu vainement de faire rebondir l'histoire.




Another Earth, s'il n'est pas exempt de défauts, est tout de même une tentative intéressante pour faire cohabiter deux genres à priori opposés. En dépit de ses maladresses, le film reste très personnel dans son approche et sonne juste dans sa volonté de mélanger le cosmique et l'individu. A découvrir.


samedi 26 janvier 2013

The Swimmer

Film de Frank Perry (1968), avec Burt Lancaster, Janet Landgard, Janice Rule, Tony Bickley, Marge Champion, etc...




 
















S'il existe un film qui mérite le titre de curiosité, c'est bien celui-ci! Imaginez un peu: The Swimmer raconte l'itinéraire d'un cinquantenaire (Burt Lancaster) qui décide un jour de rentrer chez lui en traversant les piscines de chacun de ses voisins. Déjà, on se demande comment une idée aussi tordue va pouvoir tenir la route et c'est finalement ce challenge qui préoccupe le spectateur dans les premières minutes. Mais une fois la situation posée, et dès qu'on a accepté le postulat de base, le film se révèle être carrément unique en son genre. The Swimmer est en fait une sorte de road movie, d'itinéraire personnel qui ramène un homme à travers son passé

Chacune des piscines qu'il traverse l'amène à revisiter d'anciens amis qui font peu à peu ressurgir des bribes de son passé et aident le spectateur à reconstituer petit à petit l'histoire. De la satire sociale, The Swimmer vire à la comédie de moeurs, puis au drame. Au fur et à mesure, les apparences se fissurent et le personne de Ned devient de plus en plus dérisoire et pathétique. Le film, et c'est là sa force, n'apporte pourtant aucune réponse claire et définitive quant au passé du héros, mais il parvient malgré cela à suggérer très efficacement sa déchéance.





The Swimmer est porté par une mise en images inhabituelle, à la fois poétique et surprenante. Frank Perry, le réalisateur, est un auteur rare, qui n'a réalisé qu'une poignée de films, pour la plupart très inhabituels. Cela se ressent à la vision du film, tant la mise en scène est riche et très personnelle. C'est parfois à la limite du ringard, comme avec ces séquences au ralenti qui fleurent bon les années 70. Voir Burt Lancaster gambader au ralenti dans la luzerne en compagnie d'une charmante donzelle ou faire la course avec un pur-sang, ça prête inévitablement à sourire. Mais en définitive, le film ose et assume pleinement ces petites digressions. Assez paradoxalement, elles lui confèrent un ton très particulier mais hélas, le datent aussi considérablement.


The Swimmer a d'ailleurs désarçonné jusqu'à ses producteurs, puisque Frank Perry n'en finira jamais le tournage et abandonnera le projet pour "divergences artistiques". Plusieurs réalisateurs seront sollicités pour terminer le film, dont Sydney Pollack, qui tournera notamment la scène avec Janice Rule. Burt Lancaster paiera d'ailleurs lui-même de quoi boucler le tournage, et il désignera souvent le film comme un de ses préférés. A raison, car il y est vraiment extraordinaire, à des lieues des personnages virils dont il s'était fait une spécialité.







Totalement déconcertant, The Swimmer appartient définitivement à cette époque de la fin des années 60, où toutes les audaces, tant scénaristiques que visuelles, étaient permises. Malgré sa production tourmentée, le film a su garder un ton étrange et décalé, qui en fait un objet singulier, troublant et bizarre, mais, pour peu qu'on s'y laisse entraîner, parfaitement unique. Plongez !

lundi 21 janvier 2013

Total Recall - Mémoires Programmées

Film de Les Wiseman (2012), avec Colin Farrell, Kate Beckinsale, Jessica Biel, Bryan Cranston, Bill Nighy, etc...
















Purée, encore un remake! Et pas de n'importe quoi, non plus: du film de Paul Verhoeven avec Schwarzy! Donc forcément, dès qu'Hollywood s'avise de toucher à un des classiques du Strapontin, il est clair qu'on l'attend au tournant avec la batte de baseball à portée de main! Logique. Ceci posé, l'idée-même de remake titille inévitablement la curiosité, puisque vous avez d'un côté les ados qui n'ont jamais entendu parler du film original et qui iront le voir parce que ça déchire grave, et de l'autre les vieilles badernes, fièrement représentées par votre blog favori, qui vont quand même y aller, juste histoire de voir l'étendue des dégâts.

