mardi 10 janvier 2012

Intouchables

Film d'Eric Toledano et Olivier Nakache (2011), avec François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny, Audrey Fleurot, Clothide Mollet, etc...

Un film qui cartonne au box-office, c’est toujours suspect. On part du principe que forcément, parce que ça a plu à x millions de personnes, c’est forcément bon… Ou bien alors, si on veut faire dans le cynisme, on part du principe qu’un succès public est automatiquement assimilé à de la daube. Bref, dans un cas comme dans l’autre, le film cesse d’être un film et devient recta un phénomène de société.

Assez curieusement, Intouchables reste au-dessus de ce débat, un peu comme s’il était touché par la grâce. Alors qu’il explose tranquillement des records, le film de Nakache et Toledano bénéficie d’une côte d’amour énorme auprès du public, reflet même de son bon esprit et de son allure sympathique. Le fait est qu’Intouchables est un film très agréable, même s’il est loin d’être révolutionnaire. S’inspirant de faits réels, les auteurs ont intelligemment adapté l’histoire aux principes du buddy movie, à savoir l’idée de faire cohabiter deux personnages aux caractères diamétralement opposés.

Tout le sel du film provient de la confrontation entre Philippe (François Cluzet), tétraplégique, et son infirmier Driss (Omar Sy), zonard des cités. Deux mondes différents, deux modes de vie opposés qui vont se rencontrer, apprendre à se connaître et finalement lier une belle amitié. Bon, c’est vrai qu’on n’évite pas les clichés, loin de là. La peinture de la vie de banlieue, en particulier, sent le déjà vu, avec la famille archi-nombreuse et le petit frère qui ne peut qu’être corrompu par les méchants dealers. De même, la charge contre l’art moderne est plutôt facile et lourdingue. Enfin, c’est aussi un peu convenu d’opposer musique classique et funk, encore que les auteurs n’ont pas pris de gros risques : la musique qu’écoute Driss ressemble plus à celles qu’écoutent les réalisateurs plutôt qu’aux groupes en vogue actuellement. Un peu facile de mettre tout le monde dans sa poche en sortant l’énorme Boogie Wonderland, ça aurait été un peu moins facile avec un morceau de rap hardcore !

Pourtant, même avec autant de casseroles, Intouchables réussit à séduire. C’est dû en grande partie à l’alchimie entre les deux acteurs principaux, et en particulier au jeu relax d’Omar Sy. Autant j’étais réfractaire à ses sketches avec Fred sur Canal, autant je trouve que sa personnalité chaleureuse illumine le film. Il est le contrepoint idéal au jeu tendu et intériorisé de Cluzet, même si je trouve qu’il y a des moments où il en fait un peu trop, comme dans la séquence de blind test musical où il est clair qu’on l’a (un peu trop) laissé improviser. C’est grâce à lui que le parcours de Philippe devient crédible et touchant. François Cluzet, dans un autre registre, livre aussi une belle performance, très attachante.




Une bonne partie de la réussite du film provient des dialogues, à la fois spirituels et spontanés. L’alchimie entre les deux acteurs fait le reste. Intouchables ne joue pas la carte du mélo ou de l’apitoiement, et quand l’émotion est là, elle est juste et vraie (même si on se serait dispensé d’une énième scène finale au bord de la mer). C’est sans doute dans cette authenticité qu’il faut chercher le succès du film. Ni donneur de leçons, ni artificiel ou fabriqué, le film de Nakache et Toledano séduit par son côté rigolard et sincère. Pas un grand film, mais une comédie très agréable, qui mérite amplement son succès. 


lundi 9 janvier 2012

Les Aventures de Rocketeer

(The Rocketeer)

Film de Joe Johnston (1991), avec Bill Campbell, Jennifer Connelly, Alan Arkin, Paul Sorvino, Timothy Dalton, etc... 













 
 




 

 
 
 
 
The Rocketeer fait partie de ces films dont on ne sait pas très bien pourquoi ils n’ont jamais rencontré leur public. Pourtant, tous les ingrédients étaient réunis pour un beau succès, mais, on se sait pas très bien pourquoi, le film a été un flop. A l’heure de sa sortie en blu-ray, retour sur ce petit film qui a failli (juste failli) devenir un classique.
 
