mardi 29 novembre 2011

Calme Blanc

(Dead Calm)

Film de Phillip Noyce (1989), avec Sam Neill, Nicole Kidman, Billy Zane, etc...




















Ce fût l’un des gros coups de cœur du Strapontin au début des années 90 et revisité aujourd’hui,ce Dead Calm a plutôt de beaux restes. A l’époque, son producteur, George Miller avait le vent en poupe. Sa trilogie Mad Max l’avait désigné comme un réalisateur d’action extrêmement doué, dont le style percutant était unique en son genre. Qui plus est, le sujet avait de quoi faire saliver tout bon cinéphile qui se respecte : le livre de Charles Williams,dont le film est tiré, était l’un des projets inaboutis d’Orson Welles. Commencé sous le titre de The Deep, il n’a jamais été terminé et seules quelques séquences existent sous la forme d’une copie de travail dans les caves d'une cinémathèque.



L’intrigue est simple mais forte : un couple, parti pour une croisière à la suite du décès de leur fils, recueille sur son bateau un étrange individu, venant d’un navire dont il dit que tout l’équipage est mort. A partir de cette simple situation se développe un suspense intense et prenant. D’entrée de jeu, Dead Calm ne fait pas de cadeau au spectateur en osant montrer, dès sa séquence d’ouverture, la mort d’un enfant. Avec une aisance incroyable, le film aligne tranquillement une intro particulièrement scotchante. Le contraste est d’autant plus saisissant avec le cadre suivant de l’action, la pleine mer et son calme. Elle va pourtant devenir le théâtre d’une confrontation particulièrement forte qui va nous maintenir en haleine pendant une heure et demie.



Bien évidemment, le film repose pour une bonne part sur les épaules des trois acteurs, tous excellents. Sam Neill, qui à l'époque commençait à percer aux USA, est bon dans un rôle un peu ingrat. Billy Zane,qui joue le  psychopathe, est excellent, même s'il surjoue parfois un peu (on peut d'ailleurs noter que par la suite, il a été  condamné à ce genre de rôle de beau gosse pas gentil: voir Titanic). Mais la véritable révélation du film, c'est Nicole Kidman, qui faisait ici ses débuts. Mélange de fragilité et de détermination, sa performance est un splendide galop d'essai qui porte le film d'un bout à l'autre.




On pourra objecter qu'au bout d'un moment, le cadre très restreint de l'action limite les possibilités dramatiques. Finalement, le décor finit par devenir secondaire et on retombe alors sur le bon vieux concept de la femme menacée par un barjo. Cependant, l'héroïne n'est pas une gourdasse qui passe son temps à hurler, mais bien une femme qui fait tout ce qu'elle peut pour sauver sa peau. Le réalisateur Phillip Noyce a alors le bon goût de ne pas trop étirer l'action et d'éviter les clichés propres au genre. C'est carré et sans temps mort. Sa mise en scène, sobre et efficace, fait un peu regretter qu'il se soit depuis cantonné à des films trop pépères (Jeux de Guerre ou bien Sliver, un clone moisi de Basic Instinct, n'ont rien de très enthousiasmant).


À l'exception d'une ou deux fautes de goût (la musique, notamment), Dead Calm est un suspense au concept très original, qui mérite d'être redécouvert. Si vous aimez les thrillers bien fichus et pas prise de tête, ce film est pour vous !