Soyons honnêtes: ce Total Recall remix 2012 est moins pire que ce à quoi on pouvait s'attendre. Certes, Colin Farrell a toujours autant de prestance qu'un plat de moussaka: il y a des choses qui ne changent pas. Par contre, on ne peut pas reprocher aux auteurs de cette nouvelle mouture de ne pas avoir refait la déco de fond en comble. Visuellement, cela n'a carrément plus rien à voir avec l'ancienne version. On a opté pour un look à mi-chemin entre Blade Runner et Minority Report, qui ressemblerait aussi un peu à une version trash du Cinquième Elément, avec un petit peu de I Robot dedans.

Exit également l'escapade sur Mars, tout est recentré sur notre bonne vieille Terre et l'intrigue tourne désormais autour de plans d'invasion. Car figurez-vous que tout ce qui restera d'ici quelques années, ce sera l'Angleterre et l'Australie (si! si!), qui seront reliées entre elles par un tunnel style métro, genre c'est carrément voyage au centre de la terre pour aller au taf! Je ne sais pas ce que les producteurs ont fumé, mais ce devait être de la bonne! C'est certain que ce nouveau Total Recall en jette à force d'en rajouter dans la surcharge. C'est effectivement un futur noir de chez noir et dans lequel il ne fait pas bon vivre.

Mais à force d'évacuer des choses et de les remplacer par d'autres, on a aussi éliminé ce qui faisait le principal intérêt de la première version, à savoir ce jeu avec les faux-semblants, entre illusion et réalité. Verhoeven brouillait les cartes, ne donnait pas de réponse franche et le film pouvait être perçu aussi bien comme un thriller que comme une plongée dans la schizophrénie. Sous ses allures de comic book, il y avait tout de même une sacrée ambiguité. Rien de tel ici, puisqu'on demeure du début à la fin dans le monde réel. Le film se résume alors à une interminable enfilade de séquences d'action sans le moindre intérêt. Ca défouraille un max, mais dans le vide. De plus, on a soigneusement raboté l'aspect violent et sanglant du Verhoeven, puisque le héros passe son temps à dégommer ... des robots! C'est plus politiquement correct!

Donc pas grand chose à sauver de ce Total Recall new look, qui recycle niaisement l'original sans avoir rien compris au concept. Cela donne une sorte de gloubi-boulga qui mange à tous les râteliers et en fait des kilotonnes, pour un résultat finalement aussi décérébré et consensuel que les grosses machines actuelles. Le classique de Paul Verhoeven méritait mieux. Beaucoup mieux.

mardi 15 janvier 2013

Complot de Famille

(Family Plot)
Film d'Alfred Hitchcock (1976), avec Karen Black, Barbara Harris, Bruce Dern, William Devane, Ed Lauter, etc...





















Parmi les derniers films d' Hitchcock, Family Plot n'a pas vraiment la côte. Il n'est de bon ton de dire que le Maître du Suspense n'était pas très inspiré pour ce dernier effort. C'est certain qu'à 80 ans, avec un stimulateur cardiaque, Hitch n'était pas non plus dans une forme olympique et qu'il aurait été vain d'attendre de lui un chef d'œuvre de la trempe de Psychose ou de Vertigo.
 
 
Pourtant, a l'arrivée, ce Family Plot se tient plutôt bien, c'est même une comédie plutôt recommandable, et tout à fait dans l'esprit d'un certain cinéma seventies. L'intrigue peut paraître simplette, mais on se rend vite compte que ce qui a intéréssé  Hitchcock, c'est l'entremêlement de deux histoires distinctes, qui finissent en définitive par fusionner. Le réalisateur passe allègrement sur les aspects un peu convenus du scénario et Family Plot devient, du coup, une véritable démonstration de style narratif.
 
 
Hitchcock, même dans ses films les plus faibles, reste fascinant dans la manière qu'il possède d'envisager les films comme de gigantesques équations: le but est d'obtenir une participation maximale du spectateur, et du coup, le réalisateur ne craint pas de privilégier tout ce qui peut l'encourager, et tant pis si cela peut paraître un peu scolaire à certains. C'est vrai que dans Family Plot, Hitchcock prend son temps pour récapituler tous les tenants et aboutissants du scénario. Du coup, cela donne au film une allure nonchalante et très détendue qui en fait une sorte de récréation.
 



