mercredi 17 juin 2015

Les Virtuoses

(Brassed Off)

Film de Mark Herman (1996), avec Pete Postlethwaite, Ewan Mc Gregor, Tara Fitzgerald, Stephen Tompkinson, Jim Carter, etc…

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Un film musical avec des morceaux de chronique sociale dedans ? Pourquoi pas, après tout. C’est une belle idée que d’avoir associé les galères d’une fanfare exclusivement composée de mineurs avec le traumatisme que va générer la fermeture de la mine dans laquelle ils travaillent. A la fois success story maligne et chronique sociale, le film de Mark Herman manie tout du long une émotion à la fois rigolarde et authentique. Les Virtuoses, c’est le mariage de Ken Loach et des Commitments.

 

vlcsnap-2015-06-15-21h34m24s43Car il est difficile de ne pas penser à Loach avec ce portrait brillamment croqué de la vie ouvrière, formidablement pittoresque sans être une seule seconde condescendant ou méprisant. Soutenu par une ribambelle de tronches méconnues mais mémorables, le film fait vivre tout ce contexte social avec humour et brio. Et tant pis si Les Virtuoses charge un peu la barque lorsqu’il illustre un peu pesamment la dérive d’un ouvrier surendetté. Du coup, le film y perd de son mordant, même s’il parvient toujours à corriger le tir in extrémis.

 

 

 

 

vlcsnap-2015-06-15-21h36m51s236Au beau milieu de ce casting inspiré, Ewan Mc Gregor, tout frais sorti de Trainspotting, fait ses premières armes, mais le véritable héros de l’histoire, c’est Pete Postlethwaite. Cet acteur, au nom impossible à orthographier correctement du premier coup, livre dans ce film l’une de ses plus belles performances. Son personnage de leader de la fanfare peut sembler stéréotypé, mais il faut voir avec quel talent l’acteur contourne les clichés pour imposer, l’espace de quelques moments fugitifs, le portrait d’un homme qui vit pour sa passion. Et lorsqu’il prend la parole, à la fin du film, pour stigmatiser le temps d’un discours, toute l’injustice de la situation, c’est bien évidemment un grand moment d’exaltation et d’émotion.

 

 


En dépit de ses ressorts dramatiques parfois un peu énormes, Les Virtuoses se rattrape amplement par un profond humanisme et énormément de chaleur humaine. Donc, même si on se fait gentiment manipuler, le film parle suffisamment au cœur pour parvenir à convaincre. C’est déjà pas mal, et l’enthousiasme communicatif qu’il dégage est amplement suffisant pour qu’on en ressorte avec un large sourire, ce qui est déjà beaucoup.

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Déjà Vu !

Il y a au moins un visage qui dira quelque chose aux plus cinéphiles d’entre vous, et pourtant, pas évident de le remettre. Jim Carter fait en effet partie de ces acteurs dont on se remémore la trogne sans forcément arriver à mettre un nom dessus. Si vous avez vu le cultissime Top Secret de frères Zucker, vous n’avez pas pu le louper dans le rôle d’un résistant français (avec le béret assorti !) au nom prédestiné : Déjà Vu ! Un nom qui va comme un gant à un acteur qu’on a effectivement l’impression d’avoir déjà vu quelque part !



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jeudi 11 juin 2015

Magic in the Moonlight

Film de Woody Allen (2014), avec Colin Firth, Emma Stone, Marcia Gay Harden, Simon Mc Burney, Hamish Linklater, etc…

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On avait quitté Woody Allen amer et désabusé avec Blue Jasmine, on le retrouve chaleureux et léger avec Magic In The Moonlight. C’est bien le propre du réalisateur que de se renouveler d’un film à l’autre, sans pour autant se départir de son style. Bercée par la somptueuse lumière du Sud de la France, cette nouvelle comédie ne réinvente rien à proprement parler, mais s’avère être une parenthèse stylée de la part d’un auteur qui n’a plus rien à prouver.

 

vlcsnap-2015-06-11-18h54m23s135L’histoire n’est pas d’une originalité fulgurante : un prestidigitateur renommé (Colin Firth) est chargé de démasquer une soi-disant voyante (Emma Stone). S’ensuit un chassé-croisé entre les deux personnages, dans lequel on retrouve les thèmes de prédilection d’Allen, ses méditations sentimentales qui débordent sur le philosophique et le sens de la vie. C’est léger et frais, même si le film abandonne un peu vite son postulat de départ. Le personnage, présenté comme un indécrottable sceptique, se laisse convaincre un peu trop facilement et on a donc un peu de mal à le suivre.