Dead Calm est très facilement trouvable en DVD chez Warner Home Video, hélas dans une édition plus que basique (le film, point barre). C'est dommage car on aurait bien aimé en savoir plus sur les conditions de tournage et les origines de ce projet. Heureusement et c'est déjà pas mal, la copie est de bonne qualité.

dimanche 20 novembre 2011

Monsters


Film de Gareth Edwards (2010), avec Scott McNairy, Whitney Able, Mario Zuniga Benavides, Annalee Jefferies, etc…

 














En voilà un parti-pris qu’il est intéréssant : montrer une invasion extra-terrestre de façon réaliste, presque documentaire. District 9 avait préparé le terrain, et voici maintenant ce Monsters, précédé d’une réputation plus que flatteuse. Résultat des courses, le film est plutôt couci-couça. En soi, l’idée est plutôt bonne, et le traitement de l’histoire est assez réussi : on est loin du faux style reportage en caméra portée qui plombait District 9. Gareth Edwards, le réalisateur, ne nous montre les aliens que fugitivement, sur un écran de télé, et insiste bien sur les détails géo-politiques de cette invasion : les extra-terrestres sont parqués dans une zone de quarantaine que les héros doivent bien évidemment traverser. Plus d’une fois, on oublie complètement l’élément S.F. de l’intrigue, ce qui est plutôt une bonne chose. Le problème, c’est que Monsters semble fait à la va comme je te pousse, sans direction réelle, presque improvisé. Le film met bien l’accent sur les conséquences visibles des attaques et nous montre (et sur-montre) des paysages de désolation, avec immeubles effondrés et carcasses d’avions écrasés. Et surtout, les rapports entre les deux personnages principaux sont finalement assez convenus et pas franchement palpitants. Leurs personnalités et leur parcours personnels ne sont pas vraiment intéressants, donc en définitive, on s’en bat un peu l’œil de ce qui peut leur arriver. C’est d’autant plus décevant qu’il y a quelques bonnes séquences (l’attaque nocturne dans la jeep, notamment) et que le design des extra-terrestres est original et intriguant. Une belle occasion manquée.

mardi 15 novembre 2011

Peter Gabriel 4

Au Strapontin, on a toujours été client de Peter Gabriel. Enfin, du moins le Peter Gabriel première période, celui de l’expérimentation sonore, un des premiers bidouilleurs de l’histoire de la pop. Déjà, pour abandonner son groupe en pleine gloire, il fallait en avoir. Puis pour imposer son style avec autant de brio, petit à petit, avec des albums inhabituels (tous titrés simplement « Peter Gabriel », juste histoire de faire un petit peu plus dans l’originalité.

Ma rencontre avec Gabriel date du lycée, à une époque où mes camarades – merci à eux ! – ont considérablement élargi mon horizon musical en me faisant découvrir des bonnes choses dont, entre autres, Genesis. De là date une véritable passion pour ce groupe, que j’ai inlassablement suivi depuis, au gré de ses fortunes diverses et variées. On en reparlera sur le Strapontin. Et donc qui dit Genesis dit forcément, quelque part, Gabriel. J’avais été fortement impressionné par son 3ème album, et je me souviens encore de l’attente fébrile pour le 4, de notre première écoute à la fois surprise et enthousiasmée. Souvenirs, souvenirs! Ca nous rajeunit pas, tout ça!

Il faut dire que Peter Gabriel 4 ou plutôt Security, comme il a été baptisé outre-Atlantique est un album audacieux et culotté. Gabriel y fait ses premiers pas vers la world music, mais réinvente aussi le son. Tout l’album est bourré de trouvailles sonores incongrues, grâce à l’utilisation du Fairlight, qui permettait de synthétiser et de déformer des bruitages. Je me souviens encore d’un doc où on le voyait en train de fracasser des postes de télé pour se créer une bibliothèque d’effets sonores. Résultat, PG4 est un album étourdissant, d’une richesse sonore incroyable, et dans lequel les épopées planantes voisinent avec la pop la plus élaborée. Début des hostilités avec The Rhythm of the Heat, un morceau très atmosphérique, qui relate l'expérience d'un voyageur qui est littéralement possédé par le rythme pendant un cérémonial tribal autour d'un feu. Ca commence par des percussions en boucle, auxquelles viennent s'ajouter des accords sourds et profonds (assez curieusement, ce motif sera repris par le compositeur Jerry Goldsmith dans la partition du film Criminal Law). Puis la batterie entre en scène sur un rythme très appuyé, et petit à petit la tension monte jusqu'à ce que Gabriel hurle un "The rhythm has my soul" déchirant, suivi par un déchaînement de percussion et de batterie.