 
 
La vague d’adaptations de bandes dessinées au cinéma ne date pas d’hier. Il a fallu l’énorme succès du Batman de Tim Burton en 1989 pour que les producteurs s’intéressent au filon. L’adaptation de la BD de Dave Stevens avait tous les éléments pour emporter l’adhésion du public : un petit côté rétro directement hérité des Aventuriers de l’Arche Perdue plus une idée de départ ingénieuse.
 
 
 
 
 
 
 
Ni une, ni deux, Hollywood Pictures, une filiale de Disney, donne le feu vert au projet, qui est drivé par Danny Bilson et Paul de Meo (responsables quelques années plus tard de la série TV The Flash). Et comme Spielberg est définitivement hors de prix, on engage Joe Johnston, un ancien de la boite d’effets spéciaux ILM, qui avait déjà à son actif l’agréable Chérie J’ai Rétréci les Gosses.
 

 
 
cpt-2012-01-07-00h27m56s85Déjà, le calibre du metteur en scène donne une petite idée de ce qu’il fallait attendre de ce Rocketeer : Joe Johnston n’est effectivement pas Spielberg, mais il faut avouer qu’il se débrouille plutôt bien. Certes, il n’y a pas la personnalité d’un vrai metteur en scène à l’œuvre, mais le spectacle est riche, assuré sans temps mort ni faute de rythme, avec même quelques petites trouvailles de réalisation (la transition entre les collines d’Hollywood et les draps d’un lit).
 
 
 
 
 
 
cpt-2012-01-07-00h18m33s87Au crédit de Joe Johnston, on peut dire qu’il a su trouver le ton juste pour que The Rocketeer fonctionne. Il ne privilégie pas l’action, il y en a même relativement peu, ce qui pourrait expliquer l’insuccès du film. Les personnages, même s’ils ne sont pas particulièrement étoffés, sont sympathiques, et l’ensemble est mené avec une sorte de décontraction, un air de ne pas trop y croire qui renforce finalement l’impact du film. Le scénario a la bonne idée d’incorporer intelligemment à l’intrigue l’inventeur Howard Hughes, qui en légitime quelque part la crédibilité. Quant aux bad guys de l’histoire, leurs motivations sont laissées suffisamment floues pour maintenir l’intérêt. Enfin, la musique de James Horner soutient le spectacle avec classe et efficacité.
 
 

cpt-2012-01-08-18h52m35s228Mais la grande réussite du film réside dans ses effets spéciaux, même si, comparés à la perfection des trucages numériques actuels, ils paraissent parfois un peu datés. The Rocketeer est l’un des derniers films des années 90 réalisés avant l’avènement de l’infographie, et on y trouve quelques imperfections, deux trois caches un peu trop voyants. Cela n’empêche pas le film d’être une franche réussite au niveau de ses effets, même si ces derniers ont encore ce petit côté bricolé fait main qui ajoute énormément à leur charme. Toute la séquence finale avec le dirigeable est un grand moment, particulièrement spectaculaire.
 
 


Difficile de comprendre, donc, pourquoi avec tant de bonnes choses pour lui, The Rocketeer n’a jamais réellement trouvé son public. Diffusions télé trop rares, éditions vidéo basiques… La firme Disney, productrice du film, ne s’est jamais véritablement impliquée pour le promouvoir. Aujourd’hui encore, le blu-ray annonce fièrement une «édition 20ème anniversaire » sans le moindre supplément ! Le film mérite beaucoup mieux, et même s’il est loin d’être un chef d’œuvre, cela reste un divertissement de haute volée, qui satisfera sans mal tous ceux qui aiment le cinéma d’aventures rétro façon Indiana Jones. A redécouvrir et à réhabiliter dans la foulée.
 

 
 

Le Trombinoscope
Assurément un des points forts du film. C’est ce qu’on peut appeler une belle réussite au niveau du casting, tant tous les rôles sont intelligemment choisis et chacun joue le sien à la perfection. Bill Campbell, dans le rôle du Rocketeer, joue avec simplicité et sans en faire des tonnes, secondé par un Alan Arkin excellent. Jennifer Connelly ne colle pas vraiment à son équivalent dans la BD, qui était beaucoup plus sexy. Elle ressemble encore à la femme-enfant qu’elle jouait dans Labyrinth, et il lui manque peut-être un rien de sensualité pour le rôle, même si elle s’en tire plutôt bien. C’est toujours un plaisir de revoir Paul Sorvino, qui reste fidèle à lui-même. Mais la réelle surprise du film, c’est le méchant, joué avec malice par Timothy Dalton. J’ai toujours regretté que cet acteur n’ait pas trouvé de rôle réellement intéressant après avoir incarné James Bond. C’est donc une des rares occasions de pouvoir l’apprécier. Enfin, on pourra reconnaître William Sanderson, qui fût l’homme d’un seul rôle (et quel rôle !) : J.F. Sebastian dans Blade Runner.
 