 

 

vlcsnap-2015-06-11-18h51m24s202Mais cela importe peu, en définitive, tant le charme du film fonctionne à plein, tout en évoquant avec bonheur les comédies sophistiquées d’un Lubitsch. Colin Firth et Emma Stone trouvent parfaitement leurs marques dans l’univers Allenien, et la splendide photographie de Darius Khondji tire parfaitement partie d’un cadre méridional et ensoleillé, qui contraste agréablement avec l’univers très urbain de la majorité de ses derniers films. Pourtant, malgré le titre, il manque la petite touche de magie qui avait su faire d’un film comme Comédie Erotique d’une Nuit d’Eté un petit peu plus qu’une gentille comédie.

 

 

Tel quel, Magic In The Moonlight a la légèreté d’une coupe de champagne. Ca n’a rien de bien neuf, c’est enivrant juste ce qu’il faut, et ça vaut amplement mieux que certains chefs d’œuvre certifiés comme Moonlight in Paris.

 

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mercredi 10 juin 2015

Driver

(The Driver)

Film de Walter Hill (1978), avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern, Ronee Blakley, Rudy Ramos, etc…

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Curieux mélange que celui proposé par ce Driver : mixer un cinéma d'action couillu à l'américaine avec un cadre très dépouillé, façon Jean-Pierre Melville. Après tout, pourquoi pas ? Walter Hill, réalisateur atypique, est quelqu'un qui n'a pas peur de prendre des risques, comme l'a prouvé une carrière qui mélange savamment les genres. Hill, ça n'est pas du cinéma subtil, mais plutôt carré et brut de décoffrage.

 

vlcsnap-2015-06-10-19h06m44s207Et tout cela fonctionne plutôt bien dans ce polar bien fichu qui, sans réinventer le genre, se sort plutôt bien de ses différentes figures imposées. Avec un minimum d'exposition et de dialogues, Driver rentre très vite dans le vif du sujet et déroule un scénario sans surprise, mais parfaitement maitrisé. La réalisation est à l'avenant, aussi dynamique et speed dans les séquences d'action qu'elle peut être sobre et minimaliste durant les moments plus calmes. Et bien évidemment si vous vous demandez si le récent Drive est une sorte de remake de celui-ci, eh bien non, puisque les deux films n’ont en commun que le personnage principal, un chauffeur virtuose qui se met au service des truands.

 

 

 

vlcsnap-2015-06-10-18h57m55s22On pourra, c'est certain, critiquer la faiblesse de l'interprétation. Ryan O'Neal,  bogoss certifié, manque un peu de carrure pour un rôle qui était à l'origine destiné à Steve Mc Queen. Sa personnalité énigmatique et froide a un peu de mal à passer la rampe, et Ryan Gosling, dans le film de Nicholas Winding Refn, s'en sortait mille fois mieux. Isabelle Adjani, avec son personnage de brune énigmatique, n'est pas franchement convaincante. Seul Bruce Dern, qui enquillait à l'époque les rôles de barges psychotiques, se débrouille plutôt bien dans le rôle du flic.

 

 

 

Sans surprise mais pas déplaisant, Driver est un spécimen plutôt convaincant d'un cinéma d'action parfaitement typé seventies, avec tout de même suffisamment de petites touches personnelles pour faire la différence. En voiture !

 

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mardi 2 juin 2015

Les Souvenirs

Film de Jean-Paul Rouve (2014), avec Michel Blanc, Annie Cordy, Mathieu Spinosi, Jean-Paul Rouve, Chantal Lauby, etc…

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Au Strapontin, on avait deux bonnes raisons d’attendre Les Souvenirs. D’abord parce qu’à la base, c’était un très beau roman de David Foenkinos et ensuite parce qu’on avait été plutôt enthousiasmé par le premier film de Jean-Paul Rouve, Sans Arme Ni Haine Ni Violence, qui en plus d’être rondement mené, était plein de bonnes idées de mise en scène, bref pas le genre de film qu’on attend forcément d’un acteur reconverti dans la mise en scène. C’est donc avec une pointe de curiosité et aussi pas mal d’inquiétude qu’on attendait Les Souvenirs.

 

vlcsnap-2015-06-02-20h32m59s99Il faut dire qu’à la base, le roman de Foenkinos ne semblait pas vraiment se prêter à une adaptation. C’est le genre de livre plein de petites observations cocasses qui ne peuvent passer qu’à travers la plume de l’écrivain. Et comment rendre palpable au spectateur toute cette méditation que l’auteur nous livre sur les souvenirs, justement, ces bribes de présent qui deviennent chères à notre cœur, pour une raison qui nous échappe un peu ? Il y avait matière à un vrai grand film, mais la tâche n’était pas facile, loin de là.