Une entrée en matière énorme, que prolonge le morceau suivant San Jacinto, qui nous transporte pendant un rituel indien, avec des orchestrations planantes. On se croit parti pour un trip initiatique, mais Gabriel nous ramène bien vite sur Terre avec I Have The Touch, une chanson sur l'incommunicabilité. Un morceau aux tonalités plus modernes, soutenu par une rythmique implacable et des synthés décalés, mais qui sait pourtant devenir émouvant vers la fin, avec ce "I need contact" qui conclut la chanson. L'autre grand moment du disque, c'est Shock the Monkey, le seul et unique tube qui sera extrait de l'album. A fond dans son trip moderniste, Gabriel signe une chanson maligne, bâtie sur un motif de cinq notes particulièrement entêtant. Il ne faut pas vraiment chercher à décrypter les paroles (le chanteur indiquera qu'il s'agit d'une chanson sur la jalousie), qui ne sont le plus souvent que prétextes à des jeux sur les mots. Le clip, par contre, est une formidable réussite. Réalisé par David Mallet, il développe une atmosphère angoissante et oppressante et regorge d’idées visuelles toutes plus folles les unes que les autres. En 1982, le chanteur avait déjà compris que la vidéo musicale n’était pas qu’un outil de marketing, mais également un moyen d’expression à part entière.

Les autres morceaux peuvent paraître plus sages et moins aventureux (en particulier Kiss of Life, une conclusion mi-figue mi-raisin). On retiendra essentiellement Lay Your Hands on Me, à la batterie cinglante (en concert, le chanteur choisissait cette chanson pour faire du crowd surfing en se jetant dans la foule) et le joli mais anecdotique Wallflower, qui annonce ses chansons plus engagées.








Security nous montre un Peter Gabriel au mieux de sa forme. Il prolonge les expérimentations du troisième album, leur ajoute un soupçon d’exotisme qui deviendra, comme le montrera la suite de sa carrière, une des sources d’inspiration essentielles du chanteur. Un album foisonnant et unique, parfois difficile d’accès, mais constamment inventif.



En bonus, la vidéo de Shock the Monkey (merci YouTube!), mais également un lien vers des photos prises pendant les sessions d'enregistrement par Larry Fast, qui jouait des claviers sur l'album.


Un Jukebox en Enfer

Non content de faire dans la critique de films et de concerts, le Strapontin diversifie encore davantage son activité avec des chroniques musicales! On vous avait prévenus: le Strapontin c'est du cinéma, de la musique, mais pas que ... Donc pour satisfaire à cette accroche, on se lance aujourd'hui dans la critique d'albums, en espérant que les quelques valeureux lecteurs qui nous restent ne sombreront pas dans un sommeil de plomb! En tous les cas, on espère que vous apprécierez tous cette nouvelle déclinaison du Strapontin. Allez, au taf, parce que comme on dit, y'a du boulot!!

lundi 14 novembre 2011

L'Echange

(Changeling)

Film de Clint Eastwood (2008), avec Angelina Jolie, John Malkovich, Jeffrey Donovan, Colm Feore, Michael Kelly, etc...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Clint Eastwood m'épate vraiment. En plus d'avoir été une des figures emblématiques du cinéma des années 70, il s'est, depuis plusieurs années, forgé une réputation de metteur en scène assez épatante. Outre le fait qu'il aille dénicher des sujets forts qui ne sont pas forcément ceux auxquels tout le monde pense, il sait leur apporter cette touche d'humanité qui les différencie du lot. Et plus que tout, il sait magnifiquement manier l'émotion, même dans ce qu'elle peut avoir de plus trivial. Entre ses mains, des films comme Million Dollar Baby ou The Bridges of Madison County deviennent plus que des mélos. Ce sont des films dont le contenu humain vous touche, mais davantage parce que vous êtes profondément impliqués dans l'histoire que parce que vous êtes manipulés par une émotion facile.
 
