jeudi 31 juillet 2014

Les Dix Commandements

(The Ten Commandments)

Film de Cecil B. DeMille (1956), avec Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter, Edward G. Robinson, Yvonne de Carlo, etc…

vlcsnap-2014-07-14-12h36m17s163

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






Il y a quelque chose dans Les Dix Commandements qui parle directement à une sensibilité d’enfant. C'est un grand spectacle biblique qui n'a pas peur de ses ambitions, fait dans l'énorme et le démesuré, et qui resta pendant bien longtemps comme le mètre-étalon dans son domaine. Budget record (on pourrait presque le qualifier de pharaonique!), figuration imposante, effets spéciaux révolutionnaires (pour l'époque) ... Aujourd'hui que reste-t'il de tout celà ? Une énorme pâtisserie, un monument de kitsch qui fait plus d'une fois sourire, mais qui représente indéniablement une date dans l'histoire du cinéma.

 

 

vlcsnap-2014-07-14-23h44m43s32Le nom de Cecil B. de Mille ne parlera sans doute pas aux nouvelles générations, mais au même titre que Hitchcock en matière de suspense, l'homme a tout de même laissé une trace dans l'histoire des gros budgets. Un brin mégalo (il apparaît d'ailleurs dans une introduction filmée), DeMille c'est une sorte de papa gâteau qui gèrerait des projets colossaux et grandioses. Catho bon teint, le père DeMille ne révolutionnera pas le 7ème art grace au style de sa mise en scène ou les performances de ses acteurs. Non, sa spécialité à lui, c'est le démesuré, le titanesque. Et il faut reconnaitre, avec le recul, qu'il fallait tout de même un sacré sens du spectacle pour arriver au résultat qu'il obtient ici.




vlcsnap-2014-07-14-18h49m02s9C'est moins grâce aux effets spéciaux (souvent ratés à l’exception de la grosse scène de la Mer Rouge) qu'à une impressionnante figuration que le film impressionne encore aujourd'hui. A une époque où les infographistes multiplient d'un clic de souris les foules numériques comme des petits pains, on reste admiratif devant le travail incroyable qu'a pu demander la coordination de telles scènes, pleines à craquer de figurants ou d'animaux divers et variés.  Ça fourmille de détails incroyables, tellement que le film doit obligatoirement être vu sur grand écran pour être pleinement apprécié (les cinéphiles de la génération du Strapontin y ont forcément eu droit).

 

 

 

 

vlcsnap-2014-07-14-23h41m24s153On ne peut regarder Les Dix Commandements sans un brin de nostalgie pour ce cinéma de carton-pâte qui a fait les beaux jours d'Hollywood. Les ressorts dramatiques sont archi-éprouvés et suffisamment universels pour parler à chacun, et même s'il s'inspire des textes bibliques, l'histoire de Moïse est également fidèle à un certain esprit américain dans lequel le héros tombe au plus bas et triomphe de l'adversité. A sa manière, le film est une grande saga et si sa durée excessive (près de 4 heures) peut faire peur, DeMille arrive tout de même à maintenir l'intérêt du spectateur, même si la dernière partie se résume principalement à un bras de fer un peu longuet entre Moïse et Pharaon.

 

 

 

vlcsnap-2014-07-15-23h59m07s197Bien entendu, il ne faut pas attendre des merveilles d'un casting pourtant top moumoute. Charlton Heston apporte toute sa conviction au rôle de Moïse, et parmi tous les autres, on remarquera plus volontiers Edward G. Robinson dans le rôle de l'infâme Dathan et un Vincent Price plutôt effacé dans le rôle d'un contremaitre égyptien. Les acteurs sont davantage des éléments, presque des détails, au service d'une gigantesque tapisserie, mise en images avec application, mais aussi une indéniable ferveur qui dérape plus d'une fois dans le cucul et le saint-sulpicien. Le film affiche bien son âge dans ce mélange de mauvais gout hollywoodien et de carton-pâte.