 

 

vlcsnap-2015-06-02-20h22m51s170C’est donc à regret que j’avoue avoir été très déçu. Certes, tous les moments insolites du livre sont bien là, mais l’essentiel n’y est pas. Malgré une belle performance d’Annie Cordy, très touchante, on sent constamment que quelque chose manque. Le cœur du livre, ce style léger et touchant, a fait place à une comédie de situations comme on en a vu des centaines. Pire, le film sabre quand même de bonnes portions du livre, en particulier la fin. Dans le roman, c’est une conclusion douce-amère qui amène une certaine réflexion sur le passé. Dans le film, c’est juste un happy end de plus . Mouais…

 

 

vlcsnap-2015-06-02-20h23m28s12Par la même occasion, on en a profité pour rajouter des trucs qui n’étaient pas dans le livre, comme le fameux coloc du héros, joué par William Lebghil. Ca donne des petites vignettes marrantes à la Soda. C’est sympa et souvent marrant, mais ça n’a pas vraiment sa place ici. Quant aux passages les plus représentatifs du roman (le tableau, le garagiste), ils tombent comme un cheveu sur la soupe, car ils sont privés de tout cet arrière-plan littéraire qui les faisait exister de si belle manière. Le spectateur lambda se demandera probablement ce que ça vient foutre là, ça ne ni avancer le schmilblick ni vraiment rire.


 

Donc, à regret, il faut bien avouer que Les Souvenirs est une adaptation plutôt bancale, qui ne fait que retenir quelques situations pittoresques pour un résultat plus moyen. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, on a vu Michel Blanc et Chantal Lauby bien meilleurs et on est plutôt déçu que Rouve, après de beaux débuts dans la mise en scène, n’ait pas su trouver le ton juste pour restituer tout ce que le roman de Foenkinos possédait de magique et d’enchanteur.

 

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mercredi 20 mai 2015

Patton

Film de Franklin J. Schaffner (1970), avec George C. Scott, Karl Malden, Michael Bates, Edward Binns, Stephen Young, etc…

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“Mettez vous bien dans la tête qu’un connard n’a jamais gagné une guerre en mourant pour son pays.
On gagne une guerre en faisant ce qu’il faut pour que les pauvres connards d’en face meurent pour leur pays.”
 
Patton, un peu à l’image de son héros, est un film schizophrène, partagé entre le portrait virulent d’un “fou de guerre” et une réflexion qui charrie avec elle tout ce que le cinéma pouvait avoir de contestataire à la fin des années 60. C’est tout le paradoxe d’une major company comme la Fox, capable de produire à quelques années d’intervalle un brulot contestataire comme MASH et un grand spectacle comme celui-ci. Cette ambivalence qui fait de ce film l’un des plus particuliers du genre, riche et passionnant.


vlcsnap-2015-05-17-20h51m34s52Le biopic n’était pas un genre spécialement en vogue dans les années 60. Bien au contraire, les films de guerre misaient alors davantage sur la description d’évènements historiques, comme dans Le Jour Le Plus Long ou Paris Brule-t’il. C’est donc un angle particulièrement inédit qu’ont décidé d’adopter les producteurs du film, une entreprise plutôt audacieuse pour l’époque. En 1970, l’Amérique se débat dans le bourbier Vietnamien, et le cinéma se met au diapason de la contestation ambiante. Une œuvre grand public du style de MASH met délibérément et violemment les pieds dans le plat avec son antimilitarisme anarchiste.




vlcsnap-2015-05-17-19h54m06s161La Fox n’hésite pourtant pas à mettre en chantier cette énorme fresque militaire, et elle en confie la réalisation à Franklin J. Schaffner, qui vient de pulvériser le box-office avec le premier volet de La Planète des Singes. Schaffner, c’est un artiste discret qui, curieusement, est parvenu à imposer sa petite touche personnelle dans de grosses productions. Venu de la télévision, le réalisateur sait travailler à l’efficacité et gérer des tournages difficiles. Mais paradoxalement, il sait aussi injecter ce petit quelque chose de plus qui distinguera le film du tout-venant de la production de l’époque.