 
 
 
J'avoue que je craignais un peu ce Changeling, principalement à cause d'Angelina Jolie qui, malgré ses attraits physiques (le Strapontin n'est pas de bois!) ne m'avait jamais réellement convaincu en tant qu'actrice. Donc, la perspective de la voir en première ligne sur un sujet qui traite tout de même du rapt d'un enfant, j'étais sceptique. Ces a-priori sont balayés dès la première minute: non seulement elle s'impose remarquablement en tant qu'actrice à part entière, mais elle porte aussi le film sur ses épaules dans une performance qui n'est rien moins que magnifique.
 
 
 
 
 
 
Il faut dire que le sujet de Changeling est extrêmement riche, puisqu'il s'agît à la fois d'un drame humain, d'une intrigue policière, d'un plaidoyer contre l'internement, d'un procès contre la corruption. L'intrigue initiale, la disparition du fils de Christine Collins (Angelina Jolie) n'est que la première pièce d'un puzzle immense, d'une épopée humaine à la fois troublante et formidablement émouvante. Au travers de ce parcours, Eastwood règle son compte à une police corrompue, à des ronds-de-cuir pour qui il est plus facile d'interner ceux qui les gênent que de reconnaître leurs erreurs.
 
 
 
 
 

L'histoire, inspirée de faits réels, est édifiante, et il faut saluer l'incroyable travail de fourmi du scénariste J.Michael Straczynski, qui a épluché pendant près d'un an les archives relatives à cet affaire. Tout comme ce travail minutieux sur le script, Changeling regorge de petits détails invisibles, mais qui contribuent à la véracité de l'ensemble. Par le biais d'effets visuels parfaitement indétectables, Eastwood fait renaître le Los Angeles des années 30. De la même manière, sa réalisation sert son sujet sans jamais attirer l'attention sur elle, et si on reconnaît l'auteur, c'est dans cette manière dont il impose à son héroïne un long chemin de croix, pour ensuite mieux la faire triompher de toutes ces embuches lui permettre d'imposer sa propre vérité.
 
 
 
 
 
Il y a un côté un peu manipulateur dans les séquences qui se déroulent au sein de l'asile. Eastwood taquine notre indignation par tous les moyens pour mieux nous faire savourer le triomphe de Christine Collins. Mais cela nous vaut quand même de très belles scènes avec Amy Ryan, en particulier lors de la libération de toutes ces femmes emprisonnées à tort. Là encore, le réalisateur n'enfonce jamais le clou et ne verse jamais dans la facilité. Ce n'est qu'une étape de la fresque qu'il déroule sous nos yeux, et il ne lui accorde pas plus d'importance que d'autres épisodes.
 
 
 
 
 
 
La partie la plus poignante tourne bien entendu autour d'un serial killer, d'ailleurs remarquablement interprété par Jason Butler Harner. Il suffit de quelques flashbacks elliptiques pour nous faire saisir toute l'horreur de la situation. Eastwood sait que le contenu émotionnel de son film est déjà très fort, et il ne cherche pas à surenchérir dans le sensationnel pour donner plus de poids à son film. Au contraire, Changeling reste du début à la fin d'une formidable maîtrise sur le plan dramatique. Là où certains auraient fait déraper les dernières séquences vers un plaidoyer sur la peine de mort, il montre une exécution dans toute sa crudité, mais sait nous faire lire dans les regards de ses personnages le fait que cette mise à mort ne résoudra rien pour eux. C'est plutôt à travers une dernière révélation que l'héroïne parviendra à trouver enfin la sérénité.
 