 

 

 

 

vlcsnap-2014-07-14-23h55m21s23Mais DeMille avait tout de même, à l'époque, tout compris de la notion de spectacle. A savoir qu'il fallait donner au public du jamais-vu, de l'inédit. Du coup, avec les ressources techniques limitées et le savoir-faire de l'époque, il réussit tout de même à créer un spectacle grandiose, dont le clou, la séquence de la Mer Rouge, étonne encore plus d'un demi-siècle après sa réalisation. Les effets spéciaux parfois rudimentaires ont ce mélange d'ingéniosité et de merveilleux, mais ils sont surtout soutenus par une mise en place soigneuse qui pousse au maximum leur potentiel dramatique. DeMille sait comment les mettre en valeur, à grand coups de dialogues ampoulés ou de répliques péremptoires et menaçantes qui font partie de ce plaisir jubilatoire et un peu gamin qu'on éprouve à la vision du film.

 

 

 

Grosse pièce montée, Les Dix Commandements a les défauts de ses qualités: trop riche, trop sucré et trop bourratif, il impressionne plus d'une fois et fait certainement saliver, mais on cale un peu lorsqu'on arrive au bout. Unique mais définitivement pas pour les estomacs fragiles.

 

vlcsnap-2014-07-14-23h49m48s237

 

Les Effets Spéciaux

Clairement, Cecil B. DeMille a mis les petits plats dans les grands. Par rapport aux films réalisés à la même époque, Les Dix Commandements comporte une quantité plus que significative d’effets spéciaux en tout genre, ce qui explique sans doute en partie le budget colossal du film. DeMille travaillait d’ordinaire avec Gordon Jennings, responsable de ce département à la Paramount, mais ce dernier décéda durant la mise en chantier du film. C’est donc John P. Fulton, l’un des artistes les plus réputés de sa profession, qui prendra en charge les effets. Pour mémoire, Fulton a été rendu célèbre par son travail innovant sur la version 1933 de L’Homme Invisible. Il recevra un Oscar pour son travail sur le film de DeMille.


 

vlcsnap-2014-07-14-12h36m59s245  

Le film mélange habilement des prises de vues captées sur les lieux-mêmes de l’action, qui ont été ensuite utilisés comme arrière-plans pour l’incrustation des acteurs.


vlcsnap-2014-07-15-22h40m01s134

 

C’est malheureusement dans ce domaine que le film pêche, car tout ce qui est incrustations reste tout de même d’une qualité plus que discutable. On a (sur)utilisé la technique de l’écran bleu, mais suite à des problèmes d’alignement optique qui n’étaient pas bien maitrisés à l’époque (et aussi d’une post-production bouclée à la va-vite), le résultat est souvent très médiocre. Les découpes autour des acteurs, ou même autour des décors, sont vraiment extrêmement voyantes. Cela participe un peu à l’effet carton-pâte du film, mais le résultat fait tout de même un peu bâclé.

 

vlcsnap-2014-07-14-12h46m28s107

 

Par contre, le film utilise une quantité impressionnante (plus d’une centaine)  de matte paintings, des fonds peints sur verre, dont la plus grosse partie seront réalisés par Jan Domela, qui était l’artiste “maison” de la Paramount. Certaines de ses peintures, comme celles du mont Sinaï, sont particulièrement impressionnantes par l’ambiance très particulière qu’elles dégagent. 

 

vlcsnap-2014-07-15-22h51m17s191

 

Les Dix Commandements utilise également les effets d’animation, un peu comme avait pu le faire une production MGM de la même époque, Planète Interdite. Le film en fait cependant un usage beaucoup plus intensif, et là encore, la technique montre ses limites. Les colonnes de feu animées sont effectivement plaisantes à l’œil, mail il leur manque un certain relief, en dépit du fait que DeMille use et abuse des effets de perspective (notamment lors de la scène où sont gravés les dix commandements).