Bill Campbell
Jennifer Connelly
Alan Arkin
Paul Sorvino
Timothy Dalton
Terry O'Quinn
Ed Lauter
William Sanderson



La Musique
Quand on parle de James Horner en matière de musique de film, ça fait doucement ricaner les puristes. En effet, après des débuts plus que prometteurs, le compositeur est bien vite retombé dans la facilité en se répétant plus d’une fois et pire, en recyclant des thèmes entiers d’une partition sur l’autre. C’est pourquoi il faut saluer bien fort la réussite de The Rocketeer. Il y a bien, de ci de là, quelques mesures déjà entendues ailleurs, mais l’ensemble est d’une très grande tenue. Horner est un passionné d’aviation, et il a reconnu que le sujet même du film l’avait beaucoup inspiré. Le thème principal mélange noblesse et énergie, et les différentes variations sont particulièrement réussies. Evoquant plus d’une fois l’écriture d’un John Williams, la musique réussit pourtant à ne jamais singer son style et à garder son identité propre. Le CD est devenu relativement rare, il faut donc espérer une prochaine réédition, assortie pourquoi pas de morceaux inédits.
 
 
 
Le Blu-Ray
Disney ne s'est pas vraiment foulé au niveau de l'édition et la mention "Edition 20ème Anniversaire" tient plus du foutage de gueule qu'autre chose. Il y a juste une petite bande-annonce d'assez mauvaise qualité, point barre. Vous me direz que tout ce qui compte, c'est le film lui-même, et de ce point de vue, c'est du bon travail, tout à fait digne du standard HD. En plus de la VO, on y trouve aussi la VF avec son doublage d'époque, et des sous-titres français. Enfin, bien qu'il s'agisse d'une édition US, elle est lisible sur n'importe quelle platine, ce qui n'est pas négligeable.

dimanche 8 janvier 2012

The Tree of Life

Film de Terrence Malick (2011), avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn, Hunter Mc Cracken, Laramie Eppler, etc.





 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Terrence Malick est un cas à part dans le cinéma américain. Avec 5 films au compteur (et pratiquement que du lourd), le cinéaste est une personnalité secrète, qui se montre peu, n’accorde jamais d’interview et vit totalement en marge du système Hollywoodien. Assez paradoxalement, surtout à une époque où le 7ème Art est plus que jamais régi par une logique de rentabilité, Malick bénéficie d’une indépendance artistique totale, qui fait de lui le dernier grand réalisateur américain à pouvoir faire exactement les films qu’il veut, tout comme Stanley Kubrick il y a quelques années.
 
 
 
The Tree of Life a suscité beaucoup de réactions, et en même temps c’est une bonne chose car comment un film aussi différent que celui-ci pouvait-il faire l’unanimité ? Très ambitieux, trop peut-être, il se propose de mettre en parallèle les rapports qui régissent une famille dans les années 50 avec la naissance de l’univers. Comme la majorité des spectateurs, vous vous demanderez pourquoi. Il n’y a pas d’explication rationnelle, et il ne faut surtout pas la chercher, au risque de rester totalement hermétique au film. Chacun pourra y apporter la signification qu’il le désire. Malick, dans le fond, ne fait que resituer l’homme, dans tout ce qu’il a de plus ordinaire, au sein de l’infini.
 
 
 


 
 
Alors c’est vrai que plus d’une fois on est chahuté par cette mise en images totalement libre, qui va où elle le veut, sans craindre les ruptures de style. Contrairement aux films actuels, qui posent leurs enjeux dès les premières minutes de projection, The Tree of Life égare le spectateur, qui ne sait plus où il en est. Petit à petit se dessine la vie de cette famille américaine, menée par un père autoritaire (excellent Brad Pitt), et dans laquelle un enfant, Jack, tente de trouver sa place. On le retrouvera quelques années plus tard, devenu adulte, sous les traits de Sean Penn. Mais, là encore, aucune trame dramatique classique, aucune grille de lecture familière ne nous permettra d’apprivoiser le film.
 