vlcsnap-2015-05-18-00h23m57s238Pour preuve, Patton, film sur lequel il n’a pas forcément les coudées franches et qui se distingue pourtant par de beaux partis-pris de mise en scène. Ainsi la fameuse scène d’ouverture ajoute à un dialogue brillantissime une approche visuelle inédite. Le drapeau américain immense devant lequel évolue George C. Scott est un élément graphique tellement inhabituel qu’il communique une ambiance presque irréelle à la scène. Du coup, pas besoin d’effets inutiles : la réalisation est au contraire très dépouillée, et tout ce qui fait vivre ce moment, c’est un extraordinaire travail d’acteur que l’approche visuelle transforme presque en icône pop art.




vlcsnap-2015-05-17-20h53m30s238Après cette entrée en matière qui surprend par sa crudité, le film hésite entre plusieurs approches opposées. L’accent est mis sur l’horreur de la guerre, davantage que dans les productions de la même époque, même si on est loin des déferlements gore que l’on peut voir à l’heure actuelle. On sent que le Vietnam est passé par là, et qu’il n’est plus question d’aborder la guerre sous un angle uniquement héroïque. Tout au contraire, Patton hésite constamment entre la glorification et la critique de son héros. On apprécie d’abord son franc-parler et son côté rentre dedans’, mais c’est pour mieux le déboulonner dans une seconde partie qui se montrera plus critique.




vlcsnap-2015-05-17-19h56m08s107On retrouve en filigrane la patte de Francis Ford Coppola, préposé au scénario. Le discours inaugural de Patton fait écho à la fameuse réplique “J’aime l’odeur du napalm au petit matin” d’Apocalypse Now, même si les deux œuvres n’ont pas grand chose en commun. Le film de Schaffner multiplie les angles d’approche radicalement différents sur la guerre, puisqu’elle est montrée sur un plan stratégique mais aussi humain. C’est à la fois une lutte d’influence entre généraux, mais aussi le quotidien des soldats qui donnent tout pour la victoire. Rarement un film de guerre aura-t’il livré une description aussi complète du conflit, prenant en compte chacune de ses composantes. Pas une mince affaire quand on sait que Patton résume à lui seul tout un pan de la Seconde Guerre Mondiale.



vlcsnap-2015-05-17-20h04m00s213La narration est très habile, et ne se perd jamais dans les détails pourtant abondants de toute cette fresque. Au contraire, Schaffner trouve même le moyen de nous surprendre en évoquant les croyances de son héros. Au cours d’une scène absolument magnifique, le général raconte une ancienne bataille entre Romains et Carthaginois comme s’il l’avait vécue (“J’y étais”). Il s’inscrit ainsi dans une thématique chère au réalisateur : la description de personnages en rupture avec leur époque, qui n’y sont pas véritablement intégrés ni réellement à leur place. Ce moment est une merveille de justesse, mis en scène très simplement, et portée par George C. Scott et la merveilleuse musique de Jerry Goldsmith.




vlcsnap-2015-05-17-20h59m54s44On ne peut parler de Patton sans mentionner son extraordinaire partition musicale, un des authentiques chefs d’œuvre de la musique de film. Elle décrit à la fois l’homme de guerre et ses multiples facettes, sa croyance en la réincarnation et son goût pour le combat. Utilisée avec une incroyable parcimonie (il y a tout juste 35 minutes de musique sur près de 3 heures de projection), elle sait, par le biais d’effets orchestraux, nous mettre dans l’esprit-même du personnage. La trompette et ses effets d’écho donnent corps à ces autres vies que le général prétend avoir vécues. D’une grande simplicité, la musique, tour à tour martiale et recueillie, accompagne et renforce les différents aspects du film.




vlcsnap-2015-05-17-23h07m43s111Patton suit bien évidemment la structure classique du biopic, qui veut que l’on cueille le personnage principal au sommet de sa gloire, puis qu’il suive un itinéraire dans lequel il va progressivement descendre au plus bas avant de triompher dans la dernière partie. Pourtant, le film s'ouvre sur les images dures de défaite et il reste très critique sur la personnalité du général, possédant une ambivalence qui en fait l’un des films les plus singuliers du genre. Ainsi, lorsque Patton demande à son aumônier une prière pour avoir du beau temps, Schaffner transforme la séquence en une sorte de manifeste contre la guerre, mais de manière très discrète, et sans jamais forcer le trait ni devenir caricatural.