 

pc2

 

L’animation est également utilisée pour des effets précurseurs du morphing, comme celui où le bâton de pèlerin de Moïse se transforme en cobra. Le serpent est d’abord animé, puis superposé à une prise de vues live lorsque le mouvement de l’animal et celui l’animation correspondent exactement.



pc1

 

Le gros morceau du film, c’est bien évidemment la séquence de la Mer Rouge, dont le secret a été jalousement gardé pendant des années. La séquence a été en fait réalisée dans un bassin, construit avec une tranchée centrale, qui était inondée par le contenu de deux énormes réservoirs. La séquence était alors projetée à l’envers pour montrer les flots s’ouvrir. De nombreux tests furent effectués, mais l’eau n’ayant pas la densité requise, son écoulement n’était pas assez réaliste. Fulton utilisa donc de la gélatine diluée dans l’eau afin de lui donner l’épaisseur nécessaire. Cette séquence est restée pendant très longtemps l’effet spécial le plus cher jamais réalisé.



pc3

 

Les murs d’eau qui encadrent les acteurs étaient en fait des chutes d’eau, dont l’image a été renversée perpendiculairement pour donner cet effet d’écoulement vers le haut.



vlcsnap-2014-07-14-23h45m48s198

 

En vidéo

Les Dix Commandements est un titre-culte pour la Paramount. Le film est même régulièrement rediffusé à Paques à la télé américaine. C’est dire si son édition vidéo a été soignée. En DVD, il y a d’abord eu une édition parue en 2001 sans le moindre bonus, car à l’époque Paramount ne croyait pas vraiment au succès du support et tâtait un peu le terrain et le marché. Le film était réparti sur deux galettes, avec 3 bandes-annonce en supplément. Trois ans plus tard, une édition collector bien plus fournie est disponible. Parmi les extras, on trouve un commentaire audio, un reportage sur la première du film, et en pièce de résistance, un documentaire en 6 parties qui couvre toute la production du film. C’est fait sur un ton très promotionnel, mais il y a quelques anecdotes sympathiques. Par contre, la qualité d’image n’est pas vraiment terrible, et accentue les défauts des effets spéciaux. Le film sera restauré pour sa sortie en blu-ray, avec un piqué et une définition qui rendent justice au format VistaVision dans lequel le film a été tourné. Malheureusement, on perd en route tous les bonus de la précédente édition. La politique des éditeurs quant à la reprise de suppléments existants reste décidément incompréhensible !


pc55


Pour les collectionneurs, il existe une édition de 6 disques parue dans un luxueux coffret, avec des reproductions des tables de la Loi (si!). C’est un import américain, mais compatible avec les platines françaises.

mardi 29 juillet 2014

Noé

(Noah)

Film de Darren Aronofsky (2014), avec Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emily Watson, Ray Winstone, Anthony Hopkins, etc…

vlcsnap-2014-07-29-21h35m11s207

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Darren Aronofsky est l'un des metteurs en scène les plus prometteurs de ces dernières années. Après avoir ouvert les hostilités avec un Pi surprenant, mais surtout un Requiem For a Dream déjà culte (on vous en parle d’ailleurs ici et ), le réalisateur a ensuite suivi un parcours passionnant, dans lequel la prise de risque et l'audace esthétique sont toujours demeurées des éléments fondamentaux. Depuis l'approche minimaliste de The Wrestler jusqu'aux délires paranoïaques de Black Swan, en passant par la mise en images hallucinée de The Fountain, il a su prouver non seulement l'éclectisme de son talent, mais également une approche très visuelle de la mise en scène.

 

vlcsnap-2014-07-29-21h50m44s73Noé est un projet difficile qu'Aronofsky essayait de monter depuis des années, et qu'il a même décliné sous forme de BD avec l'aide du dessinateur Niko Henrichon. On comprend un peu la frilosité des producteurs, car ce Noé-là n'a plus grand'chose à voir avec ce que la Bible en raconte. Aronofsky en fait un héros à la Mad Max. Oubliez donc d'emblée les tableaux monumentaux à la DeMille : le réalisateur interprète et réinvente la Bible à sa manière et refait le monde dans une approche qui tient à la fois de Ridley Scott pour le réalisme et de Peter Jackson pour le spectaculaire.