 
 

 
 
Parallèlement, The Tree of Life est une expérience visuelle hallucinante, qui demande à être sans doute davantage ressentie que véritablement comprise. On l’a souvent comparé à 2001 car on y trouve des visions oniriques réellement impressionnantes. Assisté par Douglas Trumbull (le magicien des effets spéciaux du film de Kubrick), Malick crée des images inédites et saisissantes de beauté, qui forment avec la musique des moments de pure splendeur. En même temps, les effets visuels n’ont pas ce côté lisse et parfait des trucages actuels. Ils possèdent une qualité organique qui les intègre à la perfection au reste du film. On pourra discuter sur certains ajouts dispensables, comme les dinosaures, mais dans l’ensemble, l’aspect visuel du film est une réussite totale et indiscutable.
 
 
 
 
 
Outre ces moments forts, on pourra trouver l’intrigue principale plus banale et terre-à-terre, et le message diffus. En même temps, c’est ce contraste qui fait tout le prix du film. Malick semble nous dire que la banalité d’une vie n’est rien comparée à la vaste étendue de l’univers. Pourtant, la grande qualité de The Three of Life, c’est de faire vivre tous ces moments avec une profonde intimité, une approche visuelle qui les rend uniques. On peut reprocher bien des choses au réalisateur, mais jamais la sincérité de son propos, et cela se ressent à chaque instant.
 
 
 
Le film évoque à la fois, par la somptuosité de ses images, le Koyaanisqatsi de Geoffrey Reggio. On pense également à Altered States, de Ken Russell, ou plus précisément à The Fountain, de Darren Aronofsky, qui associait de la même manière l'infini et l'humain. Tout comme lui, The Tree of Life est un film hors-normes, une sorte de poème visuel dans lequel il ne faut surtout pas chercher la cohérence, mais bien plutôt par lequel il faut se laisser emporter. Qu'un film comme celui-ci soit arrivé à voir le jour dans l'univers standardisé et codifié des productions US actuelles est une sorte de petit miracle. C'est difficilement un film qu'on peut recommander, tant il sort de l'ordinaire et risque de désarçonner, mais pour peu qu'on possède une certaine disponibilité d'esprit et qu'on accepte de se laisser éblouir, The Tree of Life est une expérience à tenter.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Trombi
 
Est-il besoin de rappeler que Brad Pitt est l'acteur de composition le plus doué de sa génération et qu'il peut tout jouer? Sa performance dans le film est, une fois de plus, unique. A ses côtés, la présence fragile de Jessica Chastain est particulièrement touchante. Sean Penn a avoué dans ses interviews avoir été déçu par sa collaboration avec Malick, car celui-ci ne lui a donné aucune indication de jeu précise. En même temps, cela renforce le sentiment d'égarement qui imprègne son personnage. Enfin, Hunter Mc Cracken est la vraie révélation du film, son jeu juste et authentique apporte énormément au film.
 
 
 
Brad Pitt  
Jessica Chastain
Sean Penn
Hunter Mc Cracken

Tye Sheridan
Laramie Eppler

vendredi 30 décembre 2011

La Guerre est Déclarée

Film de Valérie Donzelli (2011), avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaim, César Desseix, Brigitte Sy, Michèle Moretti, etc…
















D’emblée, le sujet aurait de quoi faire fuir n’importe quel spectateur : le parti-pris de raconter la maladie d’un jeune enfant, ça pouvait donner tout et n’importe quoi, à commencer par un bon gros mélo. Sauf que l’histoire en question est non seulement une histoire vécue, mais ce sont les véritables personnages qui la mettent en scène. Une telle démarche place forcément le film au-delà de la critique et le rend pratiquement inattaquable. Outre les motivations des auteurs, elle commande obligatoirement le respect. Tout ça pour dire qu’avant même d’avoir vu une seule image de La Guerre est Déclarée, il se crée déjà un lien très particulier entre le spectateur et le film.

En fait, La Guerre est Déclarée n’est pas vraiment un film sur la maladie mais davantage sur ses conséquences dans la vie d’un couple. On voit finalement assez peu l’enfant, et toutes les scènes où il apparaît sont dépouillées de tout sentimentalisme inutile. Ce sont surtout les réactions du couple lui-même qui sont étudiées, disséquées, mais là encore sans besoin d’aller chercher l’émotion là où elle n’est pas. Comme une leçon de vie, le film nous fait comprendre que l’accompagnement d’une personne malade, qu’elle soit un enfant ou une personne plus âgée, passe d’abord par l’implication de soi-même, afin de garantir à celui ou celle qu’on accompagne un soutien de tous les instants.