vlcsnap-2015-05-17-23h02m58s81Cet aspect antimilitariste n'est pourtant pas brandi de manière excessive, mais au contraire traité avec une surprenante subtilité et incessamment mis en parallèle avec son contraire. Lorsque Patton, constatant au petit matin la défaite de ses hommes et se promenant parmi les corps  ensanglantés de ses soldats, fait cette surprenante confession ("J'aime ça ! Mon Dieu, j'aime ça ! Plus que ma propre vie"), on ne sait plus quoi penser d'un personnage qu'on pensait pourtant avoir compris.







vlcsnap-2015-05-17-20h59m30s11C'est également un souci constant de réalisme qui imprègne le film. Même si les rapports entre Patton et Montgomery sont montrés sur le ton de la plaisanterie, les tenants et aboutissants des différentes batailles sont décrits avec une grande clarté de style, ce qui n'est pas une mince affaire dans un film qui brasse autant d'informations. Enfin, pour une fois, les allemands ne sont pas dépeints de manière caricaturale et parlent leur propre langue,  tous les passages les concernant étant sous-titrés. Ce sont au contraire des adversaires cultivés, qui vont même jusqu’à admirer la personnalité hors normes  de leur opposant.




Tous ces éléments font de Patton un film hors du commun et unique en son genre. Portrait à la fois admiratif et très critique d'une figure historique, il réussit l'exploit d'intégrer des échos très contemporains, qui enrichissent une réflexion particulièrement intéressante sur la guerre. Avec ses multiples facettes et son souffle épique, le film réinvente le genre, au travers d’une réalisation aussi efficace qu’inspirée. Cet extraordinaire et flamboyant portrait, c’est aussi le chef d’œuvre de cet auteur atypique et modeste qu'était Franklin J. Schaffner. Immense.


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Autour du Film
 
vlcsnap-2015-05-17-23h03m51s151Grosse production oblige, Patton va bénéficier d’un budget plus que confortable de la part de la Fox, et pour donner vie à l’itinéraire du général, pas moins de 72 lieux de tournage différents seront utilisés, pour la plupart situés en Espagne, dans la région d’Almeria. L’armée espagnole disposant d’une impressionnante collection de chars de la Seconde Guerre Mondiale, ceux-ci seront abondamment utilisés dans le film, au risque de certains anachronismes (on y voit notamment des chars Patton, qui furent utilisés après la guerre).





vlcsnap-2015-05-16-18h06m09s160George C. Scott, qui trouve pourtant le rôle de sa vie dans le film, était loin d’être le premier choix pour interpréter le général. Des acteurs comme Rod Steiger, Burt Lancaster, Robert Mitchum ont refusé le rôle, et John Wayne a été écarté car il ne correspondait pas assez au personnage. Scott, une fois choisi, s’immergera dans la personnalité et la vie de Patton, en dépit du fait qu’il n’aimait pas particulièrement l’homme lui-même. Le maquilleur Dan Striepeke, qui avait été assistant maquilleur sur Planet of the Apes, altèrera un peu ses traits (en particulier son nez) pour accentuer la ressemblance, même s’il est clair que l’acteur s’approchera davantage de Patton par son interprétation que par son physique.





La collaboration entre George C. Scott et le réalisateur Franklin J. Schaffner se passera à merveille, les deux hommes retravailleront d’ailleurs ensemble sur l’excellent et mésestimé L’Ile des Adieux. Par contre, ils entreront en désaccord sur la séquence du discours, que Scott estime trop forte pour ouvrir le film. Afin de ne pas créer de tensions avec son acteur principal, Schaffner lui fera croire qu’elle sera située en début de seconde partie, pour finalement la placer en début de film.



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CaptureCélébré à la cérémonie des Oscars 1971, Patton remportera sept statuettes (Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleur Scénario, Meilleur Réalisateur, Meilleur Son, Meilleure Direction Artistique et Meilleur Montage). Mais c’est George C. Scott qui fera le plus parler de lui en refusant carrément l’Oscar qui avait récompensé sa performance.

Assimilant la cérémonie à une “foire à la viande” et refusant d’être mie en compétition avec d’autres acteurs, il sera bien entendu absent lors de la remise, laissant le producteur Frank Mc Carthy récupérer la récompense à sa place. L’Oscar sera ensuite restitué à l’Académie. Scott avait émis le souhait qu’il soit remis au Patton Museum, mais ses instructions n’ayant jamais été formalisées par écrit, cela n’a jamais été fait.