 

 

 

 

vlcsnap-2014-07-29-21h39m20s122Pour être tout à fait honnête, ça vous cueille à froid sur toute l'intro, qui annonce la couleur et met en place son univers sans vraiment se soucier du fait que le spectateur suive ou pas. C'est un monde à mi-chemin entre le post-apocalyptique et la fantasy, où on ne doit pas s'étonner de voir débarquer des géants de pierre qui semblent échappés d'un roman de Tolkien. Mais une fois qu'on a pris ses marques, Noé devient un spectacle foisonnant, dans lequel les personnages créent tout autant la surprise que l'univers visuel.

 

 

 

 

vlcsnap-2014-07-29-21h45m39s101La première originalité, c'est d'avoir fait de Noé un héros parfaitement haïssable, un homme dépassé par le destin que Dieu envisage pour lui, et qui ira jusqu'à se mettre à dos toute sa famille dans l'accomplissement de la prophétie qui lui a été dévoilée. Russell Crowe, qui ne m'avait jamais vraiment convaincu jusqu'à présent, est remarquable, dans une prestation nuancée, où l'on sent malgré tout que le personnage peut très bien partir en vrille à la moindre occasion.

 

 

 

 

vlcsnap-2014-07-29-21h42m35s39Bien entendu, le film ne sacrifie pas son côté visuel, loin de là. Les scènes attendues, comme l'arrivée des animaux ou le déluge, bénéficient de l'expertise des techniciens d'ILM et marient le grandiose et le spectaculaire. Mais c'est ailleurs que le film surprend, dans des sentiments humains jusqu’au-boutistes, qui étonnent plus d'une fois par leur violence, et un refus des conventions scénaristiques. Un gros budget oui, mais qui ne tombe pas dans les travers habituels du genre.

 

 

 

 

Au contraire, Noé reste jusqu'au bout fidèle à une vision très inhabituelle de son héros, bien loin des standards manichéens auxquels Hollywood nous a habitués. Il en résulte, du coup, un film qui manque un peu de chaleur humaine et un héros auquel on aura du mal à s'identifier. Mais cela n'enlève rien aux grandes qualités esthétiques et visuelles de la mise en scène, qui confirment définitivement Darren Aronofsky comme un auteur à suivre.

 

vlcsnap-2014-07-29-21h36m24s176

mercredi 2 juillet 2014

Mea Culpa

Film de Fred Cavayé (2013), avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche, Nadine Labaki, Max Baissette de Malglaive, Gilles Cohen, etc…

vlcsnap-2014-07-02-22h26m06s30

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au Strapontin, on était à fond derrière Fred Cavayé, surtout après son superbe A Bout Portant, qui réinventait le film d'action à la française en y injectant une pêche et une énergie digne des meilleures productions américaines. Un film de genre, donc, mais d'une efficacité à toute épreuve, qui venait confirmer un premier film plein de promesses, Pour Elle (d'ailleurs chroniqué par ici). C'est donc dire si on attendait son nouveau film avec une impatience non dissimulée. Un slogan laconique ("Simon, il y a un problème avec ton fils") et du coup, l'imagination travaille. Un peu trop, même, car à l'arrivée, ce Mea Culpa, s'il se situe largement au-dessus des actioners crétins à la Besson, est tout de même une petite déception.