Bon, j’en sens déjà qui sont prêts à détaler, donc pas de panique !  
La Guerre est Déclarée est tout sauf un film démonstratif. Au-delà de l’expérience humaine qu’il raconte, il sait aussi nous toucher par une mise en images originale et nous cueillir avec quelques moments de grâce, comme avec la chanson « Ton Grain de Beauté », qu’entonne le couple. Les interprètes, tous inconnus, sont parfaits de simplicité et l’illustration musicale (un melting pot qui va de Jacno à Ennio Morricone) est particulièrement bien pensée. C’est, surtout, un film humain et vibrant, et à coup sûr l’une des plus belles surprises que notre cher cinéma nous ait réservé récemment.

lundi 26 décembre 2011

Dressé pour Tuer

(White Dog)

Film de Samuel Fuller (1982), avec Kristi Mc Nicol, Burl Ives, Paul Winfield, Dick Miller, etc...






























White Dog fait partie, et c’est regrettable, de ces films maudits qui sont hélas très difficiles à voir. Et c’est bien dommage car cette parabole sur le racisme est une œuvre forte et intense, qui pose mine de rien beaucoup de questions sur son sujet. L’histoire est d’une très grande simplicité : une jeune comédienne (Kristy Mc Nichol) recueille un jour un chien errant, puis se rend compte qu’il s’agît d’un « chien blanc », dressé à attaquer les Noirs. Avec l’aide d’un dresseur (Paul Winfield), elle va alors essayer de « déconditionner » l’animal.



Quand Samuel Fuller réalise White Dog en 1982, Hollywood n’est pourtant pas aussi frileux qu’il l’est aujourd’hui. Qui plus est, toutes les précautions sont prises par la Paramount, qui distribue le film, pour ne heurter personne: des conseillers sont présents au moment de l’élaboration du scénario et du tournage, des avant-premières sont organisées, bref déjà, le projet est manié avec des pincettes. Cela n’empêchera pourtant pas les membres de la communauté black de rejeter le film en bloc. La Paramount, qui n’est pas en très bonne santé financière, ne prendra pas de risques, et remisera White Dog sur ses étagères. Par chance, le film sera tout de même distribué en Europe, mais pas en grandes pompes : en France, il sort en plein mois de juillet (à l’époque une période archi-creuse) et ne tient l’affiche que quelques semaines (le Strapontin était là !). Depuis, rien, nada : une seule et unique diffusion télé en deuxième partie de soirée, et aucune édition DVD.








A la vision de White Dog, on comprend ce qui a pu en déranger certains, car Fuller ne fait pas dans la demi-mesure. Les deux séquences d’attaque sont particulièrement violentes et intenses. Le film avait été conçu à la base comme un dérivé canin des Dents de la MerJaws with paws », « Les Dents de la Mer avec des pattes » ! comme disaient ses producteurs !), et cette influence est particulièrement évidente à ces moments-là. Il serait un peu simpliste de réduire le film à ce seul aspect spectaculaire. White Dog propose en effet une réflexion sur le racisme particulièrement intéressante, en l’assimilant à un véritable lavage de cerveau contre lequel on ne peut pas lutter. Le chien est manipulé, détourné de son rôle d’animal pour que ses instincts servent une idéologie créée par l’homme. En définitive, Fuller nous fait comprendre que dès que ce conditionnement touche ce que nous avons d’animal en nous, nos pulsions les plus violentes, il n’y a aucun retour possible et aucune échappatoire. Le discours est donc beaucoup moins simpliste qu’il n’y paraît.






White Dog n’est pas exempt de défauts, ceci dit. Le style de Samuel Fuller, c’est de la pure série B, réalisée rapidement et à l’économie. Du coup, certaines scènes ont un peu des allures de téléfilm, ce qui est un peu dommage. Kristi Mc Nicol, malgré toute sa bonne volonté, n’a pas vraiment la carrure nécessaire à un tel rôle. Mais c’est finalement bien peu de choses comparé à l’intensité émotionnelle du dénouement ou bien de l’efficacité des séquences de dressage. En même temps, Fuller ne se prive pas de petites touches d’humour assez bienvenues (la tirade de Burl Ives au sujet de R2D2) et puis un film où apparaît Dick Miller ne peut être foncièrement mauvais ! (ce n’est pas Joe Dante qui me contredira !)