La Photographie

Franklin J. Schaffner rompt carrément avec le style très brut de la photo de Planet Of The Apes. Ici, pas de caméra portée, pour une bonne et simple raison: le film utilise un nouveau procédé, le Dimension 150, un dérivé du 70 mm. censé garantir un champ de vision de 150 degrés (d’où son nom). Les caméras, très volumineuses, se prêtent donc assez mal à un style visuel trop exubérant. Cela n’empêche pas Fred Koenekamp de nous gratifier de quelques belles compositions, avec de temps à autre quelques cadrages surprenants, comme celui utilisé lors de la scène avec le général Montgomery. Dans la scène, ce dernier doit créer de la buée sur un miroir pour y dessiner un plan, et Schaffner nous le montre en très gros plan face caméra, ce qui ajoute une touche d’étrangeté plutôt incongrue mais assez bienvenue.


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La Musique 

vlcsnap-2015-05-17-19h49m19s118C'est Franklin J. Schaffner  lui même qui a insisté pour que Jerry Goldsmith signe la musique de Patton. Au départ, le compositeur devait en effet travailler sur le second volet de La Planète des Singes, mais le réalisateur avait tellement apprécié leur première collaboration et tenait tellement à l'avoir qu'il demandera à la Fox de casser son contrat. Le résultat, on le connaît: une musique en accord parfait non seulement avec le film mais avec son personnage principal.

Les expérimentations musicales du compositeur l'amèneront à utiliser l'Echoplex, un précurseur de la chambre d'écho, et le film est marqué à tout jamais par ces accords de trompette répétés à l'infini, qui donnent vie aux méditations du général sur la réincarnation. Goldsmith signe également une marche enjouée, qui traduit parfaitement la personnalité fonceuse de Patton. Malheureusement, bien que nominée, la partition ne remportera pas l'Oscar, les jurés préférant récompenser la guimauve de Francis Lai pour Love Story.

Par contre, la musique sera particulièrement bien traitée au niveau de son édition discographique, puisqu’elle sera réenregistrée à Londres pour la sortie de l'album. Le label 20th Century-Fox Records publiera le 33 tours sous sa forme originale, c'est à dire un panorama assez complet de la musique, avec en prime le discours d'ouverture. En 1997, Goldsmith réenregistrera la partition pour le label Varese mais le résultat n'est pas vraiment probant, à cause d'une prise de son mal adaptée. En 1999, c'est au tour du label Film Score Monthly de s'y coller, en utilisant les bandes originales, ce qui leur permet de sortir l'intégralité de la partition. C'est ensuite Intrada qui sort une édition qu'on peut qualifier de définitive, puisqu'elle regroupe à la fois les pistes originales remasterisées et l'album d'époque. On se tournera donc de préférence vers cette dernière version, toujours disponible sur le site de l'éditeur.


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En Vidéo
 
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Compte tenu de son important succès en salles, Patton est l’un des titres les plus prestigieux du catalogue Fox. Il a donc connu de multiples rééditions sur différents formats, les dinosaures nostalgiques du Strapontin ayant même connu l’édition VHS recadrée en “pan and scan” (une abomination) ! Ce fût l’un des premiers titres Fox à sortir en DVD en France, dans une édition simple, sans le moindre supplément. Du moins en France, car la version US contenait déjà un disque de suppléments … qu’on ne verra chez nous que 7 ans plus tard.





Le bonus le plus intéressant, c’est bien évidemment le reportage rétrospectif sur le film, d’ailleurs sous-titré A Tribute to Franklin J. Schaffner. Le doc revient en détail sur la production du film, avec des interventions de Richard Zanuck, président de la Fox à l’époque, du directeur de la photo Fred Koenekamp et du compositeur Jerry Goldsmith, plus des extraits d’interviews audio avec Schaffner et George C. Scott. Un document très complet, qui couvre tous les aspects liés au film, même si certains sont plutôt discutables. On se serait bien passé des interventions sensationnalistes d’Oliver Stone, qui prétend que la politique désastreuse de Nixon au Vietnam a été directement influencée par le fait que l’ex-président était un grand fan du film. Ben voyons !


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pc5Pour ce qui est du blu-ray, la première édition française, même si elle peut paraître d’une qualité plutôt honorable, est cependant à éviter. D’abord parce que les bonus ont été zappés, et ensuite parce que l’image a été passée au réducteur de bruit, ce qui a eu pour effet de lisser l’image, gommer le grain et aussi pas mal de détails. Plutôt désastreux lorsqu’on sait que Patton avait été filmé en utilisant un dérivé du 70 mm, le Dimension 150, ce qui devait garantir une image HD irréprochable. Une seconde version a été récemment éditée aux USA, qui respecte parfaitement l’image d’origine. Le seul problème, c’est que cette édition est pour l’instant cantonnée au marché américain, et que les éditeurs français ne semblent pas vraiment décidés à la sortir dans notre beau pays. Après tout, tant qu’un ancien master peut être fourgué à des consommateurs pas trop regardants, pourquoi se priver ? Il faudra donc patienter pour pouvoir profiter du chef d’œuvre de Schaffner dans une qualité digne de ce nom.