 

vlcsnap-2014-07-02-22h27m36s132La faute à un scénario un peu bancal, qui  accumule les clichés propres au genre. Le gamin témoin gênant, c'est du vu et du revu, et on regrette un peu que Cavayé n'ait vu dans ce sujet que prétexte à poursuites et fusillades un peu vaines. Sur le plan de la crédibilité, c'est un peu limite de voir tous ces méchants slaves qui cavalent et mitraillent à tout va, alors qu'il semblerait plus logique de jouer la discrétion, mais bon, passons... Lindon et Lellouche font ce qu'on leur demande, c'est-à-dire qu'ils se débrouillent plutôt bien avec des personnages pas vraiment fouillés ni très originaux.

 

 

vlcsnap-2014-07-02-22h31m22s113Fred Cavayé, qu'on attendait au coin du bois, reste fidèle au style carré mis en place par ses deux premiers films. La réalisation, si elle ne brille pas par son originalité, possède au moins le mérite de l'efficacité. Le passé des personnages est évoqué par petites touches et avec une certaine subtilité, même s'il est lui aussi fidèle à des modèles déjà souvent vus ailleurs. Le réalisateur signe quant à lui des séquences d'action touffues mais constamment lisibles, qui justifient le petit plaisir qu'on prend à la vision de ce Mea Culpa.

 

 

Mais il n'en reste pas moins que le scénario est le gros point faible d'un film qui, sinon , aurait tout pour lui. Sans véritable surprises dans sa progression, ni un rythme aussi fort que celui d'A Bout Portant, ce nouveau film de Fred Cavayé montre les limites de son auteur. A charge pour lui de corriger le tir s'il ne veut pas se cantonner dans le polar de série, ce qui serait vraiment dommage.

 

vlcsnap-2014-07-02-22h29m35s204

mardi 17 juin 2014

L’Homme qui murmurait à l’Oreille des Chevaux

(The Horse Whisperer)

Film de Robert Redford (1998), avec Robert Redford, Sam Neill, Kirstin Scott-Thomas, Scarlett Johansson, Dianne Wiest,etc…

vlcsnap-2014-06-16-21h53m44s238

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert Redford cinéaste, ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler un artiste hors du commun. Tout au contraire, l'acteur a bien pris soin d'éviter les grosses prises de risque, au fil d'un parcours très balisé et très lisse, définitivement sans surprises. J'avais bien aimé son tout premier, Ordinary People, pour des raisons très personnelles, et en définitive, je ne suis pas loin de croire que chacun peut trouver un certain attachement à l'un ou l'autre de ses films selon la nature de son vécu. C'est un cinéma fait de grandes émotions finalement universelles, c'est ce qui le rend facilement appréhendable, mais aussi quelque part un peu conventionnel.

 

vlcsnap-2014-06-16-22h34m43s253Je n'avais jamais vu The Horse Whisperer mais je m'étais fait le film dans ma tête, et force est de constater que je n'étais pas très loin du compte. Redford le vieux dresseur qui redonne goût à la vie à une jeune Scarlett Johansson et à son cheval, après un grave accident, c'est déjà un peu du cousu main en matière de scénario. Partant de là, la maman ne peut être qu'une personne obtuse et bornée qui reçoit elle aussi une belle leçon de vie et finit par tomber amoureux du vieux bougon qu'elle ne pouvait pas saquer au début, le tout étalé sur 3 heures de projection. Voilà.

 

 

C'est joli, gentiment soporifique (j'avoue à ma grande honte avoir piqué du nez à plusieurs reprises) et plus proche de l'esthétique du cowboy Marlboro que de celle du mélodrame flamboyant. La seule véritable bonne idée du film, c'est le changement de format en cours de projection. On passe ainsi du format classique au scope dès qu'on arrive dans les grands espaces. Un gimmick sympathique, mais qui hélas ne rendra pas grand chose sur votre home cinéma. Ah si ! Scarlet est excellente, mais ça on le savait déjà. 