 
Ce qui a pas mal joué contre Family Plot, c'est le fait que Hitchcock ait brillamment réussi Frenzy 2 ou 3 ans auparavant. D'un seul coup, il avait réussi à se réinventer après une série de films plus ou moins réussis, mais que la critique s'était accordée pour trouver bien inférieurs au reste de son œuvre. Donc forcément, se fendre d'une petite comédie gentillette la où on attendait un thriller implacable, ce n'était pas vraiment du goût de pas mal de monde.



 
Pourtant, ce Family Plot, malgré ses défauts, est plus que sympathique et bourré de petites touches Hitchcockiennes. Les deux intrigues parallèles se recoupent avec habileté, chacune menée sur un ton particulier: plus fantasque et déconneur avec le duo Barbara Harris/Bruce Dern, plus tenu et classique avec Karen Black et William Devane. Comme dans les meilleurs films du réalisateur, le scénario repose sur une confusion des identités et sur un personnage qui n'existe pas, Eddie Shoebridge. Ce n'est d'ailleurs pas la seule similitude: la séquence de la voiture sans freins évoque le début de La Mort aux Trousses, et Hitch n'a pas peur d'en faire des caisses dans l'humour un peu lourdingue avec les pitreries de son actrice principale. A d'autres moments, la mise en scène fait preuve d'une grande efficacité, comme durant la séquence du cimetière ou lors du rapt de l'évêque, qui montre que le réalisateur n'a rien perdu de son style inimitable.
 
 
En même temps, Family Plot est fidèle à un certain esprit seventies dans son esthétique et sa facture très classique. Mais Hitchcock ne se prive pas pour autant de quelques allusions douteuses qui, si elles ne sont pas d'une très grande finesse, restent fidèles à son esprit un peu frondeur. Il y a aussi une tirade contre la religion dont le cynisme surprend un peu, tant elle est à l'opposé d'un esprit somme toute assez bon enfant qui imprègne le film. Et puis il y a aussi ces petits détails, comme la perruque dans le frigo, qui sont tellement saugrenus qu'ils en deviennent carrément surréalistes.



 

 

C'est principalement cette ambiance conviviale et légère qu'on retiendra du film. A l'instar de la musique légère de John Williams, Hitchcock nous livre une œuvre malicieuse et espiègle, qui ne se prend pas au sérieux. On y retrouve, l'espace de quelques secondes, tout son talent et son sens de la mise en place. Peu importe alors que le reste soit parfois un peu mollasson et à la limite du téléfilm. Quelque part, Family Plot dégage un charme désuet, traversé de temps à autre par de petits éclairs de génie. Hitchcock nous quitte sur un clin d'oeil, un film mineur qui s'il n'est pas génial, s'avère tout de même fichtrement agréable.


Le Trombi:
Hitchcock avait assez mal digéré le fait d'avoir à payer des cachets astronomiques pour certains de ses films. Pour Family Plot, il choisira donc l'économie. Bruce Dern, qu'il avait déjà employé dans Marnie, sera préféré à Al Pacino, et William Devane à Burt Reynolds. Pour la petite histoire, Roy Thinnes (le David Vincent des Envahisseurs) sera engagé pour tenir le rôle d'Arthur Adamson, et sera débarqué en plein tournage et remplacé par Devane.
Karen Black
Bruce Dern
Barbara Harris
William Devane
Cathleen Nesbitt
Ed Lauter
J. Patrick Mc Namara
Charles Tyner
Warren J. Kemmerling
Katherine Helmond
Nicholas Colasanto

La Mise en Scène:
Family Plot a beau être un Hitchcock mineur, il contient tout de même quelques belles idées de mise en scène. La conception de l'intrigue est très géométrique, puisqu'il est question d'histoires distinctes qui se recoupent. Le premier point d'intersection intervient lorsque le taxi de George croise le chemin de Fran, la femme en noir. Alors que le spectateur était jusqu'alors resté dans la voiture, Hitchcock nous place à l’extérieur et en utilisant un ample mouvement de caméra, nous attache aux pas du nouveau personnage qu'il vient d'introduire. Bien évidemment, le public anticipe d'emblée le fait que la personne recherchée par Blanche a un lien avec tout cela, mais le réalisateur donne un minimum d'informations afin de permettre au spectateur de construire sa propre version de l'histoire.


L'approche géométrique est encore plus évidente dans la scène du cimetière, où la situation de base est inversée: ici un personnage détenteur d'un secret va chercher par tous les moyens a éviter de croiser George, qui est en quelque sorte le point d'identification du spectateur. Hitchcock avait d'ailleurs baptisé ce plan le "Mondrian shot", en référence aux oeuvres de Piet Mondrian, caractérisées par des formes rectangulaires très marquées.