 

La Petite Madeleine

La rencontre entre Patton et le Strapontin, ça remonte à… bien longtemps ! Découvert à la télévision, à une époque où on pouvait encore voir des grands classiques en prime time, sans qu’ils ne soient entrecoupés de pub ou bien recadrés, sur la Une, qui se s’appelait pas encore TF1 à l’époque. Le film a été d’ailleurs été diffusé plusieurs fois sur les chaines Hertziennes. Mais la vraie révélation, c’est la projection récente à la Cinémathèque d’une copie 70 mm, dans le cadre d’une rétrospective dédiée à ce format. Si le son était un peu à la ramasse, découvrir Patton sur grand écran dans son format natif était une expérience unique. M’accompagnait ce jour-là une complice de nombreuses sorties que le Strapontin a formé à la dure, au fil de très nombreuses pérégrinations cinéphiliques. Cette chronique lui est dédiée.

lundi 18 mai 2015

Légitime Violence

(Rolling Thunder)

Film de John Flynn (1977), avec William Devane, Tommy Lee Jones, Linda Haynes, James Best, Dabney Coleman, etc…

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Curieux parcours que celui de ce petit film des années 70. Sorti en catimini (il n’a d’ailleurs jamais réellement été distribué en France à l’époque), il s’est petit à petit taillé une modeste réputation, en grande partie parce que Paul Schrader en avait signé le scénario, et que l’intrigue n’était finalement pas si éloignée que ça du fameux Taxi Driver de Scorsese. Et puis, top du top, le film a récemment été consacré par Quentin Tarantino, qui a avoué qu’il faisait partie de son Top Ten et qui a même baptisé sa société de production d’après lui. Hé bé !



vlcsnap-2015-05-15-00h16m27s231Au Strapontin, on se rappelle surtout qu’à l’époque, on avait bien salivé sur un film qui n’était finalement jamais sorti en salles. Déjà, on était bien fan de William Devane, cet acteur découvert avec le Family Plot d’Hitchcock et le Marathon Man de Schlesinger. Ensuite, une intrigue en béton, avec un ancien du Vietnam, le major Charles Rane, qui se fait dérouiller sauvagement et se venge de ses agresseurs. Bref, ce qu’on appelle un bon vigilante movie. sauf que notre ami Devane se fait carrément déchiqueter la main dans un broyeur à ordures et règle ses comptes avec un crochet à rendre jaloux le capitaine dans Peter Pan.

 



 

vlcsnap-2015-05-15-00h19m54s226Vous imaginez donc que cette découverte avait pour le Strapontin quelque chose de très spécial. C’est d’ailleurs assez amusant de constater que, dans des cas comme celui-ci, le film qu’on construit dans sa tête est fichtrement plus enthousiasmant que celui qu’on découvre. Non que ce Rolling Thunder soit mauvais. Simplement, on en attend un peu plus de punch, et on se retrouve finalement devant un film très mollasson, ce qui, pour une histoire de vengeance, n’est pas vraiment pertinent. Alors oui, on nous en rajoute une tranche sur les problèmes de réadaptation des vétérans du Vietnam, mais la réalisation fait tellement série B que le message a du mal à passer.

 

 

 

vlcsnap-2015-05-15-00h13m07s38Car il y a de bonnes choses dans le scénario de Schrader, mais la mise en scène de John Flynn est tellement paresseuse qu’elle n’en tire jamais vraiment parti. Le héros se fait gentiment larguer par sa femme, qui s’est rapproché d’un voisin flic pendant sa captivité, et le film est assez adroit pour nous faire ressentir la dureté de la situation, de même qu’il est plutôt touchant dans la description des rapports de Rane avec un fils qu’il n’a pas vu grandir. William Devane encaisse sans rien dire, déambule comme dans un rêve, se fait brancher par une serveuse mimi puis passer à tabac par une bande de loubards qui lui piquent son fric et tuent sa femme et son gosse. Carrément.