 

vlcsnap-2014-06-16-22h04m54s38

dimanche 15 juin 2014

Le Convoi de la Peur

(Sorcerer)

Film de William Friedkin (1977), avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Amidou, Francisco Rabal, Ramon Bieri, etc…

vlcsnap-2014-06-10-23h45m37s93

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






Curieux parcours que celui de William Friedkin : après avoir explosé le box-office avec French Connection et L'Exorciste, il n'est jamais réellement parvenu à retrouver les faveurs du grand public comme ont pu le faire Spielberg, Lucas ou Coppola. Friedkin est un franc tireur, dont les films ne cherchent pas toujours à caresser le spectateur dans le sens du poil, loin de là. Ses choix ne vont pas forcément vers des sujets à gros potentiel commercial. Cela en fait une sorte d'outsider, pas vraiment reconnu par ses pairs et qui avec le temps est presque devenu un cinéaste maudit, un peu à l’instar d’un Michael Cimino.

 

vlcsnap-2014-06-11-22h27m50s234Le parcours de Sorcerer est à cet égard significatif. Sorti en loucedé en 1977, le film n'a jamais trouvé son public et les deux major companies, Universal et Paramount, qui s'étaient associées sur la foi des précédents succès du réalisateur, se sont retrouvées avec un gouffre financier monstrueux qui a en quelque sorte enterré la carrière de Friedkin. Du coup, le film est rapidement devenu invisible, et a été transformé en une sorte de chef d'œuvre maudit et culte façon Heaven's Gate. Jusqu'alors uniquement disponible dans une édition DVD à la qualité plus que médiocre, il est aujourd'hui disponible dans une superbe copie (dont la restauration a d'ailleurs été plus ou moins financée par le réalisateur), l'occasion donc de remettre les pendules à l'heure.

 

 

 

 

vlcsnap-2014-06-11-22h18m59s77Au Strapontin, on avait vu le film lors de sa sortie française et il faut reconnaitre qu'à l'époque, il avait été traité avec un zeste de mépris par la critique. Pensez donc, un réalisateur à succès hollywoodien qui s'attaquait au remake d’un grand classique français, Le Salaire de la Peur. D'entrée de jeu, Sorcerer était donc attendu au tournant. En toute honnêteté, s'il méritait beaucoup mieux que l'accueil critique qu'il a reçu, il est cependant loin de valoir la réputation de chef d'œuvre dont on voudrait aujourd'hui l'affubler. C'est un film solide et prenant, auquel il manque sans doute des personnages mieux dessinés et un rythme plus soutenu.

 

 

 

 

vlcsnap-2014-06-11-22h22m54s135Car malgré une longue séquence d'intro, qui présente un à un les différents protagonistes, on ne vibre pas vraiment pour eux tout au long de l'aventure. On comprend bien que cette équipée est une sorte de dernière chance pour chacun d'entre eux, mais cela reste très froid, l'identification avec les personnages demeure vraiment minimale. Ce n'est pas étonnant quand on connait Friedkin et son approche nihiliste et très réaliste, à la limite du reportage. Mais quelque part, dans ses précédents films, il avait su faire percer un semblant d'humanité qui est ici absent.

 

 

 

 


vlcsnap-2014-06-10-23h55m19s97Pour contrebalancer, l'aspect technique du film est effectivement admirable.Tourné en pleine jungle, Sorcerer éblouit plus d'une fois par l'authenticité de son cadre. Tout comme Spielberg avait joué la carte de la crédibilité en tournant Jaws en pleine mer, Friedkin fait de même en pleine forêt amazonienne. De plus, jamais le film ne fait de concession à des effets spectaculaires inutiles, et le morceau de bravoure, cette traversée des camions sur un pont de lianes, est un grand moment de cinéma. Mais le film souffre aussi d'un déséquilibre certain entre une présentation des personnages maladroite, inutilement étoffée et un périple qu'on aurait souhaité par contre moins resserré.





vlcsnap-2014-06-10-23h55m32s0La réalisation est particulièrement brute de décoffrage, avec une violence plutôt sanglante qui paraît parfois un peu artificielle, un peu comme si Friedkin voulait rester fidèle à l'image no limit qu'il avait imposée avec The Exorcist. Dommage par contre que des acteurs aussi remarquables que Roy Scheider, Bruno Cremer ou Amidou s'échinent à donner vie à des personnages creux et mal définis. Et un gros bémol pour les synthés criards et poisseux de Tangerine Dream, qui enracinent encore plus le film dans les années 70.