Le réalisateur vivra très mal la mise au rancart de son film (il dira dans une interview que c’était comparable au fait de voir un de ses enfants emprisonné à vie), et avec le recul, on se rend compte combien White Dog anticipait l’avènement du politiquement correct dans le cinéma américain. Avec le recul, les réactions qu’il a provoquées apparaissent bien démesurées par rapport à son contenu réel. Il reste à souhaiter qu’avec le temps, il trouve enfin la reconnaissance qu’il mérite.













La Musique
Les mauvaises langues diront que la première chose qui vient à l’esprit quand on associe Ennio Morricone avec un chien, c’est la pub Royal Canin ! Or, s’il y a bien des ralentis dans White Dog, pas de mélodie sirupeuse à la « Chi Mai » ici ! La partition du film a été une victime collatérale de sa distribution erratique. Pourtant, on ne peut nier le rôle essentiel joué par la musique de Morricone dans le film. Elle lui apporte énormément, même si elle aurait sans doute gagné à être utilisée de manière un petit peu plus économe. La sur-utilisation du thème (par ailleurs très beau) a tendance à en amoindrir l’impact, mais on ne peut nier son efficacité indéniable dans les moments forts. Un album avait été prévu au moment de la sortie, mais il a bien évidemment été annulé, et il a fallu attendre l’année dernière pour que la partition soit enfin éditée (FSM Vol. 13 n° 3). Le CD pourra paraître répétitif, vu qu’il reprend la musique telle qu’elle apparait dans le film, mais on peut programmer l’écoute de façon à refléter l’album initialement conçu par Morricone.

dimanche 25 décembre 2011

Joyeux Noël !

Oui, je sais! Le mois de décembre n'a pas été une période d'intense activité pour le Strapontin, qui est entré en quelque sorte en hibernation prématurée! Mais n'aie crainte, ami lecteur! Ton blog favori n'est pas inactif pour autant, et devrait retrouver un rythme honorable d'ici quelques jours, histoire de bien clôturer l'année! Quelle meilleure manière de fêter Noël qu'avec le célèbre Gizmo comme porte-parole ? Après tout, 2011 restera l'année où le Strapontin a rencontré (trop brièvement!) Joe Dante! Donc, bonnes fêtes à tous, allez beaucoup au cinéma, et à très bientôt pour de nouvelles aventures!

lundi 19 décembre 2011

Apocalypse Now


Film de Francis Ford Coppola (1979) avec Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall, Larry Fishburne, Frederic Forrest, etc.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C’est un film de guerre qui ne ressemble à aucun autre, une vision hallucinée et démente de la guerre du Vietnam, une odyssée initiatique. A l’occasion de sa sortie en Blu-Ray, retour sur le chef d’œuvre de Coppola.
 
 
 
cpt-2011-05-10-21h11m11s210Il semble difficile de parler d’Apocalypse Now sans parler de l’incroyable aventure qu’a été son tournage. Coppola, fort du succès du Parrain, imagine avec le cinéaste John Milius une épopée sur la guerre du Vietnam. Inspiré du roman de Joseph Conrad, Au Cœur des Ténèbres, le film est bâti comme une longue odyssée introspective. Le capitaine Willard (Martin Sheen) est envoyé aux confins de la jungle Vietnamienne pour « terminer » les fonctions du Colonel Kurtz (Marlon Brando), un militaire devenu fou.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
cpt-2011-05-10-21h12m55s234Le tournage se déroule aux Philippines, et sera émaillé de multiples incidents : un typhon ravage les décors, l’acteur Martin Sheen fait un infarctus… Si bien qu’au bout d’un moment, les conditions extrêmement difficiles finissent par se répercuter sur le film lui-même. Comme le dira Coppola : « Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d'argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous ».
 
 
 
 
 
 
 
 
cpt-2011-05-10-23h49m44s114Comme pour faire écho à cette déclaration, le film s’ouvre justement sur une chanson des Doors, The End, dans laquelle Jim Morrisson chante que "tous les enfants sont devenus fous". Plus qu’un simple film de guerre, Apocalypse Now est un portrait halluciné du Vietnam. L’itinéraire de Willard commence dans une chambre d’hôtel où il déprime en attendant une mission, puis se poursuit dans la jungle et croise différentes facettes de la guerre.
 