 
 
A la fois émouvant et puissant, Changeling est un sujet hors-normes, auquel la réalisation d'Eastwood sait apporter toute sa force mais aussi, paradoxalement, sa formidable discrétion. A travers un style élégant, le réalisateur sait s'effacer derrière son histoire et la servir sans tirer la couverture à lui. Il n'était pas évident d'arriver à trouver un équilibre dans une histoire aussi forte et aussi chargée émotionnellement. C'est donc dans la simplicité et la sobriété que triomphe ce Changeling. Dans la continuité de ses précédents films, Clint Eastwood nous donne un nouveau chef d’œuvre de sensibilité, qui sait également être une passionnante quête pour la vérité. Superbe.
 
 
 
 
 

Le Casting
Angelina Jolie trouve ici le rôle de sa carrière, point barre. En une ou deux séquences, elle nous fait oublier les innombrables nanars où elle s'est commise. A ses côtés, John Malkovich est fidèle à lui-même, c'est-à-dire excellent. Parmi les bad guys, la prestation de Jason Butler Harner tient bien entendu le haut du pavé, mais il faut souligner celle de Jeffrey Donovan, dans le rôle ingrat du flic J.J. Jones. Enfin, signalons la présence de Colm Feore, plus connu pour ses prestations télévisées (24, notamment).
 
 
 
Angelina Jolie
John Malkovich
Jeffrey Donovan
Colm Feore
Jason Butler Harner
Michael Kelly
Denis O'Hare
Amy Ryan
 
Enfin, pour ceux qui voudraient avoir quelques précisions sur les effets visuels du film, le tout début de cette vidéo explique la réalisation de certaines séquences.

dimanche 13 novembre 2011

Les Femmes de Stepford

(The Stepford Wives)

Film de Bryan Forbes (1975), avec Katharine Ross, Peter Masterson, Paula Prentiss, William Prince, Nanette Newman, Carol Rossen, etc...

 




























Il y a des films qui acquièrent une réputation culte comme ça, sans qu'on comprenne très bien pourquoi. A se demander si, quelque part, toute une frange du public ne porte pas le film aux nues simplement parce qu'il est différent, et sans très bien savoir si cette différence est véritablement assumée, ou plus simplement le résultat d'une mise en scène maladroite.



C'est la question que je me suis posée en regardant The Stepford Wives, un film dont la réputation taquinait ma curiosité depuis bien des années. L'intrigue, tirée d'un roman d'Ira Levin (l'auteur de Rosemary's Baby), raconte comment un jeune couple, nouvellement installé dans la petite ville de Stepford, commence à découvrir des choses bizarres, et se dire que pas mal de trucs ne tournent pas rond. Toutes les femmes du village sont des ménagères modèles, toutes dévouées à leurs maris. L'héroïne (Katherine Ross) et une de ses amies mènent leur enquête, jusqu'à ce que l'une des deux finisse par devenir une légume comme toutes les autres. Place donc à la révélation finale, qui finalement n'est pas tant une surprise, tant on la sent venir vraiment longtemps à l'avance.





Résultat des courses: qu'est ce que c'est mou !!  C'est bien beau de se vendre comme un thriller ou un film à suspense, mais encore faut-il assurer derrière. Le rythme ici est tellement relâché qu'on a vraiment du mal à entrer dans le film, et on n'est pas vraiment aidé par les performances décalées des différents acteurs. On sent que le réalisateur Bryan Forbes n'est pas vraiment impliqué tant l'aspect visuel est désespérément plat et convenu. Pour la petite histoire, Brian De Palma avait été pressenti pour diriger le film, mais le scénariste William Goldman s'y est formellement opposé... pour finalement se retirer du projet à cause de divergences artistiques! On rêve à ce que De Palma aurait pu faire d'un tel sujet, en particulier lui apporter une identité visuelle qui fait cruellement défaut ici. On pense parfois à un autre film-culte, The Wicker Man, qui maniait aussi ce genre de ton étrange et inquiétant, mais avait au moins pour lui le fait d'aller jusqu'au bout de son idée et d'imposer une conclusion véritablement choquante. Ici, c'est du pépère, du fait maison du début à la fin!