 

 

 

 

 

Mais malgré tout, ce Sorcerer reste un spectacle fascinant, une épopée sauvée par l'efficacité et le réalisme de sa mise en scène, même si l'original de Clouzot lui reste supérieur quant aux motivations des personnages. Il faut cependant saluer le jusqu'au-boutisme de l'entreprise, et l'audace d'un réalisateur-producteur qui n'hésitera pas à braver les modes pour imposer jusqu'au bout un projet casse-gueule et se ruiner dans la foulée. Peine perdue: quelques semaines plus tard, un petit film auquel personne ne croyait et répondant au doux nom de Star Wars explosera tout sur son passage. Malgré ses défauts, ce petit classique mérite donc d’être redécouvert et réévaluré. A moitié convaincant, certes, mais indiscutablement fascinant.



 

vlcsnap-2014-06-11-22h15m28s0

 


sorcerer BREn vidéo

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Sorcerer n’a pas été gâté par sa première édition vidéo : image pourrave, absence de 16/9ème, bref la cata, un DVD tellement pourri qu’il n’avait même pas franchi l’Atlantique et était resté une édition strictement américaine. Fort heureusement, William Friedkin lui-même, agacé par le fait que les majors qui avaient produit le film n’en fassent rien, prend les choses en main et investit ses propres deniers dans une restauration.

Le résultat, on peut en juger sur le blu-ray paru récemment chez Warner Home Video: un transfert image et son magnifique, c’est vraiment du beau travail. Manque juste un documentaire qui raconte la tumultueuse production du film, mais malheureusement, ni Universal, ni Paramount, détentrices des droits, n’ont voulu faire d’efforts pour le réhabiliter. On se consolera donc avec un livret de 40 pages inclus avec le blu-ray. Un peu maigre, mais c’est tout de même mieux que rien. Le disque n’est pour l’instant disponible qu’en import américain, mais il est parfaitement compatible et lisible sur les platines françaises.

lundi 9 juin 2014

Non-Stop

Film de Jaume Collet-Serra (2014), avec Liam Neeson, Julianne Moore, Anson Mount, Lupita Nyong’o, Michelle Dockery, etc…

vlcsnap-2014-06-09-21h41m55s74

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Si vous avez connu les années 90, vous avez certainement vu une production Joel Silver. Mais si, vous savez bien ! Un bon gros polar des familles, avec une intrigue béton, où ça tire dans tous les sens. Outre le fait d'avoir lancé la franchise Matrix, Silver est également à l'origine de la série des Die Hard. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'il en reprenne la formule pour ce Non-Stop. Après tout, c'est bien dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe, surtout lorsqu'on est à l'origine de la recette.

 

vlcsnap-2014-06-09-21h59m15s49Donc vous avez un flic en perte de vitesse qui est un peu alcoolo, un huis-clos (ici un avion) et un vilain terroriste qui menace de tuer tout le monde si on ne lui verse pas une rançon maousse sur son compte en Suisse. Voilà pour les bases. Accessoirement, histoire de créer un peu la nouveauté et rester dans l'air du temps, toutes les phases du chantage se dérouleront par SMS interposés. Et inévitablement, le bon flic, c'est l'homme de la rue, en l'occurrence le brave Liam Neeson, qui, après les Taken, continue à se forger une image d'action hero tranquille, le genre calme en apparence mais qu'il faut surtout pas faire chier sinon il s'énerve et met des pains à tout le monde.