 

 

 

vlcsnap-2015-05-15-00h29m36s129La suite, c’est bien évidemment la vengeance proprement dite, qui est menée sur un rythme tellement amorphe qu’on finit très vite par s’en désintéresser. Le tout épicé de flashbacks lourdingues où le héros se fait torturer par les Viets, subtilement accompagnés d’une musique pataude. Heureusement, le film redresse la barre dans sa dernière séquence, un gunfight à la Peckinpah qui fleure bon le fusil à pompe et le canon scié. Ça défouraille franchement, avec en prime la participation d’un Tommy Lee Jones tout jeune et déjà sacrément bon.

 

 

 

Donc ma foi, ce Rolling Thunder nous laisse plutôt perplexe. Pas assez nerveux ni couillu pour un revenge movie, pas assez humain pour une réflexion sur le retour au civil des soldats du Vietnam, il rate constamment le coche, malgré un scénario solide. Seule consolation de cette série B sans conviction, William Devane est véritablement excellent, dans un jeu tout à l’économie qui fait vraiment regretter que cet acteur sous-estimé n’ait pas connu une carrière plus brillante.

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mardi 12 mai 2015

La Famille Bélier

Film d’Eric Lartigau (2014), avec François Damiens, Karin Viard, Louane Emera, Eric Elmosnino, Roxane Duran, etc…

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Franchement, vous savez quoi ? Eh ben j'y allais plutôt à reculons, comme dès qu'il s'agit de films qui font l'unanimité, on ne refait pas le Strapontin. En plus, le fait que la jeune star féminine ait été la révélation du télé-crochet de TF1, ça calmait aussi pas mal. Donc oui c'est vrai, on plaide coupable : La Famille Bélier, on avait zappé, malgré les bons conseils des uns et des autres, les "mais si, tu verras, c'est cool !".


 

vlcsnap-2015-05-12-23h08m34s198Il faut dire aussi que le CV du réalisateur Eric Lartigau était loin d'être une référence. Avec des casseroles comme Pamela Rose ou Un Ticket pour L'Espace, forcément ça incitait pas. Eh ben franchement vous savez quoi ? On aurait eu tort de se priver. Car si La Famille Bélier n'est pas le chef d'œuvre de l'année, c'est un exemple de ce que les américains appellent un feelgood movie, autrement dit le film qui vous file la pêche et d'où on ressort avec un sourire grand comme ça. 

 

 

 

 

vlcsnap-2015-05-12-23h10m49s253Pourtant, c'était pas gagné d'avance. Qui aurait misé un kopek sur la chronique d'une famille dont les parents sont sourds et dont la fille se révèle être une chanteuse hors-pair ? Raconté comme ça, ça donne pas vraiment envie, et pourtant. Le film évite d'entrée de jeu tout sentimentalisme inutile pour se définir comme une sorte de Little Miss Sunshine à la française, une comédie sans prétention avec de ci de là quelques belles idées et un regard tout sauf apitoyé sur les handicapés.

 

 

 


 

vlcsnap-2015-05-12-23h19m21s238Certes, vous me direz que le film aurait pu aller jusqu’au bout de sa logique et donner les deux rôles principaux à de vrais handicapés. Parce que c’est vrai, malgré tout, que François Damiens et Karin Viard, tout excellents qu’ils sont, ne s’effacent pas réellement derrière leurs personnages, et même s’ils sont plutôt crédibles, ils imposent avant tout leur propre image. De même, on peut déplorer certains bons gros clichés comme le personnage du prof de chant, impitoyable au début, mais qui se révèle être une véritable crème. Ou bien la première visite du petit ami, qui est carrément et forcément catastrophique. Et perso, je me serais bien passé d’entendre du Sardou, même super bien chanté, mais bon c’est affaire de gout.

 

 

 

vlcsnap-2015-05-12-23h17m52s97Là où le film emporte le morceau, c’est dans ses petits apartés surprenants. Pendant la première représentation de l’héroïne, la bande-son s’efface petit à petit pour laisser place à des vibrations, nous mettant carrément à la place des deux parents, heureux mais incapables de profiter pleinement du triomphe de leur enfant. C’est une belle idée, assez culotée et finalement émouvante, tout comme l’est la scène où le père tente de ressentir le chant de sa fille. Le final, par contre, est un petit peu trop classique et convenu pour être réellement convaincant. 

 

 

 

Pittoresque et agréable, La Famille Bélier, c’est un peu du cousu main aussi. Inévitablement, le public s’est retrouvé dans une comédie juste un peu différente des autres, qui exalte à fond les valeurs familiales. Mais comme les acteurs sont bons et les situations bien vues, on se laisse volontiers prendre au jeu, même si tout cela a un léger parfum de déjà vu et s’il n’en reste pas grand chose après la projection. Très agréable.

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