La Voiture:
La séquence de la voiture sans freins est, comme nous l'avons dit, une citation à peine déguisée de la séquence de La Mort aux Trousses, où un Cary Grant bourré comme un coing tentait d'échapper à des tueurs. Ici, la situation est différente, puisque la voiture a été sabotée au préalable. Le spectateur sait qu'il sait passé quelque chose, mais il ne sait pas quoi. Hitchcock nous indique donc ce qui s'est passé grâce à un plan du dessous de la voiture.


Pendant toute la séquence, la caméra alterne entre des plans des deux personnages et leur point de vue. Le concept du réalisateur joue sur le fait de mettre le spectateur dans la même situation que les protagonistes, en concentrant l'action à l’intérieur de la voiture. Afin d'intensifier la menace, le réalisateur insère un court insert sur les marques du liquide de freinage sur la route.

 

Le Kidnapping:
Le moment le plus représentatif du style Hitchcock est probablement l'enlèvement de l'évêque. Le découpage se focalise sur des petits détails en gros plan (la seringue, le visage de la victime), montés sur un rythme très soutenu. Le fait que la séquence soit quasiment muette renforce l'impact des images.

 

Le Garage:
Un autre exemple de découpage se situe lorsque Blanche se retrouve confrontée à Adamson et Fran dans le garage. Les deux kidnappeurs doivent partir échanger l'évêque contre la rançon, et ce dernier est allongé dans la voiture, drogué. Hitchcock fait naître le suspense à partir d'un bout de son aube qui dépasse de la portière. Ici, le spectateur et un des personnages sont au courant d'un élément que les autres ignorent. Le suspense naîtra ici de la manière dont Fran tentera de camoufler ce détail. Le réalisateur crée la surprise avec un effet inattendu, renforcé par l'utilisation du gros plan: la tête de l'évêque qui bascule par la portière.


La lutte de Blanche contre Adamson est filmée en plans très serrés, caméra à l'épaule, et les mouvements incessants du cadre renforcent l'impression de violence. C'est un procédé qu'Hitchcock avait également employé dans La Mort aux Trousses. La tache de sang sur le chemisier évoque Marnie, même s'il est clair que la citation n'est pas implicitement voulue par le réalisateur.


 

 
La Musique:
Hitchcock a toujours eu une approche très musicale de la mise en scène. Dans ses meilleurs films, la musique de Bernard Herrmann tenait un rôle prépondérant. cependant, dans ses derniers films, le réalisateur avait eu du mal à trouver un compositeur à sa mesure. John Williams, tout frais sorti de l'expérience de Jaws, livre avec Family Plot une partition inattendue, à la fois légère et pleine de suspense. Beaucoup d'éléments, nottament l'utilisation des choeurs, évoquent ce que fera Williams l'année suivante dans Rencontres du Troisième Type, et l'utilisation du clavecin accentue le côté insouciant et souriant de l'intrigue. A l'époque, le compositeur n'avait pas connu le carton de Star Wars, et son style avait su garder une certaine fraîcheur. Assez curieusement, aucun disque ne sera édité au moment de la sortie du film, et il faudra attendre près de 35 ans pour que la partition soit enfin éditée. Bien que s'agissant d'une édition limitée, elle est toujours disponible sur le site de l'éditeur.







L'apparition d'Hitchcock:
C'est connu, le Maître du Suspense faisait toujours une petite apparition clin d'oeil dans chacun de ses films. Celle de Family Plot, la toute dernière, est particulièrement émouvante, puisqu'elle annonce en filigrane la conclusion de l'oeuvre du réalisateur. Il n'apparaît pas en personne, mais en ombre chinoise sur la porte d'un bureau d'état-civil. Une belle manière de tirer sa révérence.

 

En vidéo:
Considéré par beaucoup comme un Hitchcock mineur, Family Plot a tout de même eu droit à une édition DVD soignée, avec un reportage rétrospectif, Plotting Family Plot, qui sera un vrai régal pour les fans du film. Tous les acteurs principaux (à l'exception de Barbara Harris) y vont de leur petit souvenir d'un tournage apparemment très plaisant, et il y a même une petite section consacrée à la musique. On ne peut malheureusement pas dire que le transfert vidéo ait été réalisé avec autant de soin, puisque c'est vraiment l'un des plus mauvais de la collection parue chez Universal. Le blu-ray n'apporte malheureusement pas davantage d'amélioration, avec une image mal définie et pleine de défauts. Décidément...