 

vlcsnap-2014-06-09-21h51m51s220Et il s'énerve le bon gars Liam, au gré d'une intrigue un peu fumeuse et d'un suspense aux petits pieds. Pour dynamiser un peu tout ça et faire dans dans la coolitude, les échanges par SMS, clé de l'intrigue, sont intégrés à l'image, d'une façon qui rappelle furieusement le récent Course à la Mort (chroniqué ici). Ça fait joli et branché, et ça détourne un peu l'attention du spectateur d'un concept de base qui est quand même assez con-con. Parce que le bon Liam va déployer des trésors d'ingéniosité pour savoir qui lui pourrit sa messagerie. Et le pot au roses, une fois qu'il est révélé, est franchement bien loin de valoir tout ce ramdam.


 

vlcsnap-2014-06-09-22h04m13s103Donc, suivant la formule Joel Silver, il y a inévitablement un climax plein de bruit, de fureur et d'action pour emballer tout ça. Vu qu'on est dans un avion, ça limite un peu les possibilités, par conséquent, on louche vers le film-catastrophe façon Airport, avec une bonne louche d'effets spéciaux et des situations tellement over the top qu'elles en deviennent franchement ridicules. N'ayez crainte, le bon Liam sauvera la petite fille d'une mort certaine et règlera du même coup son vieux traumatisme et son problème de picole.

 


 

C'est mis en scène très professionnellement, et il faut au moins reconnaitre à Jaume Collet-Serra une certaine efficacité dans la réalisation, qui parvient à camoufler les nombreuses énormités du scénario. C'est déjà ça. Pour le reste, si vous laissez consciencieusement vos neurones au vestiaire et ça ne vous dérange pas de voir Liam Neeson, excellent acteur au demeurant, jouer les utilités dans un polar couillu mais sans génie, ce film est fait pour vous.

vlcsnap-2014-06-09-21h43m55s252

mardi 3 juin 2014

The Way - La Route Ensemble

(The Way)

Film d’Emilio Estevez (2010), avec Martin Sheen, Emilio Estevez, Deborah Kara Unger, Yorick Van Wageningen, James Nesbitt, etc…

vlcsnap-2014-06-02-20h56m42s209

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les bons sentiments font-ils forcément les bons films ? C'est la question qu'on se pose à la vision du film d'Emilio Estevez, The Way, qui raconte le pèlerinage d'un américain bon teint (c'est Martin Sheen) sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Peu de films ont été consacrés à cet itinéraire aussi spirituel que personnel, c'était donc l'occasion d'illustrer cette démarche si intime. Quand en plus on voit Martin Sheen au générique, ça donne envie. Il fait partie de ces acteurs discrets et pourtant si riches, toujours capables de vous étonner au détour d'une réplique. 

 

vlcsnap-2014-06-02-21h06m25s181The Way respire la sincérité, c'est clair dès les premières images. Sheen et son fils Emilio Estevez, qui réalise, ont eux-mêmes fait le pèlerinage de St-Jacques et cherchaient un moyen d'en parler par le biais d'un film. Et effectivement, cette histoire d'un père qui est amené à se lancer sur les traces de son fils décédé fournissait la matière idéale, ceci d’autant plus que,  Sauf qu'en définitive, la matière en question se révèle tout de même assez pauvre pour tenir la distance sur un long-métrage.

 

 

 


La faute à des personnages mal dessinés ou inintéressants, qui ne servent jamais réellement un scénario un peu basique. Il y avait pourtant matière à de beaux portraits, mais Estevez se contente de personnages secondaires sans relief ni humour, qui n'éveillent jamais la curiosité du spectateur. Entre le gros lourd qui veut maigrir et l'américaine cynique (Deborah Kara Unger, méconnaissable), en passant par l'écrivain raté, The Way a visiblement du mal à trouver le ton juste. Restent alors de beaux paysages, quelques belles scènes entre Martin Sheen et son fils, et un final touchant qui respire effectivement une certaine ferveur. Ce n'est pas assez pour faire un film, même si on sent qu'il vient du cœur.


vlcsnap-2014-06-02-21h01m35s104