Alors oui, il y a effectivement un côté bizarre qui aurait pu être efficace s'il avait été correctement traité, mais le reste est tellement inintéressant, tant sur le plan visuel que dramatique, qu'on reste constamment au ras des pâquerettes. Dommage car le sujet méritait vraiment beaucoup mieux.


Pour information, le film a fait l'objet d'un remake en 2004, interprété par Matthew Broderick, Christopher Walken et Nicole Kidman. Remake que le Strapontin a vu, mais dont il n'a hélas pas gardé un souvenir impérissable (et encore, je suis en dessous de la vérité puisque je ne me souviens absolument de rien... ce qui est tout de même un peu gênant pour en parler!)

mercredi 9 novembre 2011

La Proie

Film d'Eric Valette (2011), avec Albert Dupontel, Alice Taglioni, Sergi Lopez, Stéphane Debac, Natacha Régnier, etc.
















Avec des films comme Pour Elle ou A Bout Portant, on s’était dit que la renaissance du cinéma de genre était en marche dans notre beau pays. C’est pourquoi on attendait avec intérêt ce nouveau polar avec Dupontel. A l’arrivée, il faut bien dire qu’on déchante un peu. La Proie, sans atteindre la nullité d’une production Besson, est une belle occasion manquée.

 Pourtant, ça partait plutôt bien, avec toute une première partie dans une prison assez réussie. Dupontel joue un cambrioleur dont tout le monde veut la peau, et qui se mouille pour défendre un homme accusé injustement. Ca castagne dur, la réalisation assure sans trop en rajouter, bref on se dit l’espace d’un instant qu’Eric Valette va nous réussir un bon petit polar bien troussé. Malheureusement, la suite est loin d’être du même tonneau. Dès que Dupontel s’évade, La Proie devient une longue enfilade d’invraisemblances, pleine de facilités scénaristiques.

Passe encore qu’on nous vende des séquences d’action à la limite de la vraisemblance, dans lesquelles le héros fait des bonds de cabri pour échapper à la police. Non, là où le film se fourvoie un peu, c’est qu’à partir du moment où l'action s'emballe, tout devient très mécanique. Toute l’émotion, pourtant assez bien mise en place dans les premières séquences, fait place à l’adrénaline pure et simple et le film ne prend jamais le temps d’étoffer un tant soit peu ses personnages.



C’est très dommage, car de toute évidence Valette sait manier une caméra, et donner de l’ampleur à une scène à l’aide de petits artifices de mise en scène. Qui plus est, La Proie a l’air d’avoir tout de même bénéficié de moyens plus que confortables, ce qui se traduit à l’écran par des séquences d’action bien découpées et mises en valeur sur le plan visuel, et soutenues par un montage nerveux et précis. Seul bémol de taille: une musique vraiment mauvaise, qui plombe plus d'une fois les moments forts du film.


Malheureusement, le scénario est loin d’être de la même cuvée, accumulant les coïncidences et les facilités. De plus, comme disait Hitchcock «plus réussi est le méchant, meilleur sera le film». Ca m’ennuie un peu de démolir Stéphane Debac, mais son serial killer façon jeune trentenaire catho ne passe pas la rampe et fout un peu le film en vrac. C’est bien dommage car face à lui, Albert Dupontel a, comme toujours, une présence incroyable. Dès les premières scènes, il arrive à faire passer par un simple regard toute la frustration et la colère de son personnage. On regrette simplement qu'il n'ait pas trouvé, comme dans Le Convoyeur, un script et un réalisateur à la hauteur de son interprétation.  


 
Le Générique:
C'est assez rare pour être souligné, La Proie possède un générique de fin très stylé. Sans égaler les chefs d’œuvre de Saül Bass, cette création de François Ferracci est vraiment très réussie, mariant intelligemment l'image de synthèse avec une conception graphique de forme assez classique. Dommage que le reste du film ne soit pas du même niveau.