 
 
 
 
 

 

 

cpt-2011-05-11-00h55m16s246C’est d’abord le spectacle, menée par le Colonel Kilgore (Robert Duvall, inoubliable) qui fait charger ses hélicos au son de la Chevauchée de Walkyries. C’est ensuite l’égarement, avec un spectacle de pin-ups qui vire à l’émeute, l’injustice avec des Vietnamiens abattus sur une jonque, puis à partir de la séquence du pont de DoLung, le film plonge dans un délire onirique. Apocalypse Now, c’est la guerre du Vietnam sous acide.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Ce qui fait toute l’originalité du film, c’est que malgré son budget pharaonique, il a su rester une œuvre profondément personnelle, un véritable film d’auteur. Coppola a payé cher son indépendance. Produit sous la bannière de sa compagnie American Zoetrope, Apocalypse Now obligera son réalisateur à sacrifier tous ses biens afin de pouvoir mener l’aventure à son terme. Et alors que des bruits circulent sur un hypothétique désastre financier, une copie de travail (ce qu’on appelle un work in progress) sera présentée au Festival de Cannes… pour remporter quelques jours plus tard la Palme d’Or !
 
 
 
 
 
 
 
 
D’emblée, ce qui surprend, dans le film, c’est son rythme contemplatif. Soutenu par la voix off de Martin Sheen, c’est un itinéraire au cœur de l’enfer. Le film brûle ses plus belles cartouches dès le départ, avec des séquences estomaquantes d’efficacité. La charge des hélicoptères est un formidable moment de cinéma, tant par sa mise en scène que par l’énormité des moyens mis en œuvre. Ensuite, le film devient plus introspectif. Chacune des étapes du voyage nous emmène dans une ambiance toujours plus pesante et onirique, jusqu’à la rencontre avec le Colonel Kurtz, auquel Marlon Brando prête sa stature mythique.
 
 
 
 
 

 
cpt-2011-05-10-23h48m57s156On pourra, c’est certain, discuter sur la signification profonde de cet épilogue, où il est clair que le Colonel a totalement perdu ses repères et que le Capitaine Willard, en exécutant sa mission, passe carrément de l’autre côté du miroir et devient pareil à celui qu’il a été chargé d’exécuter. Chacune des scènes du film nous renvoie en plein visage l’absurdité de la guerre, qu’elle soit menée comme un cirque démesuré ou comme une guérilla personnelle.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
cpt-2011-05-11-00h54m25s222Avec une liberté de ton incroyable, Apocalypse Now impose son rythme et son ambiance. Il faut saluer à cet égard le travail incroyable du directeur photo Vittorio Storaro. Avec un sens de l’image prodigieux, le film nous colle en mémoire des moments inoubliables : l’envol des hélicos au petit matin, un pont perdu dans la nuit, sur lequel les bombes éclatent tels des feux d’artifice, le visage maquillé de Willard émergeant de l’eau avant le sacrifice…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Enfin, Apocalypse Now reste encore à ce jour une référence dans le domaine du son. Je dirais même que c’est ce qui lui donne sa véritable personnalité. Le bruit synthétisé des pales d’hélicoptère est devenu la véritable signature sonore du film. Avant que la moindre image n’apparaisse sur l’écran, ce son d’hélico qui traverse la salle grâce aux prodiges du Dolby Stéréo est le véritable précurseur du son 5.1. Il nous embarque dès le départ dans le cauchemar de Willard, au gré d’un mixage à la fois tonitruant et subtil.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour achever de donner une identité à part entière à son film, Coppola a conçu une bande musicale totalement novatrice. En collaboration avec son père Carmine Coppola, il a fait appel à un groupe de musiciens experts en synthétiseurs et à une armada de percussionnistes pour travailler sur le concept musical du film. Le résultat est une partition expérimentale, un collage audacieux, tour à tour grandiloquent et minimaliste. L’élément le plus évident et le plus célèbre de ce patchwork sonore, c’est bien évidemment le morceau The End des Doors, qui ouvre et clôt le film et sert admirablement ces scènes au cours desquelles Willard perd tout contrôle.
 
