Film de Joann Sfar (2010), avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Doug Gordon, Mylène Jampanoï, etc..

La
biographie filmée (ou biopic, en anglais dans le texte), c’est toujours
un peu casse-gueule, et rares sont les vraies réussites dans le genre. Outre l’aspect
anecdotique (« Ah, tiens, machin il était accro à la coke »),
cinématographiquement parlant, ça n’est jamais bien extraordinaire. C’est
pensé, calibré pour le grand public, et du coup, il n’y a pas beaucoup de marge
pour une œuvre personnelle. Or justement, s’il y a bien un domaine dans lequel
ce Gainsbourg, Vie Héroïque se démarque, c’est dans le ton très particulier
de sa mise en scène. D’ailleurs, le réalisateur Joann Sfar annonce clairement
la couleur : ce n’est pas « un film de … », c’est « un
conte de … ». Et en effet, il ne faut pas chercher le réalisme et se
laisser entraîner dans un périple en forme de rêve de gosse. C’est très
déconcertant, mais finalement assez plaisant une fois qu’on a trouvé ses
marques. Le seul problème, et il est de taille, c’est que, tout séduisant qu’il
soit, cette rêverie n’a pas grand’chose à voir avec le personnage de
Gainsbourg.

Pour
les gens de la génération du Strapontin, Gainsbourg, c’était une image
sulfureuse, décadente, quelqu’un qui n’hésitait pas à ruer dans les brancards
et qui était complètement incontrôlable. Lorsqu’il était invité sur un plateau
de télé, tout était possible, et le zapping s’en souvient encore avec des
épisodes marquants comme le billet de 500 francs ou son
« I want to
fuck you » à Whitney Houston chez Drucker ! Outre cette
provocation, Gainsbourg adorait jouer avec les interdits, c’était vraiment un
artiste
hardcore dans tous les sens du terme. Joann Sfar, le réalisateur,
a délibérément choisi de faire abstraction de tout ce côté too much de l’artiste
et son choix se respecte. Mais du coup, on ne reconnaît pas vraiment Gainsbourg
dans tout ça, et tous les épisodes marquants de sa vie (Bardot, la Marseillaise…)
apparaissent comme des petites vignettes plaquées sur le reste. Donc, en
définitive, le bilan est très mitigé : si l’on fait abstraction du personnage
(mais le peut-on vraiment ?), c’est un film très original et intéressant. Et
dans le cas contraire, on n’y trouve pas assez de l’âme ni de l’aspect
hors-normes de Gainsbourg. Ca donne un film entre deux chaises, indéniablement
séduisant et porté par la performance d’Eric Elmosnino, mais plombé par la
stature de son sujet. Dommage.
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