 
 
 
 
 
 
 
L'apparition clin d'oeil de Francis Ford Coppola
Plus de 12 ans après, le documentaire Hearts of Darkness reviendra sur l’épopée qu’a constitué le tournage. A partir d’images collectées par le femme du réalisateur, le film brosse un portrait saisissant, bien au-delà du making of classique. On y découvre un Coppola au bout du rouleau, prêt à tous les sacrifices afin de mener à bien son incroyable aventure. Tous les problèmes du tournage y sont évoqués, il y a même des moments particulièrement saisissants, comme celui où Martin Sheen pète littéralement les plombs lors du tournage dans la chambre d’hôtel.
 
 
 


Enfin, dernière pièce du puzzle : en 2001, Apocalypse Now Redux sacrifie à la mode des versions longues et propose près de 50 minutes inédites. Le film dans son montage brut faisait près de 5 heures, cela attise donc la curiosité de bien des cinéphiles. Pourtant, à l’arrivée, il faut bien reconnaître que cette nouvelle version n’apporte rien de fondamentalement nouveau au film, et que les coupes effectuées en 1979 ne nous ont pas privés de moments essentiels. Le rythme en souffre, et il est clair que la version Redux est parfois languissante.
 
 
 
 
 
 
L’intérêt que pourront lui trouver les fans du film, c’est de découvrir des moments inédits, des addendums qui sans en modifier le sens profond, prolongent l’expérience sans véritablement la modifier. Les scènes réintégrées accentuent le côté insolite, sans doute même un petit peu trop, et il est clair que, malgré tout, le montage de 1979 demeure la version de référence par son juste équilibre entre les différentes facettes du film. Pour ceux qui voudraient prolonger l'expérience, je signale tout de même que près de 45 minutes de scènes coupées additionnelles sont disponibles sur l'édition DVD de la version Redux ou le récent Blu-Ray.
 

 
 
 
 
Des années après sa réalisation, Apocalypse Now demeure toujours aussi saisissant, original et novateur qu’à sa sortie. Rarement grand spectacle et film d’auteur auront cohabité avec autant de talent, pour livrer une vision hallucinée de la guerre du Vietnam qui ne ressemble à aucune autre.
 
 

 
 
 
 
Le Trombinoscope

Martin Sheen remplace au pied levé Harvey Keitel, renvoyé après quelques semaines. C’est l’occasion pour cet excellent acteur de second plan de trouver le rôle de sa vie. Marlon Brando fait (magnifiquement) du Brando l’espace de quelques scènes et Dennis Hopper en fait des caisses (comme d’habitude) en photographe déjanté. Le reste du casting est composé d’inconnus à l’époque, dont certains deviendront célèbres : on reconnaîtra Larry Fishburne dans The Matrix, ainsi qu’un jeune débutant nommé Harrison Ford ! … Enfin, pas complètement débutant puisque le premier Star Wars était déjà passé par là deux ans auparavant.
 
 
 

Martin Sheen
Marlon Brando
Robert Duvall
Dennis Hopper
Frederic Forrest
Sam Bottoms
Albert Hall
Larry Fishburne
G.D. Spradlin
Harrison Ford

 

 

Le Générique Alternatif
 
Quand Apocalypse Now a été présenté en salles, le film ne comportait pas de générique de fin, du moins dans la version présentée à Cannes, ainsi que sur les copies 70 mm. Par contre, dans sa version 35 mm (la plus diffusée), le film en comportait un, qui défilait sur des images de bombardement du repaire de Kurtz. Coppola et son chef opérateur Vittorio Storaro avaient juste filmé l'explosion de leurs décors avec des caméras infra-rouges et, trouvant le résultat intéressant, l'avaient utilisé comme générique.
 
 
 
 
 
Mais du coup, pas mal de spectateurs ont perçu la séquence comme un épilogue au film, dans lequel Willard aurait ordonné la destruction du site, ce qui n'était pas du tout dans les intentions du réalisateur. Afin d'éviter toute ambiguïté, le générique a été modifié et se déroule désormais sur fond noir. La séquence figure comme bonus sur les DVDs du film.
 

 

 
Un petit mot, enfin, sur l'édition Blu-Ray du film, qui propose le film dans son montage initial ainsi que que dans sa version Redux, mais également le documentaire Hearts of Darkness. Un disque entier est également consacré à des suppléments passionnants et exhaustifs, qui couvrent pratiquement tous les aspects de la production. C'est aussi l'occasion de découvrir le film dans son format d'image initial, les précédentes éditions vidéo ayant été légèrement recadrées à la demande du directeur de la photographie (à noter, la mention quelque peu abusive de Harrison Ford dans les interprètes principaux, alors qu'on ne le voit que quelques minutes!).